CHAPITRE XVn
Départ. — Konguel. — Golmi. — De Golmi à Yafen. — Nouveaux compagnons de voyage. — Arondou. — Griots et griotes. — La Falemé. — Goutioubé. — Taksira et Potera. — Mage et les habitants de Koléri. — De Koléri à Lamel. — Remède contre les rhumatismes. — Amadi-Banné. — De Lanel-Tounka i Dikokouri. — De Dikokouri i Sébékou. — De Sébékou i Fandara. — De Fandara à Tomba-nkané.
Le jour du départ est arrivé. Le dimanche 9 juin, à cinq heures cinquante-cinq minutes du matin, par -f- 31° de chaleur, Soleillet monte sur sa mule. MM. Soyer, Lusseau, Alpha et son frère montent à cheval. Il donne la main aux nombreuses personnes qui sont venues lui souhaiter un heureux voyage. Le grand Sadio, le forgeron du poste, est parmi elles : il est furieux de n'avoir pas été prévenu : « Je suis français, » dit-il à Soleillet ; « mon devoir était de monter à cheval et de vous accompagner ».
En traversant Bakel, la caravane est arrêtée à chaque instant par des gens qui viennent lui dire adieu.
Les ânes sont conduits par des tirailleurs qui doivent aller jusqu'au prochain village. Là ils seront remplacés par des hommes de corvée qui seront changés de village en village.
Un gamin, arrivé presque nu à Bakel depuis quelques jours, et désireux de voir du pays, s'est joint à la petite troupe.
A six heures vingt-deux minutes, MM. Soyer et Lusseau font leurs adieux à Soleillet. En leur serrant les mains, celui-ci éprouve une émotion bien légitime. Il sent se rompre le dernier lien qui le rattache à la France que ces vaillants hommes représentent si
dignement aux dernières limites de la civilisation. Tout en pensant au petit coin de terre où il a été si bien reçu, à ses hôtes qui devinrent ses amîs, il continue sa route avec ses noirs compagnons.
A sept heures dix minutes il arrive à la fin des cultures. A sept heures et demie il quitte les broussailles et les tamariniers pour entrer dans les champs de mil qui bordent le fleuve. Sur sa droite s'élève un bois ; sur la rive des Maures s'étendent des broussailles et des hauteurs ferment l'horizon. Dans le lointain, sur la rive gauche, on aperçoit le village de Konguel. Des noirs s'occupent de défirichements et l'on voit des cultures de coton, Konguel, où la caravane arrive à huit heures et demie, est entouré de murs en terre et planté de beaux arbres. Sa population est sarracolaise. Un tisserand travaille debout et fait marcher son métier avec le pied gauche. Il dit à Soleillet que dans le Sangara (son pays) on donnerait pour sa mule huit ou dix captifs. Konguel paye d'impôts, par homme étaWi, huit pièces de trois coudées chacune.
En face de Konguel, sur l'autre rive, se trouve le village de Yaguelli, le premier qui soit sous la domination du sultan Ahmadou.
A huit heures quarante minutes, la caravane se remet en route et longe des pâturages, des buissons, des collines boisées. A neuf heures elle rencontre un grand troupeau de bœufs ; trois quarts d'heure plus tard elle arrive à Golmi, où elle s'arrête sous un bouquet de beukiy grands et beaux arbres que les ouolof appellent bouts et qui produisent un petit fruit sucré. Le vieux chef de ce village connaît Alpha, compagnon de Soleillet, et fait à celui-ci bon accueil.
Pendant le déjeuner, qui se compose d'une pintade. Alpha donne à Soleillet le nom des personnes qui lui peuvent être utiles. Ce sont :
A Kouniakari : Omar Sané, forgeron (i) ; Mahmadou Garauki ;
(i) Dans le Haut-Sénégal et le Soudan occidental, le forgeron est un homme d'importance, souvent ami et conseiller du prince.
Soulé Eliman, chef; Eliman Sambo, chef; Amé Lara Toro, chef;
A Koulou : Fili, beau-frère du général Faidherbe ;
ANioro : Pâté Souboukou, officier;
A Ségou : Maned AfFe, forgeron ; Sambaya Rek (toucouleur), officier; Mamadi Troki (bambara); Demba Silla; Malek Amadi; Doukouré ; les cheicks Sedi Dillia et Sada Bané, Baba Olibo et Olibo Abdoul Amadi qui passent pour avoir de l'influence sur le sultan.
Golmi est un petit village sarracolais habité surtout par des captifs.
