DAKAR ET ILE DE GORÈE II
griots ne se marient qu'entre eux. Ils sont trop méprisés pour que le dernier des hommes libres veuille entrer dans leur alliance. Après avoir été bien redoutés pendant leur vie, quelquefois même après avoir eu beaucoup d'influence, ils sont déclarés indignes de reposer dans le sein de la terre.
Le griot mort, son corps est exposé sur une natte, et les jeunes filles de la caste, nifes et armées de lances, disputent toute une nuit son âme au diable, à qui elle appartient, puis il est enfoui dans le creux d'un arbre.
Marabouts et griots sont la peste de la Sénégambie. Soleillet les retrouvera sur toute sa route, jusqu'autour du sultan de Ségou, et nous aurons souvent à en parler (i).
Le I*' avril, il continue ses investigations dans Dakar.
Le lendemain il visite un négociant alsacien-lorrain qui opta pour la nationalité allemande et qui loue des bêtes de transport. Ce brave homme ne demanda pas moins de deux cents francs pour la location d'un cheval ou d'un mulet devant porter Soleillet de Dakar à Saint-Louis. Soleillet apprit heureusement de M. Bolot de Chauvillerain, chef du service télégraphique, occupé de l'installation d'un télégraphe optique entre Dakar et Corée, qu'il pourrait avoir, pour cinquante francs, un chameau qui le porterait de Rufisque à Saint-Louis. Ce renseignement lui est confirmé par le colonel Canard, qui lui donne une lettre pour le chef de poste de Rufisque.
(i) MuNGO Park, Abrégé du voyage de Mtmgo Park dans l'intérieur de r Afrique; Paris, 1800, p. 241. — René Caillié, Journal de voyage à Tombouctou et lennédans V Afrique centrale; Paris, 1830, t. I, pp. 93-96, 149-1SO. — Amiral Fleuriot de Langle, Croisière de la côte d'Afrique (Tour du Monde, t. XXIII, p. 358).