‹ Voyage à Ségou, 1878-1879Chapitre 50 sur 145 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DE KAMANTÉRÉ A DIALA

Kamantéré. — Soleillet bénit des enfants. — Une chose précieuse. — Yaguelli, malade, refuse les médicaments de Soleillet. — Les bagages laissés à Diédégui sont apportés. — Goupou. — Soleillet bénit encore des enfiints. — Une rase des noirs. — Les Diavandos. — Arrivée à Diala.

A midi vingt minutes, il arrive à Kamantéré, village occupé par des Kasso-nkais, des Toucouleurs, des Soni-nkais, desFoulbé. Ses cases, en forme de ruche, sont en paille et entourées de cultures. Il est d'une saleté repoussante, rempli de tas de fumier, ce qui promet du lait pour le soir.

Les femmes portent d'énormes bracelets en cuivre. Les pagnes de coton dont elles se ceignent les reins sont teintes en jaune et ornées de dessins variés, surtout de croix de Malte dans un cercle.

Ces dessins sont imprimés par les femmes au moyen de cachets en terre sèche sur lesquels les dessins sont gravés en relief.

Les couleurs noire, rouge et marron, s'obtiennent avec certaines terres.

Soleillet est bien accueilli. Les hommes l'appellent Tierno Toubak. Les femmes lui apportent les enfants pour qu'il les bénisse, ce qu'il fait avec une gravité épiscopale, en leur imposant les mains sur la tête et en leur crachant sur le front.

Un homme lui annonce qu'il va lui montrer quelque chose de très curieux, et un instant après il lui apporte triomphalement une rose grossière, en porcelaine, qui jadis orna le couvercle d'une soupière ou d'un sucrier. Malgré les explications que

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Soleillet croit devoir lui donner, il n'en tient pas moins pour précieux son bouton de couvercle.

Vendredi 26 juillet, — Le temps est resté couvert et il a plu de nouveau pendant la nuit.

Yaguelli a une forte fièvre. Comme beaucoup de tirailleurs qui n'ont vu leur camarade entrer à l'hôpital que pour y mourir (par la raison qu'ils n'y entrent qu'à la dernière extrémité et forcés), il est persuadé que les remèdes des Blancs ne valent rien pour les noirs, et il refuse absolument de prendre de la quinine.

Beaucoup des habitants du village ont aux jambes des vers de Guinée.

La charge laissée à Douallé arrive portée par deux hommes. Leurs camarades qui n'ont eu qu'à conduire les ânes, se moquent d'eux : « Vous avez fait les ânes », leur disent-ils. Soleillet leur Élit donner à tous du tabac et tous, ânes ou conducteurs d'ânes, sont contents.

Départ à huit heures quarante-cinq minutes par un temps couvert. Le pays est toujours varié, pittoresque, généralement beau.

L'un des hommes de la caravane porte le bonnet que les ecclésiastiques désignent sous le nom de clémentin. Il est garni de cordons en coton qui tombent, comme une perruque, sur le col et sur les épaules. Dans la suite, Soleillet en a vu beaucoup d'autres. Ils n'indiquent pas une nationalité ; cependant ils semblent n'être portés que par des captife.

A dix heures dix minutes, la caravane arrive à Goupou, petit village situé au pied de montagnes boisées. Les cases sont en paille.

La réception est la même qu'à Kamantéré ; comme à Kamantéré, les femmes apportent au marabout blanc, pour être bénis, leurs petits enfants.

Vers deux heures, deux hommes à cheval s'arrêtent devant la case de Soleillet. U viennent, disent-ils, le saluer et le complimenter de la part du roi Daye. Cela fait, ils lui demandent un

cadeau. « Puisque vous êtes envoyés par Daye, leur répond-il, je vous reverrai chez ce prince et je me ferai un plaisir de vous donner satisfaction ». SoleîUet vit, à leur mine piteuse, qu'ils n'étaient envoyés par personne, qu'ils avaient tout simplement combiné cette petite ruse pour décharger de quelques belles choses les ânes du Tierno Toubak.

Le soir on lui envoie du lait, un chevreau et un poulet.

