‹ Voyage à Ségou, 1878-1879Chapitre 22 sur 145 · DE SAINT-LOUIS A PODOR · texte numérisé non relu

DE SAINT-LOUIS A PODOR

Départ de Saiut-Louis. — Compagnons de route. — Richard-ToU. — Bakel. — Caïmans et superstitions dont ils sont Tobjet. — Podor. — Tentatives de culture. — Ce que produit la protection du gouvernement — Le jour de Pâques à Podor.

A quatre heures et demie il arrive sur le quai. Le capitaine du port, M. Fabre, lui offre une place dans sa yole et le conduit à bord de l'aviso Ix Dakar, A Téchelle, el Hadji Bou el Moghdad lui tend la main. Le vieux tamsir Hamat est là aussi et lui présente son gendre, le cheikh Mahmadou, prince de Makhana. Le cheikh rentre dans sa ville et accompagnera Soleillet jusqu'à Bakel. Un indigène, chef du village d'Assor, dit à Soleillet : « Vous ferez un bon voyage, nous avons prié Dieu pour vous à » la mosquée ». Le commandant Boilève, plusieurs officiers et plusieurs civils viennent aussi lui dire adieu. A sept heures. Le Dakar se met en marche.

Il y avait sur Ix Dakar plusieurs européens dont Soleillet se rappelle le nom avec plaisir : M. Laffitte, mort huit jours après son arrivée aux mines d'or de Kenieba, MM. Serp et Isard. L'aviso est commandé par M. Vilmont, enseigne de vaisseau de la marine nationale, jeune homme de charmante humeur.

Parmi les noirs qui sont à bord, deux méritent une mention particulière :

Le premier est Ahmadou Abdoul, neveu et héritier présomptif de Samba-Oumané, roi du Toro. Il est élève de l'école des otages de Saint-Louis, chevalier de la Légion d'honneur, pour fait de

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guerre, et à notre service comme interprète. C'est un jeune liomme de taille svelte et élancée, aux yeux vifs, aux traits agréables. Il vit à la table de l'état-major, mais, fervent musulman, il ne boit pas devin.

Le second est le cheikh Mahmadou. Mahmadou est très influent. Sur tout le cours du fleuve il a des femmes, toutes filles de chefs, ce qui lui donne partout droit de cité. Il est jeune encore et de type caucasique. Il parle arabe ; il a fait le voyage de la Mekke et connaît Timbouktou.^ Le cheikh est pour Soleillet une connaissance précieuse. Il lui propose de l'accompagner jusqu'à Bakel, et notre voyageur accepte bien volontiers.

Les rives du Sénégal sont ici basses et peu cultivées. On voit seulement, de distance' en distance, quelques petits bouquets de palmiers.

Le jeudi, i8 avril, à six heures et demie du matin, quand il se réveilla, Soleillet se trouvait en face de Richard-Toll. Nous avons là un magnifique jardin d'essai, rempli de beaux arbres et de cultures diverses, dont la réussite prouve que ce sol, où les hommes ne manquent pas, ne demande, pour être fertile, qu'une bonne direction. ,

Dans la pensée du général Faidherbe, Richard-Toll, simple maison de campagne des gouverneurs, devait se transformer en ferme modèle et en école d'agriculture.

Richard-Toll est dans une situation exceptionnellement favorable. Par le marigot de la Taouey, qui est navigable en toute saison pour les chalands, et pendant les hautes eaux pour les bâtiments d'un tirant d'eau de quatre à cinq pieds, il est en communication directe avec le lac de Guier, et notre poste de Merinaghen construit en 1842. Il fut créé quand les Anglais rendirent le Sénégal à la France. La direction en fut confiée à un botaniste distingué du nom de Richard; de là son nom de Richard-Toll, qui veut dire, en ^]o\o{ Jardin de Richard. Richard y fit, sur une grande échelle, des essais d'acclimatation de plantes et d'arbres exotiques.

« Ce jardin, dît RafFenel, a joui pendant longtemps d'une » remarquable prospérité et a donné, grâce aux soins de son fon- » dateur, des fruits^ des légumes et des produits utiles à Tin- » dustrie ; mais des mesures de prudence, commandées dans Tin- » térêt de la défense du poste, déterminèrent, en 1840, la des- » truction complète des plantations. Nous avions alors une » guerre à soutenir contre les Maures Trarzas, et Ton craignait » que les arbres qui avoisinaient le poste ne servissent, la nuit » surtout, à cacher des hommes disposés à tenter une surprise. » Toutefois, cette mesure n'a pas reçu l'approbation générale. » On conçoit, en effet, qu'une plus active surveillance aurait pu » préserver de la destruction un établissement d'horticulture par- » venu déjà à un certain développement : en deux heures l'œuvre » de vingt-cinq ans fut anéantie ! »

La dévastation constatée par Raffenel a été réparée. Richard- ToU possède aujourd'hui un véritable parc orné de grands et beaux arbres de l'aspect le plus agréable.

La vue de Richard-Toll suggère à Soleillet une idée. « Nous avons organisé, dit-il, pour les besoins des armées et des colonies divers services dont les agents sont assynilés à nos fonctionnaires ou à nos officiers. Une seule profession, la plus utile, est restée en dehors des services de l'État : l'agriculture. Il semble, au contraire, qu'un service agricole devrait être organisé régulièrement, fortement, dans chaque colonie, de manière à former une armée qui ferait, par le travail, la conquête du sol et des hommes ».

A huit heures. Le Dakar quitte Richard-Toll, s'arrête un instant devant Biloi et arrive à Dagana^ comptoir français où se trouve un poste commandé par un lieutenant. Deux villages indigènes sont dans le voisinage : l'un est dans les limites du Oualo, l'autre appartient au Foutah.

A deux heures, Soleillet constate la plus haute température de la journée : + 36° 3' au thermomètre en fronde, + 60° au thermomètre suspendu aux- bastingages, en plein soleil; la température de l'eau est + 25** 9'. Une faible brise souffle du sud-ouest.

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