‹ Voyage à Prague et à Léoben;Chapitre 10 sur 15 · ONZIEME LETTRE · texte numérisé non relu

ONZIEME LETTRE

Prague , iC1' oclobre i833.

sI^vant-hier, nous avons eu le chagrin de voir s'éloigner l'auguste princesse que les Français aiment à contempler au milieu d'eux comme une de leurs grandeurs \ comme une de leurs gloires... et ce départ que je vous ai raconté dans ma dernière lettre j cher père , ne devait pas être le seul; Charles X et son petit-fils suivirent de près madame la dauphine et Mademoiselle... Tous avaient hâte d'arriver auprès de Madame, retenue à Léoben j tous devinaient ses droits maternels ; tous

se seraient reproché d'affliger par un retard ce cœur si noble et qui avait tant souffert !

Ah ! la vue de ses enfans allait lui payer au centuple toutes ses angoisses , toutes ses peines , toutes ses fatigues et tous ses dangers; car c^est ainsi qu^est fait le cœur d'une mère; la main d\m enfant qui le presse en ôte toute amertume , en chasse toute douleur.

Quand nos Bourbons furent partis de Prague , la ville nous parut comme déserte ; la solitude du Hradschin, de cet immense palais , nous sembla bien plus profonde Pour animer cette vaste habitation, qui, à elle seule, a Pair d\me ville, par la multiplicité et rétendue de ses cours et de ses bâti mens , il faudrait un

train à la Louis XIV et Dieu sait que

les exilés en sont loin !

Dans le palais fondé par Wenzeï , rebâti par un prince Charles , sur le modèle du Louvre, habité par Tempereur Rodolphe II , restauré et fini par Marie- Thérèse , la majesté du fils du grand roi, c'est celle de la vertu et des grandes infortunes. Les souvenirs glorieux, voilà leur auréole ; quelques amis , voilà leur cour ; quelques serviteurs fidèles , voilà leurs gardes j des bienfaits , voilà leurs plaisirs !

Maintenant qu^ils sont partis, j^ai le temps de regarder et d^examiner la ville; je vais essayer de vous en donner une faible idée....*

Le Hradschin , tel qu'on le voit au jour-

d'hui, ne remonte pas au-delà du règne de Marie-Thérèse , qui le fit construire sur un dessin de Barrosty; il ne fut achevé qu'en 1774 •> par Lurago.

Quand l'immortelle mère de Marie-Antoinette faisait élever ce palais gigantesque, elle était loin de prévoir que le dernier séjour de sa fille, si belle , si recherchée de tous les rois, serait la prison du Temple, et qu'un jour les voûtes du Hradsehin seraient l'asile de sa petite-fille, d'une autre femme forte comme elk , d'une autre Marie- Thérèse.... Oh! non, la couronne ne donne point à ceux qui la portent , la vue de l'avenir , et s'il est bien que nous , simples hommes , ne voyions pas trop loin devant nous , c'est peut-être encore mieux pour les rois; car tant de malheurs, tant de tromperies , tant de trahisons , tant de ré-

volutions composent leurs destinées , qu'il

vaut mieux qu'ils les ignorent Si le

cercle d'or en vous ceignant le front , vous révélait à la fois tous vos jours... ah ! personne n'en voudrait.

La main se sécherait en touchant la couronne \ Si Dieu nous révélait à quel pi ix il la donne.

c'est-à-dire , que ceux qui sont nés pour porter ce brillant fardeau, doivent en détourner la tête.... Non, non , ce n'est pas parce que la bataille sera chaude , que le grenadier ne se coiffera pas de son bonnet à poil ; au contraire , en raison du péril augmentera l'honneur. ... Il en est de même pour les roisj aujourd'hui, les trônes attaqués de toutes parts ressemblent à une

1 Ducis.

brèche que les princes sont chargés de défendre ; si la révolte les en a fait tomber, il est de leur devoir de chercher à y remonter pour repousser l'ennemi.

Que penseriez - vous du soldat , qui, après avoir été jeté à bas de son poste d'honneur, dirait : Je ne veux pas y remonter; il y a trop de dangers là-haut; j'aime mieux retourner au village ; là, j'aurai de

Fombrage et de la paix.

