CHAPITRE XX
DE BANAMBA A KERCOUANÉ
Le chef Dianima. — Une captive aux fers visitée par l'amour. — Badougou. — Touba.
— Ualmamy de Touba. — Installation d'un forgeron. — Digression sur les Bambaras et les Soni-nké. — Le jeune Néma. — Le tata de Ncma et ses habiunts.
— Un futur captif de case. — Le marabout tierno Moussa. — Utilité de distribution de bibles en arabe. — Le chapelet de Moussa. — Une nouvelle mariée. — Visites d'oiseaux. — Vente d'une pièce de 5 francs. — Les succès de l'ammoniaque.
— Bonnes nouvelles de Ségou.
Tout le monde s'est rassemblé sur la place, tout le monde bavarde et gesticule.
Un homme, jeune encore, a une jambe très grosse et attaquée par l'éléphantiasis.
Le vieux chef, Dianima, dit à Soleillet de loger chez lui. Pour arriver chez Dianima, il faut traverser deux mares croupissantes. L'une est couverte de plantes vertes qui ont l'apparence de laitues pommées ; l'autre, infecte et carrée, est devant la porte d'entrée du tata.
Soleillet est bien logé, dans une case toute peinte.
A côté, sous un appentis en paille, une jeune captive est aux fers. Elle a la physionomie douce et gracieuse, des traits agréables, des seins faits au tour, les extrémités très fines. Son vêtement consiste en un chJfFon passé autour des reins. Elle joue avec une joHe petite fille.
A la nuit, un beau jeune homme vient causer avec elle. Ce doit
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être son amant. Les fers n'empêchent pas les doux sentiments et les plus vifs témoignages d'amour.
A ce point de vue, d'ailleurs, on laisse aux esclaves la plus grande liberté, pourvu, toutefois, que la femme ait acquitté le droit du seigneur. Après cela, si elle tombe enceinte, tant mieux, c'est un accroissement de fortune, car tous les enfants de captifs nés hors mariage sont vendus.
Après vingt-six heures de jeûne, Soleillet a du lait; trois heures plus tard du couscous. Il pense que ces diètes prolongées sont une cause de fièvre.
Jeudi I S septembre. — Départ à six heures cinquante minutes. Maintenant que le chemin est sûr, Soleillet va voyager seul avec Yaguelli.
En sortant de Banamba, on se trouve dans une belle avenue, tirée au cordeau, large de 12 à 14 mètres, bordée à droite et à gauche de haies vives en épines, bien soignées. Derrière ces haies, il y a des champs de mil, de coton, d'indigo, de haricots, d'arachides et d'autres terrains prêts à recevoir de l'indigo.
Soleillet rencontre des hommes, des femmes, des enfants, les uns armés, les autres chargés de marchandises. Il rencontre même un cavalier qui revient de Touba avec une femme en croupe.
A huit heures cinquante et une minutes, il passe devant Bassabougou, petit village bambara qui se construit* un mur en terre. Il demande à boire ; on lui apporte une eau excellente, fraîche et limpide, qui provient d'un puits du village. Après quelques minutes de repos, il se remet en marche et rencontre peu après un cavalier envoyé par l'almamy dans les villages pour rassembler la colonne qui doit partir le 22 septembre.
A neuf heures cinquante-six minutes, il arrive à Touba, village soni-nké, en terre, régulièrement construit. Il est bien reçu par le vieil almamy. Les gens de Nioro sont passés le matin. Le danger passé, la caravane s'est disloquée, éparpillée dans les villages, chacun allant de son côté, chez ses parents ou chez ses amis. L'almamy a donc été prévenu de l'arrivée de Soleillet. Il est armé
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d'une lance et d'un sabre français dans son fourreau de cuir.
Il fait entrer le Blanc chez lui, lui donne d'excellente eau de puits et le conduit chez la veuve de son frère aîné, qu'il avait dû épouser, suivant la loi empruntée au judaïsme par les mahométans.
Dans la journée, Soleillet reçoit la visite de l'almamy accompagné de sa famille ; beaucoup de noirs viennent aussi, et trois d'entre eux paraissent parler couramment la langue anglaise.
Vendredi i^ septembre. — Le matjn, l'almamy vient voir Soleillet. Il a les yeux petits et bridés, la figure très ridée ; quelques poils blancs lui ornent le menton. Sur ses boubous de coton blanc, il a un épais burnous arabe en laine. Il a toujours à la main sa lance et son sabre.
