‹ Voyage à Ségou, 1878-1879Chapitre 10 sur 145 · PRÉFACE DE PAUL SOLEILLET XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE PAUL SOLEILLET XIII

clavage africain ne date pas du jour où les Européens demandèrent à V Afrique des travailleurs captifs pour leurs colonies : il existait bien avant, et la suppression de la traite sur la côte occidentale ne V empêche pas d'exister.

Sous le régime de la traite, quand on détruisait un village de l'intérieur, la population conquise était habituellement divisée en deux parties : les enfants et les adultes. Les enfants étaient conservés par les noirs, qui les réduisaient en servitude ; les adultes étaient conduits à la côte et vendus aux blancs.

Aujourd'hui que les blancs n'achètent plus d'esclaves, les guerres n'en ont pas moins lieu, les populations conquises n'en sont pas moins partagées en enfants et en adultes, mais, et c'est là toute la différence, tandis que l'on conserve encore les premiers, on met à mort les seconds.

Avant la traite européenne, les noirs, qui étaient fétichistes, mangeaient souvent leurs captifs adultes; aujourd'hui, qu'ils sont plus civilisés, ils se contentent de les décapiter et de les jeter en pâture aux corbeaux. Où est le progrès ? La traite, malgré l'horreur qu'elle inspire, n'était-elle pas préférable ? Au moins elle laissait quelquefois la vie, et, avec la vie, l'espoir.

Nous ne pouvons mettre fin à cet état de choses par un acte d! autorité. L'esclavage ne disparaîtra que peu à peu, à mesure que notre civilisation pénétrera dans les populations africaines.

Nous pouvons hâter ce résultat :

/° Par le commerce. Dés que nos marchands auront accès dans les marchés de l'intérieur, les produits du sol augmenteront de valeur, le Soudanien aura tout avantage à conserver pour l'agriculture les bras de ses captifs. Dès lors, il ne traînera plus les captifs de marché en marché comme un vil bétail, il ne les

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égorgera plus comme des êtres sans valeur ou dangereux, et, Vinfluence de nos mœurs aidant, l'esclavage disparaîtra peu à peu,

2** D'après le droit existant au Soudan, « l'esclave peut obtenir la liberté de son maître à prix d'argent ».

De tout temps, l'administration du Sénégal a fait des avances aux captifs qui consentent à s'engager dans les bataillons de tirailleurs.

Loin de moi la pensée de proposer des engagements dits libres ; je considère, je le déclare bien haut, l' « engagement libre » comme ufie forme détournée d'esclavage, car, du jour où un engagé a signé son contrat, cet homme devient la propriété d'un autre homme qui, en vertu de ce contrat, le vend ou l'achète comme du bétail. <r Dans certaines contrées, les planteurs se demandent quel est le cours du jour pour les coolies, comme un marchand demanderait à Londres ou à Paris le taux de l'escompte ou le prix des fonds ». (Joseph Cooper.)

Mais il serait possible de constituer une caisse qui ferait aux captifs désireux d'obtenir leur liberté les avances nécessaires pour se libérer à prix d'argent vis-à-vis de leurs maîtres. Ces captifs pourraient alors rester libres de louer leurs services à prix débattus et n'auraient, comme l'ouvrier français qui a reçu des avances pour son outillage, qu'à subir une retenue sur leur salaire de tant pour cent jusqu'au remboursetnent des sommes à eux avancées.

De pareils éléments nous permettraient d'arriver promptement au peuplement et à la mise en culture du Sahara ; rwus pourrions prévoir le jour où cette région ne serait plus un désert, où elle formerait, avec le Sénégal et l'Algérie, une France africaine.

Les noirs transportés dans le désert entreraient facilement dans noire civilisation. Ces peuples ne sont plus ni chasseurs, ni pas-

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