Quand Alpha dit qu'il faudra dix hommes le lendemain pour conduire les ânes, un vieillard, qui paraît être « le loustic » du village, dit : « Nous préférons lui en donner vingt que toute autre chose, car nous avons des hommes, mais rien que des hommes ».
Tout en causant avec le bonhomme, Soleillet remarque deux instruments aratoires : une hachette emmanchée d'un bâton recourbé presqu'à angle droit et un bâton fourchu. Dans le même temps, une gentille négresse, qui porte un enfant sur son dos, vient lui dire bonjour et lui offi-ir du lait. C'est la nièce du forgeron Sadio.
A deux heures et demie Alpha et son frère repartent pour Bakel.
Soleillet se rend alors dans le tata du frère du chef, où se trouvent une dizaine de cases et déroule sa peau de chèvre. Sur une estrade en terre battue, des femmes et des jeunes filles, parées de bijoux d'argent, filent et cardent du coton.
Une partie de la nuit le vent souffle en tempête, la pluie tombe par grain et, dans le lointain, on entend quelques coups de tonnerre.
Après une nuit passée sans sommeil, il part le lendemain lo, à six heures quarante minutes du matin. Le temps est très couvert, il tombe quelques gouttes de pluie, et, bien que le thermomètre marque + 23^1, Soleillet a froid.
Il traverse une plaine où croissent des arbres isolés, des herbages formés d'alluvions. A sa gauche se dressent les collines
boisées de la rive maure. A sept heures vingt minutes il est dans un bois où se voient des cotonniers sauvages et des palmiers nains . Tout est vert, tout est frais et animé. A sept heures cinquantecinq minutes, au passage d'un marigot, trois ânes jettent leurs charges. Un quart d'heure après, il rencontre des bergers qui, le fusil sur l'épaule, gardent une magnifique troupe de bœufs. Un peu plus loin, sur le fleuve, il se croise avec sept cavaliers. La rive droite est toujours boisée.
A neuf heures il fait halte devant Yafera, grand village sur le bord du fleuve, entouré de plaines, de buissons et d'herbages. Yafera possède un forgeron. Des curieux se présentent; parmi eux, un jeune homme qui orne son chef d'une espèce de mitre, des femmes qui portent des clochettes, et un pauvre enfant aliéné. Des négresses vont chercher de la terre pour faire ou réparer des cases.
Une femme demande à Soleillet la permission de voyager avec lui jusqu'à Mounia et à faire monter sur un âne l'une de ses petites filles. Elle en porte sur son dos une autre; une troisième marche, ainsi que deux petites captives de 13 à 15 ans.
Soleillçt quitte Yafera vers trois heures et demie ; il fait route à travers des défrichements et des bois épineux. Revenant au fleuve, où se trouvent des bancs de sable, il voit, sur les deux rives, des plaines, puis, sur la rive gauche, des champs de mil, des défirichements, et, du côté des Maures, des collines boisées. A quatre heures il traverse un marigot à sec et suit une berge à pic plantée d'herbages et de bouquets d'arbres. A cinq heures il atteint Arondou, en face du village maure de Diogountouré. Le thermomètre marque + 3S°i> ^^^^ temps est couvert.
Soleillet possède un sauf-conduit du commandant de Bakel et une lettre d'Alpha, ami du chef d' Arondou.
Il est reçu par des griots, qui sont coiffés comme les femmes du Khasso et parent leur chevelure d'ambre. L'un d'eux a perdu tous les doigts des mains. Ils chantent sur le ton de nos chanteurs des rues.
Le chef reçoit bien Soleillet, lui promet des hommes et le fait conduire dans un tata très propre appartenant aux griotes. Une vieille femme lui dit : « Bonjour, monsieur; merci, » et fait force contorsions.
n achète, pour o fr. 50, un moule de petits oignons, et à six heures et demie il dîne d'une poule au riz. Pendant son repas, des jeunes filles viennent chanter ses louanges et font des vœux pour le succès de son voyage, à ce qu'on lui dit, car de tous leurs discours il ne comprend que les mots Toubàk et Ségou, D donne à ces jeunes filles une pièce de 5 fr., ce dont elles se montrent fort satisfaites. Les nala-nké viennent aussi; mais comme il leur fait dire qu'il ne leur donnera rien, ils se retirent,
D dort très bien, en plein air, sur une natte et une peau de chèvre.
Arondou est un grand village très propre, fermé par une ceinture de buissons. Plusieurs cases sont surmontées d'un cylindre en vannerie, terminé par un bâton qui porte des morceaux de calebasses découpés en croissants, séparés par de petites calebasses rondes.
