DE TOMBA-NKANÉ A MÉDINE II
temps couvert et 27° de chaleur. L'aspect du pays est toujours le même. Le temps d'ailleurs est frais et le chant des oiseaux anime la campagne. Soleillet note que les femmes portent des amulettes et se placent sur le sommet de la tête, en guise de coifïure, une grande plaque d'argent.
D voit dans les arbres une ruche à miel. René Caillié a aussi remarqué, depuis le Balaya jusque dans le Yorobadougou (royaume du Ségou), que les nègres mettent des ruches dans les arbres et qu'ils en récoltent le miel, dont ils sont très friknds (i).
A huit heures cinquante minutes Soleillet arrive à Ambidedi, en face d'un village maure du même nom. Il est entouré de cultures de mil et de coton, ceint d'une clôture d'épines et à son extrémité sud se trouve un tata.
A neuf heures quarante minutes, moment du départ, le thermomètre à monté à 30°! et le temps est resté couvert. En côtoyant le fleuve à travers des herbages et des cultures de coton, il rencontre un homme qui joue de la flûte bambara. Les tons de cet instrument sont agréables et se rapprochent de ceux de la flûte kabyle.
A neuf heures cinquante minutes il laisse le fleuve à sa gauche, traverse un marigot, des plantations, des broussailles, et arrive à de beaux arbres sans feuilles. Le sol est glissant, défoncé, présente parfois de grands trous pleins d'eau ; un millier d'arbres ont été coupés pour défricher le sol. La marche est très diflScile. Au milieu du bois, Soleillet voit un buisson couvert de fleurs semblables à celles de l'aubépine. A onze heures trente-cinq minutes il arrive à Moussala, grand village orné de beaux arbres et possédant de vastes tatas. Il s'installe sous un magnifique cail-cédrat.
C'est ici qu'il doit passer le fleuve, mais les bâts des ânes ont besoin de réparations et les pauvres bêtes ont besoin de repos. Il fait donc ranger ses bagages dans une case, laisse bêtes et choses
(i) R. Caillié, t. II, pp. iio-iii.
A Dindanco, dans le Bagué, sur la limite du Kaarta-Bine, Mage a vu dans les arbres de nombreuses ruches {Op. cit., pp. 119, 120).
Il8 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XVIII
aux soins de Demba, loue un cheval pour Yaguelli et part pour Médine à trois heures quarante minutes. Il trouve des broussailles, des arbres, des plantations de coton, des roniers. A quatre heures il laisse le fleuve à sa gauche ; il laisse, également à gauche, un marigot où il voit des oiseaux. Il rencontre un homme armé d*un fusil, un esclave qui travaille, un cavalier ; il aperçoit dans le lointain, au sud-ouest, de hautes collines, et revient au fleuve en face d'un marigot de la rive maure, le Koura. A quatre heures cinquante minutes il passe derrière Tomba-nkané, village entouré d'une clôture d'épines; à six heures cinq minutes il atteint Yakandapé, très beau village dont les tatas sont entourés de murs en lignes brisées, protégés par une tour ronde, avec une cour plantée de palmiers.
Soleillet est bien reçu. On lui apporte deux poules et d'excellent couscous. Le chef étant malade, c'est un vieux marabout qui lit la lettre du commandant.
Le lundi, i8 juin, à deux heures du matin, Soleillet part pour Médine, où il arrive à neuf heures.