‹ Voyage à Ségou, 1878-1879Chapitre 68 sur 145 · CHAPITRE lei · texte numérisé non relu

CHAPITRE lei

JEUNESSE d'eL HADJI OMAR

Le jeune Omar. — Son séjour à Saint-Louis. ^ On lui attribue des miracles. — Il se donne pour une incarnation de Jésus. — Départ pour la Mekke. — Légende. — Nouvelles d'un grand prophète. — Mariages d*el Hadji. — L'une de ses femmes refuse de le suivre. — Petit commerce.

De Saint-Louis à Médine et de Médine à Ségou nous avons trouvé des traces d'el Hadji Omar, prophète du Soudan occidental, et père d'Ahmadou, émir actuel du Ségou.

Au moment où Soleillet va entrer dans la capitale de ses conquêtes, dans Ségou dont il a fait ou voulu faire la Mekke des Noirs musulmans, nous croyons le moment venu de raconter son histoire.

El Hadji Omar est né vers 1797, à Aloar, près de Podor, dans le Foutah Toro.

D était de la caste Torodo, qui jouit du privilège de fournir seule des almamys au Foutah.

n est connu dans la Sénégambie sous le nom d'el Âgui ou d'el Hadji (le pèlerin) et de Cheikou. Une dévotion exaltée lui donna, dès ses jeunes ans, un grand renom de sainteté. Même avant d'avoir conquis son titre de hadji^ il avait des talibés (élèves) qui lui attribuaient un pouvoir surnaturel. Plusieurs marabouts de Saint-Louis lui faisaient, dans la population musulmane, une très grande réputation.

En 1825, i^ vint à Saint-Louis pour solliciter des Oulad N'dar

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(enfants de Saint-Louis) les moyens de faire le pèlerinage de la Mekke. Il a toujours dit depuis qu'il devait à leur générosité d'avoir pu visiter les saints lieux.

Il fit alors des miracles, à ce qu'on nous assure, et la chose n'a rien d'impossible en pays musulman.

Quelques personnes prétendent qu'el Hadji leur a confié le secret de sa mission, et beaucoup de marabouts, séduits par ses discours, l'ont considéré comme prophète, malgré les déclarations formelles de Mahomet.

D'après le Koran, Mahomet est l'envoyé de Dieu et le sceau des prophètes. Dieu a créé directement deux hommes : Adam et le prophète Jésus (Sidna Atssa hen Miriem), Le prophète Jésus n'est pas mort. Il a été au ciel et l'on a crucifié à sa place un homme qui lui ressemblait. Il reviendra sur la terre. Il sera musulman et détruira l'idolâtrie. Les Musulmans, les Juifs et les Chrétiens croiront en lui (i).

La plupart des commentateurs du Koran considèrent comme prochaine la résurrection de Jésus. Omar paraissait partager cette croyance et en entretenait ses adeptes.

Il ne disait pas aux marabouts instruits : « Je suis Jésus ! » Mais il leur parlait beaucoup de cette incarnation, leur racontait son histoire, commentait le texte du Koran, faisait entrevoir que Jésus reviendrait secrètement, sous la figure d'un Noir, inconnu de la plupart des hommes.

Ce grain confié aux consciences musulmanes, il partit secrètement pour la Mekke.

n aurait pu, comme ses coreligionnaires riches, faire faire par un pauvre homme son pèlerinage; mais il avait besoin de disparaître pour un temps, afin que son grain pût germer.

Il raisonna juste. Une légende se forma sur son compte. Les marabouts de Saint-Louis, ses anciens élèves, racontent de lui les choses les plus prodigieuses. A ceux qui doutent, ils citent,

(i) Korafiy IV, 156.

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comme preuves irrécusables, les miracles de Saint-Louis. Ces miracles sont dès lors considérés comme authentiques, et il ne ferait pas bon de paraître en douter.

D'ailleurs, quand on parle de l'inspiration divine, un bon musulman doit donner des preuves répétées d'admiration, alors même qu'il se croit dupe d'un imposteur.

En 1836 ou 1837, on apprit à Saint-Louis qu'un grand prophète, du nom d'cl Aguy, parcourait en triomphateur le Soudan. Les rois du Bornou et du Haoussa, disait-on, ont brigué l'honneur de l'avoir pour gendre. Il est accompagné d'une troupe nombreuse de captifs et de talibés. Sa fortune est immense. On supposait qu'il venait prendre l'almaminat du Foutah (i).

A son retour de la Mekke, el Hadji avait, en effet, séjourné en Bornou et en Haoussa. 11 s'était marié dans ces deux pays, et c'est d'une femme du Haoussa qu'il eut, en 1833 ou 1834, Ahmadou, émir actuel du Ségou.

Les femmes de cos pays ne sont pas tenues, paraît-il, de suivre leurs maris. Aussi, malgré son prestige, malgré ses miracles, il fut abandonné de l'une de ses femmes, princesse du Haoussa^ mère d'Abibou qui devint chef de Dinguiray .

Quand Samba N'diaye se rendit auprès du Prophète, plusieurs de ses femmes refusèrent également de l'accompagner.

El Hadji fît un long séjour dans le Haoussa et s'y enrichit par les dons du souverain, surtout par la vente des reliques et des amulettes.

(i) Le Foutah est une fédération de petits états qui ont chacun leur chef particulier. Les chefs de tous ces états nomment Talmami sans pouvoir euxmêmes le devenir : i'almami devant être Torodo et marabout.

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