Le lendemain, 11 juin, Soleillet se dispose à partir à cinq heures et demie, mais un âne s'est perdu, d'autres sont blessés, un autre se décharge en sortant, et c'est seulement vers sept heures qu'il part d' Arondou.
Le temps est serein et le thermomètre marque ~\- 29*^9. Il fait donner au chef un peu de tabac.
Du village au fleuve, il traverse une bande de culture, puis des défirichements. Il descend ensuite dans la Falemé, grande rivière, incomplètement explorée, qui prend sa source dans le Foutah Djallon. Ses bords sont cultivés. Elle coule dans un fond, entre des berges d'environ dix mètres de hauteur. Au niilieu se trouve un îlot couvert de broussailles.
Au mois d'octobre 1863, le courant de la Falémé était très fort, et Mage ne put le traverser qu'en bateau. Il en fut de même au Dianou-Khollé et à plusieurs autres marigots. La vase et la
hauteur des berges, dit ce voyageur, nous retardèrent et occasionnèrent des chutes quelquefois dangereuses (i).
Pour gravir l'autre rive, qui est à pic, il faut décharger les ânes, mais on attend pour cela que l'un d'eux ait jeté sa charge à l'eau. A sept heures et demie la caravane prend un instant de repos. Elle traverse ensuite une plaine cultivée, entourée d'arbres qui laissent voir, dans le fond, des collines boisées. Après avoir repris le bord du fleuve et traversé des pâturages ornés de quelques arbres, elle arrive à Goutioubé à huit heures un quart.
Goutioubé est un village entouré de murs de terre et de champs de coton. Il possède quelques beaux palmiers et des figuiers. Il y a dans le fleuve un rocher.
Le chef d'Arondou, Mohammed Tambalo, homme d'âge et très complaisant, est venu avec Soleillet jusqu'à Goutioubé. Il reçoit en présent une bague en cornaline, ce qui lui fait grand plaisir.
Soleillet s'arrête sous un arbre pendant que les dix hommes de Goutioubé qui doivent l'accompagner se préparent. Le chef du village, aussi un vieillard, qui se nomme Alkadi Fadi, parle français. 11 vient avec un autre homme, qui parle aussi français, faire la conversation avec le voyageur.
A neuf heures, la caravane se remet en marche en suivant les bords du fleuve où l'on voit des arbustes, des arbres, des terres sablonneuses plantées de palmiers nains.
A neuf heures quarante minutes, par un ciel légèrement couvert et 36**! de chaleur, il arrive à Taksira, village qui n'est pas marqué sur les cartes.
Ce village est entouré d'un mur en terre très soigné, dont les angles, au nombre de sept, sont défendus par des tours, les unes rondes, les autres carrées. Le mur et les tours sont percés de
(i) Mage, 1868, p. 31. Voyage dans le Soudan occidental ; Paris, I^achette.
En 1 803-1 884, le docteur Colin a exploré une notable partie du cours de la Falémé. La carte qu'il dresse apportera de sérieuses modifications au tracé de nos cartes actuelles. — La relation de ses voyages doit'paraître prochainement.
lOé PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XVII
meurtrières, simples trous ronds qui ne permettent pas de viser. On cultive autour le mil et le coton.
Le sol devient aride, il y a des affleurements de roches ; des collines dénudées se dessinent à l'ouest.
Soleillet ne s'arrête pas à Taksira, non plus qu'à Potera, village également fortifié, où il arrive à dix heures cinq minutes.
En 1877, ces deux villages furent assiégés par le sultan du Bondou, Boubakar Sada. Grâce à leur système de défense, ils ont pu résister.
Ils sont séparés par des cultures de mil et de coton qui s'étendent du côté du fleuve jusqu'au pied d'un rocher devant lequel se trouvent quelques arbres. On voit de là, sur la rive maure, dans le lointain, un rocher boisé.
A dix heures et demie Soleillet atteint ces arbres et fait décharger les ânes pour la halte.
Un vieux marabout vient à cheval, de Potera, pour le saluer et lui demander des nouvelles de Bakel.
Il passe devant Koléré où, en 1863, Mage faillit voir la fin de son expédition. Au mois d'octobre, alors que la récolte du mil n'est pas terminée, les habitants barrent les chemins avec des épines pour empêcher les animaux d'aller manger les récoltes sur pied. Arrivés devant l'un de ces barrages, les hommes de Mage veulent le faire sauter; une vieille femme s'y oppose; elle est bousculée et jette des cris; tous les habitants accourent en armes. Une mêlée s'engage. Le chef de l'expédition est menacé d'un coup de poignard et bousculé. Reconnu par quelques hommes qui ont servi sous ses ordres en 1859 et 1860, il parvient à rétablir la paix. Le chef du village, qui s'était bien conduit dans cette affaire, s'excusa et pria Mage de pardonner. Mage pardonna, cela va sans dire (i), mais les indigènes n'ont-ils pas gardé rancune ? Soleillet a peut-être agi sagement en ne passant pas trop près de ce village.
