‹ Voyage à Ségou, 1878-1879Chapitre 76 sur 145 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

PORTRAIT d'eL HADJI OMAF

Sa toilette. — Sa beauté. — Ses qualités physiques. — Ses qualités morales. •— Son bonheur à la guerre. — Ses rapports avec ses femmes. — Ses enfants.

Cheikou était toujours vêtu fort simplement : calotte de calicot blanc, petit turban, chemise et pantalon blancs, boubou bleu-clair et babouches jaunes.

Il portait, attaché à l'épaule gauche avec une pagne, comme tous ses talibés, le sabre du Foutah dont se pare tout musulman prêt à faire la guerre sainte. Il avait souvent à la main une satalla et, dans les grandes occasions. Tune de ses deux cannes.

Au témoignage de tous ceux qui l'ont vu, il était d'une beauté remarquable. Ses yeux étaient expressifs, sa peau dorée, ses traits réguliers. Sa barbe était noire, longue, soyeuse, partagée au menton. Il n'avait ni mouche ni moustache. Ses mains et ses pieds étaient parfaits.

II ne parut jamais avoir plus de trente ans. Personne ne l'a jamais vu se moucher, cracher, suer, avoir ni chaud ni froid. Il pouvait rester indéfiniment sans mander ni boire. Il ne parut jamais fatigué de marcher, d'être à cheval ou immobile sur une natte.

Sa voix était très douce et s'entendait distinctement aussi bien de loin que de près. Il n'a jamais ni ri ni pleuré, jamais il ne s'est mis en colère. Son visage était toujours calme et souriant. Il n'a

jamais frappé personne. Il traitait les hommes libres comme les captifs disant que tous les hommes sont fils d'Adam. Il n'a jamais jugé personne et fit rendre la justice par les marabouts. Il exigeait que les jugements fussent appuyés d'un texte de loi. La justice, disait-il, est le droit de l'homme dans ce monde et dans l'autre ; là où la justice des hommes aura été en faute, celle de Dieu ne faillira pas.

Il n'a donné la liberté à aucun captif, mais il n'a fait aucune distinction entre les captifs et les personnes libres.

Il ne s'est jamais servi d'une arme, même à la guerre. Dans un combat, quand ses soldats reculaient, il se portait en avant disant : « On ne veut pas aujourd'hui du paradis ». Tout le monde alors marchait en criant : ia Allah! et prenait d'assaut les murs qui résistaient au canon. Bien qu'il se soit souvent exposé, il n'a jamais été blessé.

Personne n'a connu le nombre de ses femmes. Il n'a jamais passé la nuit avec une femme. Tous les soirs il visitait soit l'une, soit l'autre, faisait en entrant ses prières et ses ablutions, restait un instant, recommençait ses prières et ses ablutions et se retirait. Bien que très sensuel, il ne fit l'amour que tout juste pour remplir ses devoirs envers Allah et donner le jour au plus grand nombre possible de musulmans. Il cessait toute relation avec celles de ses femmes qu'il supposait enceintes ou qui nourrissaient.

Tel est le portrait que font de lui ses anciens compagnons.

On ignore le nombre de ses enfants. La plupart sont et seront toujours de simples marabouts inconnus des hommes, mais bien connus d'Allah et de ses anges.

Ceux de ses fils que les hommes ont connus, sont :

1° Ahmadou el-Mekki, né à la Mekke, d'une femme arabe, et mort à Domboura avant 1847;

2° Ahmadou Cheikou, sultan actuel du Ségou;

3° Abibou, fils d'une princesse du Haoussa, aux fers, à Ségou ;

4° Moktar, fils de la même femme qu' Abibou, aux fers, à Ségou ;

5° Makigou, fils d'une captive, mort à la guerre du Macina ;

PORTRAIT d'eL HADJI OMAR 363

6° Mahi, également fils d'une captive et mort aussi à la guerre du Macina ;

7° Moult Aga, fils d'une captive toucouleur, chef actuel du Kaarta ;

8° Mourtada, fils d'une femme bambara, chef de Koniaremé ;

9° Daye, fils d'une femme poulo, chef à Diala ;

10** Aguibou, fils d'une princesse du Bornou;

11° Bassirou, fils d'une femme bambara, chef de Kouniakary;

12° Chaidou, m<5rt à Nioro en 1877 >

13° Addi, actuellement à Nioro ;

14° Daha, à Nioro;

15° Nourou, fils d'une femme poulo, chef du Diafounou;

16° Moumirou, frère de Daye, à Ségou ;

17** Amidou, frère de Moult Aga, à Ségou ;

18** Mamoudou, fi'ère d'Abibou, à Ségou ;

19° Seydou, frère d' Aguibou, mort dans un combat aux environs de Dingraye dont il était le chef;

ao** Daibou, à Ségou ;

21** El-Amin J

21° Vaidou f Jeunes princes qui ont pour mères des prin-

23° L'Amin ( cesses bambaras. Us habitent Ségou.

24** Ahidou )

On lui connaît aussi deux filles :

Médina, née à la Mekke et mariée au Foutah Djallon pendant le séjour d'el Hadji à Domboura. Elle serait de huit ans plus âgée que le sultan de Ségou et habite toujours le Foutah Djallon.

Fadima, de quatre ans plus âgée que le sultan. Elle est fille d'une femme du Bornou et fut mariée à Dingraye. Maintenant veuve, elle habite à Ségou avec son fils.

Les enfants d'El Hadji Omar envoyés à Dingraye étaient encore dans cette ville en 1868. Ils étaient élevés dans la plus grande ignorance. Fils de prophète, ils savaient à peine faire le salam. Ils vivaient entourés de femmes et de griots dont tout le souci était de les flatter et d'exciter leurs passions.

Page 1