CHAPITRE XV
DE BINIENKOU A SAMINTÉRA
Sambougoa. — Pour Télection d'un chef. — Les hommes importants de Samboogou. — Le sexagénaire Boghard épouse une fille de huit à dix ans. — Délicatesse de Boghard. — Guérison miraculeuse. — • Un noir qui ne veut pas du pouvoir. — Samintéra. — Un village maure.
Le départ a lieu à six heures trente-cinq minutes. Arrivée à neuf heures vingt minutes, par une pluie légère, à Sambougou. Sambougou est un grand village orné de palmiers roniers, entouré de murs en bon état. Devant la maison du chef, qui est mon, se trouve une grande place.
Soleillet est logé par un ami de Boghard, vieillard aveugle, nommé Mari. Il offre du lait, deux poulets, un cabri, et veut être seul à recevoir les étrangers.
Depuis la mort du chef, les gens du village sont divisés en deux partis. Les uns veulent le fils aîné ; les autres, suivant l'ancien usage, veulent le frère de l'ancien chef.
Dernièrement, ne pouvant s'entendre, les deux partis allaient continuer la discussion à coups de fusil, quand heureusement les anciens intervinrent, firent entendre des paroles de paix et amenèrent tout le monde à choisir pour arbitre le sultan de Ségou.
Le village de Sambougou s'est formé des survivants du village de Djerabella, qui fut détruit par l'Hadji Omar.
Tous les hommes importants de Sambougou s'appuient, en marchant, sur une lance de i"8o de longueur et ferrée des deux bouts. La lame est large et longue.
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Boghard amène à Soleillet une jolie petite négresse de huit à dix ans, fille de Mari. Il l'a épousée il y a quelque temps. Il attend, pour l'emmener chez lui, qu'elle ait atteint sa nubilité. H a donné pour dot deux bœufs et un captif.
Boghard est laid, bête, méchant, vieux d'une soixantaine d'an- * nées. Quel joli ménage cela va faire !
Soleillet donne à l'enfant une bague en cornaline qui paraît lui faire beaucoup de plaisir. Un instant après, Boghard revient avec la bague, la rend et dit qu'il préférerait une pièce d'argent. Soleillet reprend la bague, lui dit qu'il est un malhonnête et qu'il ne donnera rien.
Un enfant de la maison rentre avec un pied tout écorché. Le marabout tierno Bailla, qui est présent, écrit sur la poussière, avec son doigt, le nom de Dieu. L'enfant ramasse cette poussière, la met sur son mal et part comme si de rien n'était. A Lourdes, on ne ferait pas mieux.
Un vieillard du nom de Mamadi Blé vient voir Soleillet. Il est frère du chef qui est mort. Il parle beaucoup de son frère Amadi, parti pour Ségou, et qu'il voudrait voir nommer chef. Mamadi est philosophe. Bien qu'il soit l'aîné de la famille, il n'a jamais voulu être chef. Aux honneurs et aux soucis du pouvoir, il préfère sa liberté et sa tranquiUité.
Vendredi 23 août. — Départ à sept heures dix minutes. La route est toujours variée, le pays est toujours riche et beau. A neuf heures quinze minutes, Soleillet arrive à Samintéra, village de cases en terre carrées, entouré d'un mur de terre, orné de palmiers roniers, comme presque tous les villages bambaras.
Il est bien reçu.
Comme il arrive souvent chez les Bambaras, une cinquantaine de familles maures habitent à côté du village, dans des cases en paille. Ces familles appartiennent à la tribu des Hammidas et parlent arabe. Elles gardent les troupeaux du village et cultivent quelques champs de mil.
Elles viennent voir Soleillet. Les femmes portent des colliers
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de corail, d'ambre et de cornaline. Les enfants vont nus jusqu'à treize ou quatorze ans. Qs ont beaucoup de sang noir.
Ces braves gens demandent des remèdes. Tant pour son plaisir que pour le leur, Soleillet donne l'ordre à Yaguelli de leur faire sentir la bouteille d'ammoniaque. Ils font un bruit épouvantable.
Après son dîner, Soleillet déboucle une courroie qui lui sert de ceinture. Les Maures ont peur, bien à tort, il va sans dire, et se sauvent à toutes jambes.
L'eau du village est excellente et provient de puits.
Ici finit le royaume de Koussata, dont Yanguerdé est la capitale. Le royaume de Bakhounou commence. Il a pour chef Omar Mamadou, qui n'est pas parent du sultan Ahmadou.