DE TARET A SAINT-LOUIS
Taret. — Soleillet est reçu par le chef du village. ^- Intérieur d'une case. — M"« Marcmba. — Poste de Mouit. — Arrivée à Saint-Louis.
A huit heures du soir, après une marche de quinze heures sans avoir rien mangé, Soleillet s'arrête au village de Taret ; le chef de ce village lui offre l'hospitalité ; pour la première fois, il va passer la nuit dans une case.
Le chef de Taret est un grand noir qui porte un collier de barbe grisonnante. Il est coiffé d'un bonnet de coton et vêtu d'un boubou blanc.
Deux femmes, dont l'une paraît être servante, préparent le diner du voyageur. En attendant, il entre en se courbant dans une case en paille fort propre et assez bien arrangée. Le mobilier se compose d'un lit en planches recouvert de pagnes très blanches, de deux grands coffres en bois peint et garnis de cuivre, de calebasses, de paniers remplis de provisions ; un monumental parapluie bleu, à bandes rouges, est suspendu au mur. Le lit sert de siège. On fait du feu au milieu de la case ; la fumée incommode un peu, mais elle détruit tous les insectes.
Après le repas, Soleillet cause un instant avec la femme de son hôte, vieille négresse fort drôle, coiffée d'un madras jaune, parlant un peu français et saluant en faisant servante. Avant de le quitter, elle lui demande son nom et lui apprend qu'elle estM^'^'Maremba,
Il se roulait dans son manteau pour dormir lorsque son hôtesse revint en chantant :
(( Monsieur SoleUlet, Sokillet, eillet, eillet, et,
« Madame Maremba, emha, emba, ba, ba,
(( Apporter, or ter, ter, ter )>.
Elle ne dit pas ce qu'elle apporte, mais elle le tient au-dessus de sa tête, s'en sert comme d'un tambour de basque et finit par le déposer au pied du lit.
Le lendemain, 8 avril, Soleillet part à cinq heures et demie du matin. D'abord il suit le rivage, puis la rive gauche du Sénégal. A sept heures et demie il arrive au poste de Mouit où il est reçu par un jeune caporal de son pays. Cinq heures après il arrive au pont Faidherbe et à une heure il entre dans Saint-Louis.