(i) E. Mage, Foyage dans le Soudan occidental (Sénèganibie et Niger), 1863- ]866; Paris, Hachette, 1868, pp. 31, 32.
A deux heures vingt minutes, par 39** i de chaleur, se produit une tornade qui dure peu et reprend ensuite par rafale.
A trois heures le vent a cessé, le temps est beau et Soleillet se remet en route. Il retourne un peu sur ses pas pour prendre le chemin qui passe derrière le rocher, traverse des terrains d'alluvions qui doivent être inondés pendant les hautes eaux, des bois épineux sans feuilles, un marigot où il y a de l'eau et des oiseaux, des plantations de coton ; il passe devant Segala, qu'il laisse à sa gauche, et revient au bord du fleuve où sont des champs de mil, des broussailles, une plante grasse dont les fleurs sont violettes, les feuilles glauques et laiteuses. Il passe à cinq cents mètres de Kabou Kamera, situé en face du village maure de Kabou Guidimaka. Les bords du fleuve sont plantés de mil et de coton.
A six heures la caravane est reçue à Lanel par un ancien otage, le chef Boubou Bakilli, qui parle bien le français et donne à Soleillet un tata très propre.
Il y a trois villages du nom de Lanel ; ils s'élèvent le long du fleuve à la suite l'un de l'autre, en face d'un large banc de sable et d'une côte à pic. Ce sont Lanel-Touotalla, Lanel Tounka et Lanel-Maudi (i).
Le second, où s'arrête Soleillet, est le plus grand. Lanel-Maudi est exclusivement habité par des marabouts. La population des trois villages est sarracolaise. Ils sont ornés de palmiers et ceints d'une double clôture, l'une d'épines, l'autre en terre. Les marabouts seuls vont dans le Ségou et le Bouré chercher des captifs et de l'or. Les autres leur avancent de la guinée et prennent part aux bénéfices.
Boubou Bakilli parle à Soleillet du général Faidherbe et du colonel Brière de l'Isle. Il considère comme dangereux pour Içs noirs le voyage de France, parce que deux de ses frères sont morts à Paris.
(i) Vers 1815, Mori Bo, aussi nommé Bodia, guerroya dans le Foutah et le Haut-Sénégal, prit Lanel et en emmena toute la population en esclavage. (Mage, cit., p. 671).
De Bakel à Lanel on ne voit pas de gibier ni d'oiseaux.
Le 12 juin au matin, Soleillêt s'installe $ous un arbre et reçoit la visite de Boubou Bakilli. Cet homme est réellement très bien, mais il vit comme les autres noirs et porte leur costume, les cinq tresses (une derrière et deux de chaque côté) et le bonnet jaune sarracolais dont les grandes oreilles, habituellement relevées, ressemblent de loin à deux cornes.
Un beau troupeau de vaches passe devant les causeurs. L'une d'elles urine et une femme profite de l'occasion pour se faire arroser les jambes. D paraît que c'est un remède souverain contre les rhumatismes. Nous ne devons pas trop rire de cette sotte croyance : dans toute la France, dans toute l'Europe, des milliers de personnes vont en troupe, souvent à de longues distances, faire des choses presque aussi malpropres mais beaucoup plus dangereuses.
Le pays produit du mil, du coton, des arachides, des oignons, des tomates, des calebasses. Les arachides se vendent aux traitants. La barrique de loo kilogrammes en quatre sacs vaut une pièce de filature de 13 francs; on a, pour le même prix, une barrique de mil de quatre sacs.
Le type sarracolais paraît grossier ; les hommes et les femmes sont souvent de grande taille.
Le vieux chef, Madi Banné, porte un méchant bonnet sarracolais, fort sale, et un boubou bleu tout déchiré. Plusieurs amulettes lui pendent au cou. D est accroupi auprès de Soleillêt, sur une peau de chèvre, prend beaucoup de tabac et l'on est obligé de lui ouvrir sa boîte.
Les marabouts se distinguent des autres habitants par le Chichia.
Soleillêt reste à Lanel-Tounka jusqu'à quatre heures un quart pour faire reposer ses ânes. Le thermomètre marque 3 9° 6 et le temps est couvert.
