‹ Voyage à Ségou, 1878-1879Chapitre 97 sur 145 · DE KOUNIAKARY A SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

DE KOUNIAKARY A SAINT-LOUIS

Bassirou. — Les femmes de Souley. — Souley fait un cadeau i Soleillet. — Soleillet revoit Aïsetta. — Il a la fièvre et se repose à Fatalagui. — Monsieur Soleillet f — M. Marchi et M. Minier. — A Médine. — Soleillet ne peut plus dormir dans un lit. — Histoire d'une pipe Gambier. — Soleillet laisse à Médine la mule promise à Mahmadou Bachir. — Aux Kayes, Soleillet £ait ses adieux i Souley et aux hommes de la caravane. — Il est reçu à Bakel par le capitaine Bancal et à Saint-Louis par les capiuines Chevillard et Soyer.

Lundi 24 février. — Bassirou^ qui est tout près d'ici, envoie des hommes à Soleillet pour le saluer de sa part et lui remettre des lettres qu'il a reçues pour lui.

Le matin, Souley vient avec ses deux femmes : l'une a de cinquante à soixante ans, l'autre est une fillette de douze à treize ans dont il pourrait être le grand-père. Ils apportent à Soleillet du lait et un mouton. C'est le présent du pauvre, mais il est fait de tout cœur. « Je l'accepte avec reconnaissance, dit Soleillet, car cela est d'autant plus beau que Souley n'a plus rien à attendre de moi. Je lui ai donné hier l'âne que je lui avais promis avant le départ de Ségou. Souley veut m' accompagner jusqu'à Médine et pour me faire honneur il emmène un de ses cousins » .

Soleillet part à deux heures de l'après-midi et fait route à Touest-nord-est. A trois heures et demie il passe à Segala Toro et se rend à Segala Foulbé où il revoit la gracieuse Âïsetta. Â la nuit il arrive à Fatalagui où il est pris d'un violent accès de fièvre.

Mardi 2j février. — Soleillet tient à arriver à peu près debout

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à Médine. Il a tellement la fièvre qu'il croit sage de passer la journée à Fatalagui où d'ailleurs il a été bien reçu.

Mercredi 26 février. — Bien qu'il ait encore une forte fièvre, il se décide à partir avec quelques marchands. La caravane se compose d'une trentaine de personnes. Il s'engage dans une route sous bois et, au coucher du soleil, il voit un troupeau de bœufs sauvages.

Selon sa coutume, il s'avance seul, à pied, son bâton à la main. Il était tout à ses pensées quand au détour d'un chemin il entend prononcer, distinctement, ce doux parler firançais. « Je descendais une petite côte, dit-il. Je hâte le pas et je vois, à 200 mètres de moi, deux hommes en vareuse galonnée. En m'apercevant ils s'écrient : « Monsieur Soleillet ! » En un instant nous sommes dans les bras les uns des autres, je leur serre la main, je les embrasse avec la plus grande émotion. L'un est M. Marchi, lieutenant d'infanterie de marine, commandant le poste de Médine. M. Marchi est actuellement capitaine. Après avoir commandé le poste de Bafoulabé il va commander celui que nous devons établir à Kita. Il est l'un des plus vaillants pionniers que la France ait dans ces régions. De race corse, il supporte admirablement le climat du Soudan. Il est d'une gaîté inaltérable et d'une activité prodigieuse. Il sait se faire bien voir des noirs, a déjà rendu de grands services et en rendra, je l'espère, de plus grands encore.

» L'autre français est M. Minier, médecin du poste. M. Minier que j'avais vu, jouissant d'une santé parfaite, a été pris, peu après, d'une attaque de dyssenteric. Envoyé à Bakel, par M. Marchi, pour y recevoir les soins de son collègue, il succomba quelques instants après son arrivée, le 25 mai 1879.

» Ces messieurs, ayant appris mon arrivée, ont eu la bonne pensée de venir au-devant de moi. Ils m'emmènent au fleuve, où le canot du poste nous attend. Nous laissons la caravane et les bagages de l'autre côté de la rive; je ne garde avec moi que Yaguelli.

