CHAPITRE XVIII
DE TOMBA-NKANÉ A MÈDINE
A Marma-Sagaré. — Souvenir de Mage. — De Marma-Sagaré à Daramané. — De Daramané à Souhoanet. ^ De Souhonnet à Gakora. — A Ganné. — La justice de Dieu. — Des griots. — Jeunes femmes. — De Ganné à Ambibedi. — D'Ambibedi à Moussala. — Arrivée à Médine.
A neuf heures quarante-cinq minutes, Soleillet arrive à Marma- Sagaré, petit village entouré d'un mur de terre muni de tours. Les ânes sont partis en avant, ce qui lui vaut de trouver une case prête et les bagages rangés. Il ne lui reste qu'à faire étendre sa peau de chèvre.
Le jeune homme de Tomba-nkané, qui parle français et se nomme Amadi, vient avec Samba, le chef de son village. Samba est un vieillard. Il parle aussi à Soleillet du général Faidherbe. Il est accompagné d'un autre vieillard, Demba Koumba, chef de Marma-Sagaré.
D'après ce qu'on lui dit, Soleillet occuperait la case où Mage séjourna dans les derniers jours d'octobre 1863. Deux hirondelles ont élu domicile dans le haut de cette case. Elles y entrent familièrement et font entendre un gazouillement très agréable. Devant le tata du chef il y a un énorme figuier.
A une heure quinze minutes Soleillet faisait sa sieste quand on lui annonça le passage d'un chaland. U le fit arrêter et lui remit un billet pour sa famille et un autre pour le commandant de Bakel.
TI^ PREMifeRE PARTIE. — CHAPITRE XVMl
A quatre heures huit minutes on se remet en route, en compagnie d'Amadi. Le thermomètre marque + 36** et le temps est légèrement couvert. La rive maure est couverte de broussailles ; sur la rive française il y a des défrichements et des arbres. A quatre heures vingt minutes on passe devant un petit village. Sur la rive s'étendent des cultures de mil, de coton, puis des broussailles et des plaines de sable ; la rive gauche est à pic et sur la droite on voit un bois. A sept heures dix minutes on arrive à Daramané, village ceint d'un mur en terre, agréablement situé entre un bois et le fleuve. Dans l'intérieur, il y a quelques palmiers.
Soleillet est reçu par le chef Ousman, vieux marabout, très petit de taille, coifié d'un bonnet rouge et d'un turban blanc. Il remarque, dans le tata, un peigne formé de morceaux de roseaux réunis par un fil de coton. Les habitants sont de type petit, type très remarquable, mais à chevelure laineuse. Ils ont des boubous brodés en fil de couleur. La broderie d'une poche représente une autruche.
Le chef, malgré son grand âge, est très actif et court toujours. Ses gens et surtout ses enfants sont d'une curiosité gênante.
A sept heures trente minutes le temps est couvert; à huit heures trente minutes, tornade du nord-ouest, pluie et tonnerre ; de dix heures à minuit, forte pluie, et pluie fine de minuit jusque au jour.
Depuis plusieurs jours Soleillet prend du sulfate de quinine. Il passe une mauvaise nuit, au milieu des bagages, dans une case hermétiquement fermée, avec trois noirs qui fleurent plus fort mais moins bon que rose.
Le lendemain, 15 juin, le départ a lieu à sept heures trente minutes, par un temps couvert et -j- 26° 9 de chaleur, en compagnie de plusieurs personnes du village. On traverse des champs de mil et de coton situés, comme Daramané, entre un bois et le fleuve. Le terrain, détrempé par la pluie, est glissant et couvert de flaques d'eau où sautent de hideux craupauds; la marche est