CABINET DU GOUVERNEUR
État -Major MON CHER MONSIEUR,
Le gouverneur, étant très occupé par Tarrivée du courrier de France, rac charge d'être auprès de vous son interprète dans les vœux qu'il forme pour la réussite de voire grande entreprise.
Nous n'avons tous ici qu'un désir, celui de vous voir mener à bonne fin cette grande œuvre, but de toute votre existence, dont vous n'avez pas hésité à faire le sacrifice pour le plus grand bien et la plus grande gloire de notre cher pays.
En quittant les limites de protection de notre pavillon dans ces pays, vous emportez avec vous, comme dernier souvenir de toute terre française, l'assurance de l'entière amitié de notre gouverneur et de la profonde sympathie que vous avez su inspirer à tout un corps d'officiers qui vous suivront toujours, j'en suis persuadé, avec un bien grand intérêt, dans vos travaux et qui n'ont qu'un regret, celui de n'avoir pas pu vous garder plus longtemps au milieu d'eux.
Q,ue la pensée que le monde civilisé est ardent de vous voir avancer le plus vite possible dans celte voie de progrès dont vous pouvez, à si juste titre, vous proclamer un des hardis pionniers, vous fortifie et vous épargne ces moments de défaillance auxquels n'échappent même pas les natures d'élite.
Bon courage et bonne santé.
Je vous serre bien affectueusement la main.
J. Lefèvre.
Le lendemain de la réception de cette aimable lettre arrive le chaland qui porte les bagages de Soleillet.
Notre voyageur n'ayant pu se procurer à Saint-Louis des animaux de bât en location, il dut acheter dix ânes et engager un jeune berger pour les soigner. Ce nouveau serviteur est poulo et se nomme Samba Demba.
La guinée de filature n'ayant pas cours à Ségou, il dut en échanger une balle contre du calicot blanc, de l'indienne, des verroteries, du fil de cuivre, des clochettes et autres marchandises. Il a fait ces achats à la maison Maurel et Prom, qui avait bien voulu lui donner une lettre de recommandation pour ses traitants. Il a reçu dans tous leurs comptoirs un accueil dont il est très reconnaissant.
Les préparatifs du voyage le retiennent jusqu'au dimanche 9 juin.
Pendant son séjour à Bakel, la température n'a pas dépassé 40°. Du i**^ au 9 juin il y a eu de légères tornades : c'est le commencement de la saison des pluies et le présage de mauvais jours pour le voyageur.
A Bakel, Soleillet fit la connaissance d'un jeune caporal aux tirailleurs sénégalais, le fils du général Marion. Ce jeune homme était distingué, instruit et intelligent. Il désirait faire des voyages d'exploration en Afi'ique et s'y préparait en se soumettant à la nourriture des indigènes. Il a malheureusement péri dans la dernière épidémie de fièvre jaune.
Soleillet garde aussi souvenir du lieutenant noir, M. Mahmadou Racine, chevalier de la Légion d'honneur, fils du chef de Podor. Cet officier appartient à l'une des grandes familles de la Sénégambie; il est très distingué et d'un commerce très agréable.