Chez les Bambaras et les Soni-nké, le port de la lance est un signe de noblesse, comme autrefois chez nous le port de l'épée. L'Hadji Omar fit jadis porter le sabre aux musulmans : aujourd'hui, tous les hommes de sa secte joignent le sabre à la santalla (bouilloire en fer ou en cuivre avec de l'eau pour les ablutions).
Dans la matinée, Soleillet rend la visite de l'almamy et va ensuite se promener dans la ville.
Au milieu se trouve une place entourée d'arbres. Là se trouve aussi la mosquée, importante construction en terre, rectangulaire, formant une seule pièce.
Sur l'un des côtés, elle a trois portes; sur l'autre, une tour carrée qui sert de minaret. Le sol est en terre battue. La construction est en bon état.
Un forgeron, qui est installé sur la place, se sert d'un souflSet fort curieux. C'est d'abord un cube creux, en terre, de un mètre de côté ; sur la partie supérieure se trouvent deux outres en peau. Deux tubes en terre sont adaptés dans le bas de l'une des faces du cube.
Les forgerons font usage de charbon de bois qu'ils fabriquent eux-mêmes et qui est de bonne qualité. Ils ont avec eux un apprenti.
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Le matin, Tapprenti découvre, avec un petit croc en fer, le feu enterré la veille. Quand il Ta retrouvé, il y met du charbon neuf qu'il tire d'un sac en peau, et va s'accroupir entre les deux outres. D les prend à pleines mains, tire sur l'une et appuie sur l'autre, alternativement, et obtient ainsi un jet d'air puissant. Quand le feu est bien pris, le forgeron se met à l'œuvre.
Plus je vois les Bambaras et les Soni-nké, dit Soleillet, plus je suis frappé de leurs traditions de civilisation. Souvent je me suis demandé si ce ne sont pas là ces anciens Garamantes dont Barth et Duveyrier ont retrouvé des traces dans le Sahara, dont Hérodote nous a entretenus. Le professeur Berlioux, de la faculté de Lyon, place leur capitale, Garama^ d'après les tables de Ptolémée, par 21° 30' de lat. N. et 43° 4^ long. E. (Mér. de l'Ue-de-fer), dans la partie septentrionale du Tibesti. Les uns reconnaissent les Garamantes chez les Ethiopiens, d'autres chez les Achantis, d'autres ailleurs.
J'ai déjà eu l'occasion de faire remarquer que les Khasso-nké, les Bambaras, les Mali-nké, les Soni-nké, qui tous ont des idiomes particuliers, se comprennent entre eux, et que ces idiomes n'ont aucune ressemblance avec le ouolof, le sererer, le sousou, etc. J'ai dit aussi que ce fait a son équivalent en Europe ; ainsi, les Catalans, les Languedociens, les Provençaux, les Corses, les Génois, les Livournais, les Tabarcains, qui tous ont des idiomes différents, se comprennent entre eux. Je ne parle que le provençal du Comtat d'Avignon, dit Soleillet, et j'ai toujours compris les Catalans, les Languedociens, les Provençaux, les Corses, les Génois, les Livournais, les Tabarcains, et j'ai toujours été compris d'eux. Ce fait est facilement expliqué, parce que l'Europe méridionale a une histoire écrite. Nous savons que, pendant des siècles, tous ces pays ont parlé la langue des Latins, et que leurs langues sont des rejetons de cette souche commune. Peut-être en est-il de même pour la langue bambara et ses congénères. Si la langue des anciens Garamantes avait donné naissance aux dialectes dont j'ai parlé, il ne faudrait pas trop s'en étonner.
a J'ai proposé au gouverneur du Sénégal de faire publier dans le journal de la colonie l'inscription en lettres grecques et en langue inconnue que M. Duveyrier a recueillie à Ghadames et publiée dans le Touareg du Nord ; j'ai proposé, en outre, de promettre une récompense à celui qui pourrait y trouver un sens dans une langue noire.
» M. Brière de l'Isle a montré cette inscription à l'un de ses hommes de confiance ; celui-ci a déclaré qu'elle ne signifiait rien, et l'affaire en resta là.
» Peut-être sera-t-on plus heureux maintenant.
