‹ Voyage à Ségou, 1878-1879Chapitre 71 sur 145 · EL HADJI DANS L*OUEST · texte numérisé non relu

EL HADJI DANS L*OUEST

Tamba est une ville puissante et bien défendue. Son chef passe pour invincible et les talibés ne se soucient pas de se mesurer avec lui. Le Prophète tourne habilement la difficulté. D se porte sur le petit village de Labata, le prend d'assaut, fait respirer à sa troupe l'odeur du sang, lui donne les jouissances du pillage, et profite de son enthousiasme pour la conduire devant Tamba.

D entre dans cette ville après un siège de six mois, partage le butin et massacre les prisonniers.

Mage a vu à Ségou le fils du chef de Tamba, Fali, chef des softas. Fali n'a ni oublié ni pardonné l'assassinat de son père. Bien qu'il soit dans une position élevée, il a pour son maître une haine qu'il dissimule à peine. D semble toujours dire : « Je te sers » pour ne pas avoir le cou coupé ».

El Hadji retourne à Dinguiray, digère sa victoire et voit son armée s'augmenter. Moins d'un an après l'affaire de Tamba, il attaque le Ménien, prend Goufoudé, coupe la tête à son chef et à tous les hommes.

Ces deux victoires mettent en sa possession les trésors des chefs du pays et amènent la soumission du Bouré.

S'il ne voulait que la fortune et la satisfaction de ses caprices, il ne lui resterait plus rien à désirer, mais il vise plus haut. De l'or de Tamba, de Goufoudé, des mines du Bouré, il se fait un marchepied pour atteindre à la couronne.

Après quelques mois de repos, il va passer le Bafing à Tamba, prend trois villages riches en or et va recevoir la soumission du chef de Koundian, qu'il ruine, bien entendu. Il entre ensuite dans le Bambouk et installe son quartier général à Dialafara tandis que Mahmady Dian, l'un de ses généraux, ravage le Diébédougou.

De Dialafara, el Aguy se dirige, par Diokheba, sur Farabannah, dans le Niagala. Il s'y installe après une faible résistance et envoie une armée à Makhana, sur le Sénégal.

Pendant son séjour à Farabannah, dit Mage, les traitants musulmans de Bakel, qui ont de nombreux comptoirs dans les villages du fleuve, effrayés pour leur commerce, lui envoient une

députation pour connaître ses intentions à leur égard et au besoin pour traiter avec lui. Quelques-uns se rendent auprès du Prophète. Il les reçoit avec bienveillance, leur assure qu'ils n'ont rien à craindre, qu'il n'en veut qu'aux Infidèles et surtout aux Bambaras. Ils rentrent chez eux, confiants en cette promesse, et ne tardent pas à savoir ce que vaut la parole du prophète el Hadji Omar (i).

Peu de temps après le départ des traitants, il charge Alpha Oumar Boïla de piller tous les comptoirs de Bakel à Médine, et cet honnête guerrier s'acquitte de sa mission en vrai toucouleur. Et quand les traitants ont la simpUcité de venir reprocher a THadji Omar son manque de parole, il se contente de leur répondre : « Samba Sarracolet a vendu aux Bambaras de la poudre et des fusils ».

Cet homme d'Allah n'admettait pas la neutralité. Qui n'était pas pour lui était contre lui.

(0 Mage, op. cit., p. 237.

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