La couronne veut autant de courage que le casque —

Ne vous étonnez pas de ces longues réflexions; cette royale solitude du Hradschin inspire de graves pensers, et Prague a un

caractère sévère et sérieux La vieille

cité a vu de formidables armées, et les

boulets ennemis sont incrustés dans ses murailles, comme des décorations d'honneur.

Dans une des vastes cours du palais , cours qui semblent des places publiques , tant elles sont spacieuses, s^élève la cathédrale ; elle porte encore dans son architecture des traces de batailles. Les habitans de Prague n^ont pas voulu les faire disparaître; ils en sont fiers comme un vieux soldat l'est d^une belle balafre ; on montre les autels, où ks prêtres ont été tués célébrant les saints mystères, pendant la guerre de sept ans.

Dans cette même église se voit le magnifique tombeau du patron de la Germanie Saint- JeanNépomucène < Jamais saint, dans aucun pays, n a été aussi populaire que ce

discret confesseur, qui souffrit le martyre pour ne pas révéler la confession de sa royale pénitente. En vain Tempereur Boleslas le fît venir devant lui , et lui commanda de redire ce que la reine lui avait confié au tribunal de la pénitence, Jean Népomucène refusa; les menaces, les promesses ne purent lui arracher une parole, et, du haut du pont qui traverse laMoldaw,

il fut précipité dans les ondes! Plus

tard, cinq étoiles miraculeuses indiquèrent Tendroit où était tombé son corps. De pieuses âmes Ten retirèrent et le portèrent dans Péglise , où il repose encore aujourd'hui, sous un riche monument d^argent, devant lequel brûlent sans cesse vingtquatre lampes du même métal.... Au-dessus du tombeau, est appendu un dais en étoffes de Lyon ; plus de sept cents aunes sont employées dans ces longues draperies,

et Ton estime à plus de cinquante mille francs les franges dW qui les bordent !

On fait aussi voir aux étrangers qui visitent la cathédrale, la chapelle de S. Wenceslas , un sarcophage qui contient les restes de cinq empereurs ; Charles X prie souvent devant cette chapelle funéraire , et alors la pensée de S. -Denis doit lui venir— Son fils et ses frères Ty attendent.,. Cette chapelle a tout un pan de sa muraille incrusté de pierres et de marbres précieux , d^améthystes surtout. Avant de finir Fénumération de toutes les merveilles du Hradschin et de la cathédrale , il faut que je vous dise que le palais compte quatre cent quarante appartemens. La salle du Couronnement est aussi fort re^ marquable.

Des hauteurs occupées par cette vaste résidence des rois , l'aspect de la ville est des plus pittoresques : tout Prague s'étend par étages au-dessous de vous , avec ses toits d'un rouge vif, ses cent clochers et son large fleuve, qui coule majestueux et paisible comme une large voie d'azur entre toutes les habitations de formes bizarres et de couleurs variées.

Comme un chemin de prédilection \ comme un musée de statues, comme un sentier du ciel, le fameux pont si aimé des habitans de Prague étend ses seize arches sur les eaux de la Moldaw.

C'est là où se montre la piété des catholiques de la Bohême , à l'endroit même d'où S. Jean Népomucène fut précipité dans le fleuve ; là où son pied a touché

terre pour la dernière fois avant d'être lancé dans l'éternité, est une plaque de marbre que chaque passant touche avec dévotion et respect, faisant le signe de la croix et saluant profondément quand il arrive devant la statue du patron vendéen du royaume.

Un calvaire , une descente de croix r des groupes d'anges et d'archanges , des figures de religieux levant les mains au ciel , et de saints évêques bénissant le peuple qui passe f s'élèvent à droite et à gauche de ce pont, qui a plus de dix-sept cents pieds de longueur.