» Outre les indices que l'on peut tirer de la linguistique, relativement à la communauté d'origine des Bambaras, des Soni-nké, etc., on peut encore citer :
» 1° La coloration de la peau, qui est celle des populations du Sahara occidental, que l'on considère comme autochthones ;
» 2° Le type des constructions, qui est celui des pays habités par les Garamantes : ce sont les mêmes ornements, la même distribution intérieure ;
» •3° Les Bambaras, les Soni-nké, etc., d'après leurs traditions, viennent du Nord; l'Europe a enregistré le fait d'un vaste empire soni-nké à Timbouktou ; ces peuples ont passé des traités avec les Portugais ; ils étaient conquérants, non autochthones, et furent chassés par les Marocains ;
» 4° Pour monnaies, ils se servent de cauris, de pagnes, de girofles, et ignorent le troque pratiqué par les autres populations noires de l'Afirique ;
» 5 ° Hérodote donne aux Garamantes des bœufs à bosse, dont les cornes affectaient une direction horizontale, et ces mêmes bœufs se retrouvent chez les Bambaras et les Soni-nké, etc.;
» 6° Les Bambaras, etc., qui ne sont pas musulmans, croient à deux principes préexistants : le bien et le mal, et aux esprits intermédiaires qui représentent l'un ou l'autre principe. Cela rappelle Zoroastre et Manès ».
Les Bambaras ont une foule d'usages singuliers. Ainsi, les
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enfants arrivés à une dizaine d'années sont marqués, avec un couteau rougi au feu, de trois ou quatre lignes parallèles qui vont du front au menton. Les captifs sont marqués de quatre lignes, les personnes libres de trois seulement. Chacun porte ainsi sur la face, en marques ineffaçables, la preuve de son origine.
Cette distinction est importante, car les hommes libres ont seuls le droit de défendre le pays; les captifs leur doivent le respect, quelles que soient leurs fonctions ; nul captif, même le chef des captifs, ne peut s'asseoir devant un homme libre.
Les Bambaras donnent aux captifs les premières places de l'Etat, non par déférence pour des mérites éclatants, mais parce qu'ils ne comprennent pas qu'un homme libre s'assujettisse à exercer des fonctions, si importantes qu'elles soient, sauf celles de juge.
Chez les Bambaras, comme chez tous les noirs, comme cela devrait être partout, la première place est au juge. Le roi est le juge suprême, et il siège en personne pour les affaires importantes. Les affaires ordinaires sont jugées en son nom par les chefs de villages, hommes libres et âgés.
Les délits sont rares chez les Bambaras, qui ne sont ni voleurs ni menteurs, et professent le plus grand respect pour le roi et les che&.
Les peines consistent en amendes dgiourousara. C'est le chef des captifs qui les perçoit.
Les Bambaras n'ont aucune religion.
Les Massassis sont supposés musulmans. Ils prétendent même descendre de Massa, compagnon du Prophète ; en réalité, comme leurs sujets, ils sont livrés à de grossières superstitions et toujours préoccupés de pénétrer l'avenir par des sortilèges.
Avant d'entreprendre quoi que soit, il faut se livrer à des ablutions, avec une eau lustrale, dans un bois sacré. Comme les Romains, ils ont des aruspices chargés de prédire l'avenir par l'inspection des victimes, c'est-à-dire de coqs de petite taille et d'une race particulière. Après avoir immolé la pauvre bête, moins
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bête que les hommes qui lui demandent le secret de l'avenir, le sacrificateur, qui n'est autre que le forgeron, la jette en l'air tandis qu'elle est dans les convulsions de l'agonie. Si elle tombe sur le ventre, mauvais présage, bon présage si elle tombe sur le dos.
Jamais un roi ne se déplace sans une cérémonie, qui est telle : On décide la route à suivre et sur cette route on marque un point; puis un âne est amené, une jeune fille, vierge, est placée dessus, les yeux bandés, la tête tournée vers la queue ; l'âne est lancé, avec force coups, dans le sentier indiqué ; s'il atteint le but sans avoir renversé la jeune fille, le roi pourra partir, sinon, non.
L'armée des Massassis se composait de quatre divisions, nommées main, de mille hommes chacune, et commandées par trois chefs subordonnés l'un à l'autre.
Le roi, sa famille et le chef des captifs se distinguent par un gros anneau d'or retenu par une bande de cuir près de l'oreille droite.
Les Bambaras du Kaarta avaient l'habitude de louer leur armée aux princes de la Sénégambie qui guerroyaient entre eux. La location d'une main se payait 40 chevaux.
Les griots des Bambaras jouent un rôle des plus importants. J'ai déjà parlé d'eux en détail, mais pour donner une idée de leur aptitude musicale, je donne ici, avec les paroles, une phrase notée, sur la demande de Soleillet, par M. Pélissier, agent comptable à Kita.
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DE BANAMBA A KERCOUANE l^t
En voici les paroles avec la traduction :
Dianaro Ali Laio Monseigneur AU Lato
io Ali Laio Oui Ali Lato !
io Ali Laio Oui AU Laio !
