CHAPITRE I
ARRIVÉE A SÈGOU
En approchant de Ségou. — La description de Ségou par Mage. — En face de Ségou. — Le plus jeune des Fils de l'émir. — Samba N'diaye. — Jupiter. — Déchargement et enlèvement des bagages. — Honneurs rendus au drapeau. — Avantages de Soleillet sur une mission militaire. — Soleillet chez Samba NMiaye.
Soleillet donne Tordre à Yaguelli et à Souley de tirer des coups de fusil, ce qu'ils font avec enthousiasme, jusqu'à l'arrivée à Ségou-Sikoro. Des femmes, qui se trouvent sur les rives, répondent par de joyeux youb ! youb !
En arrivant, Soleillet fait descendre Yaguelli et gagne le milieu du fleuve.
« J'ai avec moi, dit-il, le livre de Mage, et je reconnais avec plaisir la parfaite exactitude du texte et des dessins. En m'aidant de l'un et des autres, je reconnais, à gauche, la pointe des Somonos, le marché, le palais d'Ahmadou qui s'élève dans la direction de la tour et de la porte; à droite et en dehors des murailles, le quartier des Fouthoukais ».
La foule s'entasse de plus en plus devant les murailles et presque dans l'eau. Des jeunes garçons et des jeunes filles nagent curieusement autour de l'embarcation.
Yaguelli paraît et fait signe d'aborder. On approche et deux à trois mille personnes accueillent par leurs cris le toubak européen.
Il s'entend souhaiter la bienvenue dans toutes les langues : Bonjour^ monsieur; bonjour, docteur, bonjour, commandant ; ça va bien? Dis donc? merci; bonsoir! En anglais : Attention! steam!
392 aUATRiÈME PARTIE. — CHAPITRE I
ahead ! handsomely ! ail right ! En Woloff : ta mangam badio, basseéram diam Toubak, dia medal. Les Toucouleurs et les Foulbé lui disent : Sadi gorré, iuselli TiernOj bandou tnadiam Toubak, diam tal. Les Bambaras, les Mali-nké, les Khasso-nké, les Soni-nké crient : Anuisegue, iacouri, anici, korré kakene, karom keradiam. Quelques Maures et beaucoup de nègres s'écrient : Stleam alekoun^ mraba ou stleam.
Cette foule est jaune, rouge, bleue, blanche. Elle crie et s'agite, moitié dans l'eau, moitié sur terre. Elle fait du bruit et du mouvement plus qu'on ne saurait le dire, et cela sous un soleil qui darde ses rayons perpendiculairement et donne aux choses de vifs contours, aux couleurs des tons qui sont inconnus ailleurs.
La première personne qui aborde la pirogue est une jeune femme chargée d'un bel enfant de six à sept ans qui pleure pour voir le toubak. Soleillet lui touche la main, l'embrasse et lui donne un morceau de sucre. Il a la tète nue et rasée, de grands yeux doux et vifs, la peau douce. Il est très propre et parfumé à l'eau de lavande. C'est le plus jeune des fils du sultan.
En arrivant au rivage, la foule presse tellement le bateau que parfois elle le soulève au-dessus de l'eau.
Soleillet est appelé par tout le monde et distribue à profusion les poignées de mains. Yaguelli est là en compagnie d'un vert vieillard que Soleillet reconnaît, d'après le portrait donné par Mage, pour Samba N'diaye, et qui lui crie : Bonjour, monsieur. N'étes-vous point trop fatigué du voyage. Le roi vous salue et me charge de vous direqu'ici c'est pour vous comme si vous étie:^ à Saint-Louis. — Merci bien, lui répond» Soleillet. Je vous connais, vous êtes Samba N'diaye. Vos amis du Sénégal vous font leurs compliments. Samba s'avance dans l'eau jusqu'à l'embarcation et dit : « Le roi m'a » chargé de vous loger. Vous occuperez le logement de Mage et » Quintin. Nous allons faire descendre les bagages, mais il faut » attendre les troupes du roi qui vont venir pour faire honneur » AU drapeau ».
Samba est accompagné d'un vieux bambara, du nom de Jupiter,