Dans je ne sais plus quelle émeute , les Juifs arrachèrent la croix du calvaire du pont , et avec son beau Christ sculpté, la jetèrent à l'eau.... Depuis, toute

la population juive fut bannie de Prague.... Pendant longues années , ils n'osèrent y revenir...; enfin, à force (Fârgent , ils obtinrent la permission d'habiter de nouveau la capitale de la Bohème , mais à une condition : on exigea d'eux qu'ils fissent refaire une haute croix , avec une image du Christ, ouvrage d'un habile sculpteur.... et qu'au lieu d'une couronne d'épines semblable à celle que leurs pères avaient placée sur la tête du Sauveur , ils missent , eux , une couronne royale en or massif, et que les clous et des pieds et des mains fussent également d'or —

Les Juifs de ce temps-là étaient comme les juste-milieu d'aujourd'hui; quand ils trouvaient à faire de bonnes affaires , l'hypocrisie ne les retenait pas, et pour pouvoir vendre avec avantage un vieil habit, ils ne de-

mandaient pas mieux que de faire des génuflexions devant un Dieu qu'ils ne reconnaissaient pas...è

Sous la restauration , nous avons vu leurs émules honorer aussi des rois qu^ils détestaient, et ne leur donner que des baisers de Judas....; mais la feinte leur était facile , car elle devait leur rapporter beaucoup dW.

Beaucoup de moines de différens ordres se voient dans les rues; je leur trouve moins de caractère qiv'à ceux d'Espagne.

Ceux-là me semblent plus civilisés que leurs frères du Midi, par conséquent, moins poétiques que les fils de saint Jacques et du Carmel.

Un de ces moines , vieil émigré français, auquel la religion a fait une patrie en Bohème , ressentit une grande joie en nous voyant, tous jeunes légitimistes animer un peu la monotone tranquillité de la ville ; ce fut lui qui me montra deux vieilles tours ; Tune que Ton nomme Daliborka, ou tour blanche, servit de prison au roi Wenzel, en 1402. Elle était particulièrement réservée aux prisonniers de grande naissance , aux illustres criminels d'état.

L'autre était appelée Mitrulka, ou tour noire ; ceux qui y entraient n'en assortaient jamais...; c'était un effroyable sépulcre , une autre prison d'Ugolin ; on y était toujours condamné à mourir de faim.

On raconte qu'un prisonnier y étant renfermé, vécut long-temps, et cependant, depuis bien des mois, ses geôliers ne lui avaient pas donné une seule once de pain . . . Dans le pays , on commençait à dire que c'était un ange qui descendait du ciel pour le nourrir , parce que c'était un juste persécuté. — Cet ange... , estait sa femme, qui étai t devenue un archer habile ; chaque nui t , le captif faisait un instant briller salampe près de l'étroite lucarne de son cachot, aussitôt Tépouse fidèle décochait plusieurs flèches. Chacune d^elles portait une bouchée de nourriture à celui qui était condamné à mourir de faim . Ainsi , pour nourrir son mari, cette femme était devenue aussi habile que Guillaume Tell, pour enlever la pomme de dessus la tète de son fils... Ah! l'amour conjugal, l'amour paternel , tous les autres amours

sont de bons maîtres. L?on devient ingénieux quand on les écoute.

Parmi les environs de Prague, un des lieux le plus fréquentés , est le Boubetche , maison de campagne du comte de Cottech, gouverneur de Prague , homme que tous les Français doivent aimer : car nul ne sait mieux que lui honorer les royales infortunes de nos princes.

Cette jolie demeure, par ses jardins, Félégance et le bon goût qui y régnent , est tout-à-fait digne d^être visitée par les étrangers T.

1 J'emprunte aux tablettes d'un de mes amis les notes suivantes qu'il adresse aux journaux royalistes.

« Prague est une ville de iso;ooo âmes, ville

Comme un des traits de la physionomie de Prague, je voulais vous vanter

d'industrie et de science, qui, en fait de civilisation, n'a rien à envier à aucune capitale de l'Europe. Aux portes de la ville est un chemin de fer, qui traverse toute la Bohème et donne la plus grande activité à son commerce. Il y a des ponts suspendus sur la Moldaw et sur d'autres rivières. Prague possède onze bibliothèques ouvertes au public ; elles sont très riches en manuscrits et en vieilles éditions; les livres modernes n'y sont pourtant pas oubliés , et j'y ai remarqué les ouvrages de M. de Humboldt et de Cuvier. Le musée national , le conservatoire des arts et métiers , le cabinet d'histoire naturelle , le cabinet de physique et de chimie offrent de grandes ressources à qui veut s'instruire. Les magnifiques galeries de tableaux et de statues des palais Nostitz et Kinski donneront à notre Henri le goût des beaux-arts qu'il doit un jour protéger. Dans l'observatoire de Tycho-Brahé on lui dira qu'une des plus belles gloires des rois est de savoir apprécier le mérite des savans. Henri peut s'instruire dans l'art