Badario iondoukeba Le très puissant, le très grand,
Sanoukaréné kontente Partout donne Vor;
Foubito Januds ne sera musulman,
Io Diou roukeba Oui, Yhomme intègre !
Kou Dabalon Ici, le marabout peut venir,
Konbabou Tegebaro // lui coupe le coL
Ce chant a été composé par le griot du dernier roi bambara de Ségou^ à l'occasion de l'abjuration du roi de Nioro et de la marche d'el Hadji Omar sur Ségou.
Le roi fut tellement satisfait de ce chant qu'il donna à son auteur un cheval de race richement harnaché, cent captife et cinq cents gros d'or. Jamais griot ne l'a chanté devant lui sans obtenir une importante gratification.
Les Bambaras sont polygames et ont l'amour de la Êimille. D ne faut rien croire de ce que les noirs disent de leur moralité.
Ils ont le défaut de boire et sont amis du plaisir, comme tous ceux qui ont mens sana in corpore sano.
Un homme libre dédaigne d'être soldat ou publicain, mais il tient à honneur de cultiver sa terre. Les chefs et même les rois se livrent à ce travail qui n'est dédaigné que des chefs captife.
Jusqu'à présent, les Bambaras ont résisté à l'Islam, dont le puritanisme ne saurait convenir à leurs ardentes passions et à leurs sentiments artistiques.
Soleillet pense que le christianisme, avec ses pompeuses cérémonies, ses anges, ses saints, les superstitions qu'il répand ou tolère panout, conviendrait aux Bambaras comme il convient aux Mexicains, aux Ethiopiens et à quelques Garamantes.
Les Bambaras sont d'ailleurs, de tous les Soudaniens, les plus aptes à la civilisation.
Cependant, comme superstitions, ils ne le cèdent à personne. Les griots mali-nké en racontent un exemple curieux.
Un jour, le roi Sagaba, qui régna de 1790 à 1793, allait attaquer Tamba, ville du pays manding. Au moment où il se préparait à passer une mare, un hippopotame mit innocemment la tête hors de Teau pour souffler. Les sorciers du roi assurent que cet hippopotame n'est pas un hippopotame, mais le roi de Tamba qui a pris cette forme pour épier Tarmée de Sagaba. Si nous pouvions nous en saisir, disent-ils à leur prince, Tamba serait à nous. Sagaba est naturellement de leur avis et donne Tordre de lui amener la bête. Toute l'armée pose ses armes sur la rive et se jette à l'eau avec des bâtons.
Or, il arriva que cet hippopotame n'était pas le roi de Tamba, mais l'un des génies protecteurs de cette ville et qu'il était venu pour provoquer les folles imaginations des sorciers. Le roi de Tamba, prévenu par des génies, tombe à l'improviste sur l'armée de Sagaba, tout occupée de sa chasse, la taille en pièces, et force son ennemi à chercher son salut dans la fuite.
Revenons aux aventures de Soleillet. Il reçoit la visite d'un homme de Ségou, qui est envoyé en commission ici (à Touba) . Il part le lendemain et lui demande s'il a des commissions pour Ségou.
Nema, garçon d'environ quatorze ans, fils de Mahmadou Sille, l'ancien almamy, a pris le Blanc en affection et ne le quitte pas d'une semelle. Il a une bonne figure de noir, mais peu intelligente. Si Nema a la chance que son oncle et beau-père, Mahmadou Tierno, vive encore une dizaine d'années, il sera aussi almamy, car il est le seul mâle de la famille ; si non, cette dignité passera dans une autre famille.
Soleillet habite le tata de Nema. C'est fon grand. Il y a trois cours remplies de chèvres, de moutons, de chevaux. Des femmes y pilent du mil, s'y peignent et s'y coiffent l'une l'autre. Pour se peigner, elles font usage d'un poinçon en cuivre ou en argent à tête plate, en forme de lyre.
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Dans cette cour, Soleillet a vu faire une opération fréquemment pratiquée chez les noirs, et consistant à se piquer les gencives avec une aiguille très fine, pour leur donner une teinte bleuâtre qui fait ressortir la blancheur des dents. Les noirs sont très fiers de leurs dents et leur donnent des soins assidus.
On ramène un petit captif qui s'est sauvé après avoir volé du mil. Comme cet enfant est destiné à devenir un captif de case et qu'on veut l'habituer, au lieu de le battre, on le gronde paternellement.