» Pendant la traversée du fleuve on me parle de la terrible épidémie de fièvre jaune qui a sévi sur le Sénégal. A chaque nom que

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je prononce, on me répond, presque invariablement : Mort ! Mort ! C'est effrayant.

» Le soir, ces messieurs me font asseoir à une table splendidement servie, mais mon pauvre estomac délabré ne me permet pas d'y faire honneur. Moi, à qui l'on a toujours reproché d'avoir le premier abord d'une raideur britannique, je suis si heureux de me trouver avec des compatriotes, je suis si touché de leur cordial accueil, que je me laisse aller à causer comme si nous nous étions toujours connus et à leur parler des miens comme si nous étions de vieux amis. Les conversations se prolongèrent bien avant dans la nuit et l'on me conduisit à la chambre où l'on m'avait préparé un excellent lit. Je n'avais plus l'habitude du lit et je n'ai pu dormir. Le 'lendemain, pour me reposer, je me suis couché sur un tapis à côté du lit ».

Jeudi 2j février, — Le matin, Soleillet va se promener dans le poste. Il porte encore le costume soudanien dans lequel il a été photographié à Paris par son ami Mathieu Desroches (i). Les soldats se pressent autour de lui et le regardent avec intérêt. Ils lui font voir, dans la chambre des sous-officiers, encadré, son portrait publié par le Monde Illustré,

Le caporal Yarot, de l'infanterie de marine, lui donne une belle pipe neuve de Gambier. « J'ai culotté cette pipe en descendant le fleuve, dit Soleillet, et je l'ai donnée au capitaine Chevillard, mon ami, à Saint-Louis. Elle m'a été représentée à Lyon, chez sa sœur, sur un plateau d'argent.

« M. Fleury, maréchal-des-logis d'artillerie, m'a donné un bidon en fer blanc. Tous ces braves tiennent à me donner des témoignages de sympathie.

» Les Noirs aussi, quand je vais dans le village, me font fête, car, pour eux, Ségou et Ahmadou sont choses saintes. L'Hadji Omar a dit que, pendant longtemps, le voyage à Ségou équivaudrait au pèlerinage de la Mekke.

(i) C'est une réduction de la photographie faite par MM. Desroches, qui est reproduite entête du présent volume.

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» Le commandant m'avance quelques pièces de guinée et de l'argent, car je n'ai plus rien.

» Avant de partir, je laisse à M. Marchi ma mule et son harnais arabe, en le priant d'en avoir bien soin en attendant que Mahmadou Bachir les fasse prendre. J'explique à M. Marchi l'intérêt considérable que j'ai à rester bien avec Bachir et l'effet déplorable que produirait le non accomplissement de mes promesses. M. Marchi paraît comprendre mes raisons et me promet que la mule sera bien soignée et remise en bon état.

» Des Maures m'ont assuré que Bachir avait fait réclamer la mule par lettre et que le commandant du poste avait refusé de la lui livrer. Le 5 décembre 1880 j'ai demandé des explications à M. Marchi et voici ce que m'écrivit cet officier :

» Quant à la mule, que vous avez laissée également à Médine, » elle a été prise par M. le commandant du cercle de Bakel, mon » chef direct à cette époque ; je sais qu'elle est morte au poste ».

Dimanche /*' mars. — Après s'être reposé le samedi 28, il part dans une embarcation prêtée par M. Monmar Diak, traitant de la maison Maurel et Prom, de Bordeaux. Le commandant du poste et le docteur le conduisent et vont avec lui jusqu'aux Kayes. Souley et les gens de la caravane viennent lui dire adieu, il leur serre la main et se quittent bons amis.

Lundi 2 mars. — Soleillet arrive à Bakel à huit heures du matin. Il est cordialement reçu par son ami, le capitaine Bancal, et le docteur Colin, alors médecin du poste, qu'il a retrouvé à Médine en 1880.

Le lendemain, à deux heures de l'après-midi, il quitte Bakel et le 2: mars, sur les quatre heures du soir, il arrive à Saint-Louis, où il est reçu par les capitaines Chevillard et Soyer.

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