DAKAR ET ILE DE CORÉE
Dakar. — Le colonel Canard. — LMle de Corée. — Les Marabouts et les Griots. -:-
Un Alsacien-Lorrain sujet allenund.
A deux heures Soleillet remercie le commandant et son étatmajor de leurs gracieuses attentions et se fait conduire à Dakar, à rhôtel du Commerce, tenu par M. Bouty.
La ville et le port de Dakar ne datent que de 1859. C'est à cette époque seulement que l'amiral Protêt détermina le gouvernement à prendre possession de la presqu'île du cap Vert.
Bien que destinée à beaucoup d'avenir, la ville de Dakar est encore en formation. Au milieu des habitations des nègres, on rencontre des constructions européennes souvent fort belles, notamment l'hôtel de l'agent des Messageries Maritimes, celui du commandant particulier de l'arrondissement de Corée, celui du génie, les ateliers de l'artillerie et le quartier de cavalerie.
La ville est ornée de beaux arbres sur lesquels s'ébattent des colibris. Elle possède un jardin public bien planté,, bien entretenu, et un musée d'ethnographie sénégambienne du plus grand intérêt, mais qu'on a vendu à l'encan après l'avoir laissé longtemps dans un complet abandon.
La température est très supportable. Soleillet n'a constaté que ~f- 25** à midi.
La population de Dakar se compose :
1° De fonctionnaires et d'officiers en assez grand nombre.
8 PREMifeRE PARTIE. — CHAPITRE II
Dakar étant le chef-lieu du deuxième arrondissement sénégalais et la résidence d'un commandant particulier qui a rang de colonel ;
2° De négociants d'origine européenne particulièrement adonnés au commerce de détail ;
3° De signars ou métisses, nés dans le pays, de pères et de mères de couleur ou de père blanc et de mère de couleur ;
4° De noirs de race djolove qui formaient l'ancienne population du village.
Les Djolof sont placés sous l'administration d'un chef choisi parmi eux. Le chef actuel a nom Dial Diop. Il est très populaire parmi les passagers des paquebots, qui lui donnent le titre pompeux de roi de Dakar. Il est aussi bien plus malin qu'eux, car il leur vend fort cher des grigris et des amulettes qu'il achète à vil prix d'un négociant français qui se fournit à Bordeaux.
Au recensement de 1876, Dakar a le Tamarinier » comptait en tout i,SS6 habitants (i).
Le dimanche 3 1 mars, Soleillet se rendit auprès du colonel Canard, commandant particulier du deuxième arrondissement, et lui remit une lettre de l'un de ses amis, M. Lafont, ancien commandant de spahis.
Le colonel Canard est homme de grande taille, à l'accueil simple, franc, original; c'est un esprit droit et juste, énergique et bon. Il est arrivé au Sénégal, en 1846, comme simple cavalier de spahis, et ne l'a presque jamais quitté. Naturellement il connaît très bien le pays.
L'entreprise de Soleillet lui paraît utile et môme nécessaire; il la croit possible, très possible, mais pour un homme voyageant seul, sans titre officiel, acceptant toujours et partout les mœurs et coutumes des indigènes. Il estime enfin qu'un voyage de Dakar à Alger doit coûter au moins 15,000 francs.
(i) En 1885 elle en avait 2,000. Elle est gare terminale du chemin de Saint-Louis et point d'attache du câble sous-marin. (Elisée Reclus, Nouvelle géographie universelle, t. XII, pp. 256 et 280.)