Samedi 20 septembre, — Un vieux marabout, ayant nom Tierno Moussa, vient passer toutes ses après-midi avec Soleillet. D est très curieux, parle un peu l'arabe et connaît bien le Koran. Il demande beaucoup de renseignements sur les chemins de fer, dont il a entendu parler par des pèlerins, sur la Mekke, sur Stamboul, sur la guerre entre les Turcs et les Russes (Mosco), etc. Il explique, à sa manière, le système du monde, fait beaucoup de contes, et manifeste un vif désir de posséder en arabe Y Ancien et le Nouveau Testament. La plupart des marabouts noirs demandent aussi ce livre. En leur distribuant des bibles, on ne ferait pas d'eux des chrétiens. Je ne pense pas d'ailleurs que les changements de croyances fassent beaucoup avancer la civilisation. Mais, à un autre point de vue, la distribution de bibles aurait un certain intérêt. Les marabouts arabes et autres ont répandu le bruit que nous avons perdu nos livres et que nous sommes dans une ignorance complète des choses révélées. Quelle que soit notre foi ou notre crédulité à l'égard des révélations, nous grandirions dans leur esprit si nous leur montrions que nous sommes en possession des livres où Mahomet puisa son Koran.
Moussa porte un chapelet, ce qui n'est pas étonnant, et ce chapelet est orné d'un poinçon en cuivre, long de dix centimètres, carré et orné de dessins jusqu'à la moitié de sa longueur, rond dans la seconde moitié et terminé par une pointe. Beaucoup de Soni-nké en portent, et cela sert à se nettoyer les yeux.
Soleillet donne, à la maîtresse de la maison, une glace, et aux
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femmes qui ont fait ses commissions, Bana et Kafodrné, deux boutons de la capote du capitaine Soyer.
Dans la cour, une femme très parée, la tête couverte d'un voile, pile du mil. C'est Tune des filles de Talmamy qui est nouvellement mariée. L'usage veut qu'elle reste ainsi voilée pendant un certain temps.
Dimanche 21 septembre, — Il y a dans la cour un palmier ronier dont les branches sont chargées de nids ronds et couverts ayant l'apparence de fruits de la grosseur des deux poings.
L'industrieux architecte de cette aérienne demeure est un bel oiseau gros comme un serin d'Europe. Il a le corps bouton d'or, la tête et le col ponceau. Son chant est très agréable. Il vient dans les cases, se pose partout, furète, regarde curieusement. Les allées et venues de cette bestiole furent pour Soleillet une grande distraction.
Lundi 22 septembre, — Une femme vient prier Soleillet de lui vendre une pièce de 5 francs en argent. Elle la paie 3,000 cauris, le prix du pays, et le soir elle lui fait cadeau d'une poule. Les forgerons sont assez habiles pour faire avec une pièce de 5 francs un gros anneau qui sert à l'ornement des poignets et des chevilles. Le creux de ces anneaux est rempli d'un mélange de sable et de cire fondue.
Mardi 2} septembre, — Le mil vaut de 80 à 100 cauris le moule.
Moussa raconte une foule d'histoires.
Mercredi 24 septembre, — Les bagages arrivent dans l'aprèsipidi.
L'ammoniaque eut un très grand succès. Depuis Néguessébougou, les gens de Nioro disent partout que le Tierno Toubak possède une bouteille contenant quelque chose de si fort, si fon, qu'on ne peut seulement le respirer un moment, mais que ce quelque chose guérit les maux d'yeux, de tête, etc. Les vertus supposées de l'ammoniaque dépassent de beaucoup celles que l'on attribuait jadis à l'orviétan, à la thériaque, au catholicon.
Tout le monde en demande, mais Soleillet répond que la bou-
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teille est dans ses bagages. Les bagages arrivés, des gens de Banamba, de Touba et d'ailleurs, de tout âge et de tout poil, viennent au nombre de plus d'une centaine. Soleillet les fait asseoir en rond, dans la cour, et Yaguelli leur place sous le nez le flacon.. La scène est des plus amusantes.
Jeudi 2j septembre. — A sept heures cinquante minutes du matin, il se met en route, après avoir reçu les adieux de la population, de Talmamy et du tierno Moussa. Il suit une large avenue bordée de broussailles, de gazons, de quelques arbres, de baobabs, de champs d'indigo, d'une ligne de collines boisées.
Il rencontre Demba Aïssa, qui revient de Ségou et le complimente de la part d'Ahmadou. Le sultan a donné l'ordre de préparer à Yamina une pirogue pour passer le voyageur blanc.