*a propriété , mais cette demi-vertu 5 ce luxe de ceux qui ne sont pas riches , la

de la guerre, en étudiant sous les murs de Prague les campemens du grand Frédéric et ceux des Français qui assiégèrent et prirent la ville.

ce II y a à Prague trois grands collèges, un institut polytechnique , une école d'artillerie , une académie de musique, un jardin botanique dont les serres sont admirables. La société des Amis des arts a établi une galerie de peinture. La société d'encouragement pour Fagriculture distribue des prix annuels. La ville possède un cabinet qui contient six mille médailles.

<c On compte à Prague 35 peintres , 14 sculpteurs, 12 graveurs, n imprimeries, 4 presses lithographiques et 3o magasins de librairie; il s'y imprime six journaux, dont l'un est en langue bohème.

« J'ai remarqué 29 magasins de cristaux : l'ai t de

propriété ast à l'usage de toutes les contrées du Nord que nous venons de parcourir. . . . •

graver et de peindre sur verre est cultivé ici avec beaucoup de succès. Sans les absurdes prohibitions des douaires françaises , nous aurions rapporté des échantillons très curieux , et d'après lesquels nos artistes auraient pu facilement se faire une juste iJée de cette branche d'industrie et la naturaliser chez nous. Les cristaux coloriés produisent un effet admirable ; on dirait des vases d'émeraude et de rubis.

ce Enfin la ville possède, indépendamment du Hradschin , 19 palais dont l'architecture est remarquable.

<c II existe à Prague 18 établissemens de bienfaisance et d'utilité publique, y compris les hôpitaux, un institut pour les sourds-muets et un autre pour les jeunes aveugles. Les cabinets d'anatomie et de physique sont ouverts aux étudians. L'hôtel-de-vil le renferme une intéressante collection d'antiquités

Oh ! que je souhaiterais aux plus grands hôtels de nos plus grandes villes uu

et de manuscrits ; on trouve dans plusieurs palais des collections d'objets d'art et d'histoire naturelle; les collections des minéraux du comte Potting et du comte Hartmann sont les plus remarquables.

a L'université de Prague, quoique déchue de son ancien éclat , compte encore beaucoup d'étudians, puisque, dans la guerre contre Napoléon , elle a fourni 800 volontaires aux armées allemandes. Cette université est encore divisée, comme autrefois celle de France , en quatre facultés : théologie , jurisprudence , médecine et philosophie ; mais on y a ajouté trois cours que les étudians sont obligés de suivre : cours de mathématiques, cours de physique expérimentale, cours de philologie grecque et latine. Il y a aussi des cours que les étudians suivent à volonté ; ce sont : un cours d'histoire naturelle , un cours d'histoire générale, un cours d'histoire des états autrichiens, un cours d'astronomie théorique et pratique, un cours de littérature classique,

peu de cette propreté que nous rencontrons en Allemagne et en Bohême, dans la plus petite auberge du plus petit village,

un cours d'esthétique , un cours de diplomatie ; enfin , des cours de langues et de littératures bohème , italienne , française et anglaise. J'ai assisté à une leçon du cours de littérature française ; il y avait environ trois cents auditeurs dans le salle ; le professeur expliquait Corneille, et les beaux vers du Cid et de Cinna ont été fort applaudis. Toutes les places de professeur se donnent au concours.

<c II faut que Prague offre bien des ressources scientifiques, puisqu'un des professeurs les plus distingués de la Suisse , M. Agassi, qui, jeune encore, s'est fait un nom dans l'Europe savante et a mérité les éloges de Cuvier, vient de s'établir pour quelque temps à Prague afin d'y continuer ses recherches et de se livrer à des travaux importans. »

Le café des Bains , à Prague , reluit de tout cet avantage; sous ce rapport, il ferait honte au café de Paris ; c^est là que nous avons tous déjeuné , le 29 septembre.