Samedi 2y juillet. — La population est diavando et vient du Diara, province du Khasso. Les Diavandos furent chassés de leur pays à la suite de guerres. Des captife du Kaarta se révoltèrent, des discordes intestines s'en suivirent ; l'un des partis fit appel aux Bambaras et, depuis, on trouve des villages diavandos un peu partout, excepté dans le Khasso.

Les Diavandos sont de taille moyenne. Ils ont la tête ronde, les traits européens, la peau très noire et les cheveux crépus. Ils sont presque glabres et assez propres.

Leurs femmes sont réellement belles.

Cette race paraît provenir d'un mélange d'hommes foulbé et de femmes soni-nké.

Soleillet base cette hypothèse sur le langage et les coutumes. Dans une famille bilingue, la langue maternelle prend facilement le dessus. Or, les Diavandos parlent soni-nké. Les femmes diavandos ont conservé la coiffure et le costume des Soni-nkaises, tandis que les hommes sont restés pasteurs comme les Foulbé.

D'après la tradition, les Diavandos viennent de deux familles qui ont fondé, vers 1700, dans le Kaarta, la ville de Diara. Longtemps, pour ses richesses, la ville de Diara fiit célèbre dans le Soudan de l'ouest et de la Sénégambie.

Ces familles venaient du Djolof ; elles avaient un père commun, s'appelaient diara et se distinguaient par les surnoms de Dabô et de Sagoné,

Pendant de longues années, les Dabôs et les Sagonés vécurent en paix. Mais un beau jour, on ne sait pour quelle cause, ils s'armèrent les uns contre les autres. Ils luttaient depuis sept ou huit

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ans, avec des chances diverses, quand les Sagonés demandèrent aux Bambaras de les aider à détruire leurs parents. Les Dabôs furent battus et chassés de Diara. Les uns se réfugièrent auprès de Demba Sega, grand-père de Samballa, roi du Khasso ; les autres dans le Bondou et le Foutah, où ils fondèrent des villages aujourd'hui prospères.

Les mœurs de ces familles devaient présenter les différences que Ton remarque entre celles des Diavandos du Foutah et du Bondou et celles des Diavandos du Kaarta. D'un côté, elles sont dabô, de l'autre sagoné.

Les Sagonés, restés seuls maîtres de Diara, continuaient à prospérer, lorsqu'en 1847 la guerre surgit entre eux et Mamadi Kandian. Cette guerre dura sept ans. Diara en sortit fort amoindrie, mais encore vivante.

En 1854, ^^ apprenant qu'el Hadji marchait sur le Kaarta, les Diavandos et les Bambaras firent la paix et s'unirent contre l'ennemi commun. Malheureusement ils furent vaincus et obligés, en 1858-1859, de se soumettre.

Us commençaient à se relever, en 1871, quand le fléau de la guerre s'abattit de nouveau sur eux. Le sultan Ahmadou faisait son expédition de Nioro. Pour ruiner ce pays le digne prince fit camper son armée, pendant trois mois, autour de Diara. Ses braves soldats mangèrent les récoltes et les provisions des Diavandos. L'honnête sultan ne jugea pas la ruine assez complète, et, au moment de partir pour Guémou-Koura, il vola ce qui leur restait de moutons, de chèvres, de bœufs, de vaches, de captifs, de captives, d'armes et de munitions. Il daigna pourtant leur laisser leurs femmes libres et leurs enfants.

Mais le pays est fertile, la population industrieuse et laborieuse, en sone que, dès 1879, les traces du sultan Ahmadou étaient à peu près effacées.

Les Diavandos qui sont dispersés dans le^ autres tribus ont la garde des troupeaux et forment une caste à part. Comme les Griots et les Laoubés, ils ne peuvent être réduits en servitude.

A sept heures vingt minutes, la caravane de Soleillet se remet en route. A huit heures cinquante minutes, elle est au marais de Koubonne et d'une butte voisine elle aperçoit un cercle de montagnes boisées. Jusqu'à la forêt de Possanlambé, où elle arrive à dix heures, la route est alternativement coupée de marais et de forêts. On trouve ensuite des affleurements de roches, de fins gazons, des broussailles, des ravins, un sol tantôt sablonneux, tantôt pierreux. A dix heures cinquante-cinq minutes, du haut d'une butte, on aperçoit, d'un côté, des montagnes boisées, de l'autre les cases en paille du village de Diala, où la caravane arrive à onze heures cinq minutes.

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