Il suit le bord du fleuve et atteint à cinq heures la limite des cultures. Un quart d'heure est perdu à recharger des ânes qui ont jeté leurs fardeaux. Un instant après il est salué par un jeune
DE BAKEL A TOMBA-KKANÉ t09
Homme à cheval et perd encore quinze minutes à recharger les ânes. Les conducteurs ne sont bons à rien.
On voit toujours sur la rive française des cultures de mil et des arbres, tandis que la rive maure est à pic. A six heures un quan il traverse un marigot, espèce de ravin qui se dirige de l'ouest à l'est. L'aspect du pays change un peu : sur la rive gauche s'élève une colline d'un kilomètre, tandis que la rive droite est en plaine. Des éclairs brillent au sud, sur un ciel sombre, et l'ouest revêt une magnifique teinte orange. La tornade arrive et pendant un instant la caravane étoufFe dans un nuage de poussière. A sept heures et demie elle atteint enfin à Dikokouri. Soleillet est bien reçu par le chef, Bouille Madi, qui lui apporte deux poulets.
De huit heures quinze à huit heures trente-cinq, il pleut; à neuf heures tout paraît fini. Soleillet soupe de lait et de biscuit, puis don, à la belle étoile, sur une natte et une peau de chèvre.
Les villages sarracolais sont bien tenus. A Dikokouri, il y a près de la mosquée, simple enceinte de pieux, un égout avec une grille en bois pour l'écoulement des eaux. Sur la place, à côté du tam-tam, se trouve un canon qui a les oreilles et le bouton cassés. Entre deux beaux arbres s'élève une estrade en bois.
Le lendemain matin, 13, Soleillet offre du thé à Bouille Madi, qui en fait boire à ses enfants. Les enfants sont assez familiers ; ils éventent le voyageur pendant sa toilette, mais ils ont peur de son thermomètre.
A trois heures quarante il se remet en route par 30** de chaleur et un temps légèrement couvert. Il continue à côtoyer le fleuve, :\ voir des plantations, des défrichements, des arbres, des collines. A cinq heures il éprouve de la fatigue et s'arrête pour attendre les ânes. Tandis qu'il regarde la plaine qui s'étend sur la rive maure, trois caïmans bâillent sur le sable^ un canot descend à la voile. Un hippopotame passe entre deux eaux et souffle de temps en temps. Cet animal, d'ailleurs, comme le remarque Mage, est plus effrayant que terrible (i). A cinq heures un quart Soleillet se remet
(i) Mage tua, pour s'amuser, il semble, un jeune hippopotame. C'était aui;
ÎÎO PREMifeRE PARTIE. — CHAPITRE XVll
en route par un temps légèrement couvert, traverse des défrichements et arrive à cinq heures quarante à Sébékou, grand village situé sur le bord du fleuve. Le chef lui apporte, dans une terrine, de l'eau pour se laver. Un homme, qui parle français, vient le voir avec sa petite fille. Soleillet caresse l'enfant, mais il faut une certaine habitude pour caresser les négrillons. Il a la fièvre et sent une lassitude générale. Il est logé chez les griots. A neuf heures le vent souffle en tornade, à dix heures arrive une pluie torrentielle qui diminue peu à peu ; cependant la nuit est bonne et la santé est à peu près revenue.
Le vendredi, 14 juin, le dépan a lieu à six heures cinquante, par un temps couvert et 28° de chaleur. Le chef de Dikokouri vient à cheval, avec sa petite fille en croupe, et rapporte le couteau de Soleillet.
La caravane suit le fleuve et passe à sept heures quinze devant le petit village de Fandara, en face du village maure de Gousséla. Elle trouve des défrichements, des champs de mil, des palmiers nains, des roseaux, des roniers rabougris et s'arrête à huit heures trente sous un figuier, à une portée de fusil du village de Tombankané. Une jeune homme vient à Soleillet et lui parle en français du général Faidherbe.
abords d*une chute. La pauvre bête épuisée fut entraînée par le courant. La mère, par un effort désespéré, se précipite avec une incroyable rapidité au secours de son petit. Elle l'atteint sur la crête du torrent et tous les deux roulent dans le précipice. Cette scène attendrit tout le monde, même les nègres. C'est fort bien, mais pourquoi tuer, sans cause, des animaux inoffensifs ? Mage raconte, à cette occasion, que la chair de Thippopotame ressemble à celle du bœuf; que la texture en est un peu plus grosse, que c'est une bonne nourriture, mais que la graisse a toujours un goût de rance. (Magh, p. 62).