Vraie fête française , chômée par des cœurs français, sous un ciel étranger; et ne croyez pas que la distance ait refroidi notre

royalisme , au contraire, aux âmes

froides , aux esprits qui ont delà tendance à se matérialiser dans Vignobilitè du positif, à ceux qui, ainsi que Ta dit le grand peintre du siècle , se ratatinent dans leurs intérêts , je dirais : Allez voir nos princes ! allez voir comme les étrangers les vénèrent; allez voir comme ils sont Français , comme ils aiment la patrie d^où ils sont bannis!

Certes , sous aucun toit de France , vous ne pourriez jamais trouver plus de res-

pect, plas d'amour , plus d^enthousiasme pour Charles X et pour Henri V, qu'il n1en éclatait avant-hier, dans la grande salle de l'hôtel des Bains de Prague...

Là , une petite France , toute franchise , toute amour , toute dévoûment ! Là , les images de ceux que nous aimons ! les images du frère et de la soeur !

Là , la majesté et la grâce i

Là , les souvenirs et les espérances ! Là % avant tout , l'amour de la patrie l

Oh ! je me souviens bien des fêtes de i8i57 des fêtes du baptême, des fêtes de la Vendée ? quand les deux sœurs héroïnes y vinrent ; eh bien ! notre fête de Prague a été moins brillante , sans doute , mais

non moins noble que toutes celles que je viens de vous énumérer ; pour venir à celle-ci , il avait fallu faire bien des pas à travers les distances.

Oh! c'est quand on est loin du pays, que les choses du pays vous ravissent, vous transportent et vous mouillent les yeux de larmes de souvenir.

Jamais, dans nos villes de France, à la tète de nos régirnens , en face de blancs drapeaux des fleurs de lis, sur nos places d^armes, ou dans nos salles de bal, l'air de vive henri iv n'avait produit sur nous tous autant d'effet que lorsqu'une musique militaire, malheureusement composée d'Autrichiens, le fit retentir dans la salle du banquet !

Alors, tous debout, le cœur battant d'enthousiasme , les verres remplis de vin de Bordeaux, nous portâmes les santés de tout ce que nous aimons.

Nous bûmes tour à tour à la France , à Henri V, à Charles X, à Louis-Antoine , à Marie - Thérèse , à Marie - Caroline , à Louise , à Fhôte illustre des Bourbons , à celui qui a su noblement accueillir leur malheur, à François II , à la fidélité, au courage , à La Villate , à Farinée française ! au dévoûment , aux condamnés politiques ! au génie , à Chateaubriand ! aux serviteurs dévoués qui ont suivi nos princes dans l'exil!

Ce serait peine perdue que d'essayer de vous peindre les transports et les cris qui accompagnèrent plusieurs de ces toasts.

il yen eut vraiment où ce fut un délire; nous levant de table i nous allions heurter nos verres aux pieds des images de nos princes, et ce n'était plus assez que les musiciens allemands pour jouer le vieil air français; nous mêlions tous nos voix à

leurs bruvans accords,

Nos transports semblèrent encore redoubler , lorsque Ton prononça les noms des serviteurs dévoués qui partagentle bannissement delà royale famille; alors c'était vraiment un beau désordre ; chacun voulait trinquer avec le loyal et brave La Villale; il était entouré , pressé, enlevé, embrassé par nous tous; par nous tous qui étions là, comme pour le remercier d'avoir fait si bonne et si fidèle garde au jeune prince....; ces remei cimens n'allaient pas à lui seul , nous les adressions aussi à tous

ceux , à toutes celles qui , depuis bien des années, ont voué leurs jours et leurs veilles à l'éducation de Henri et de Louise.

C'était encore au nom de la France royaliste que nous leur disions reconnaissance !

Oui , reconnaissance à eux, car, Dieu aidant, tous leurs efforts ont éfé couronnés de succès; un prince , une princesse accomplis sont sortis de leurs mains.

Vous voyez que ce banquet , fait à trois cents lieues de Paris, a pu avoir beaucoup de charme et d'entraînement, et quoique fait entre les murs d'un café, a dû surpasser en noblesse bien des festins quasiroyaux , où la vulgarité, l'égoïsme et la çourtisanerie bourgeoise viennent s'as-

seoir et boire à la prospérité d'un pouvoir qui a de l'argent pour payer leurs louanges et leur amour.

Adieu, dans peu de jours, nous nous remettons en route pour aller vers vous.

Page 1