‹ Voyage à Terre-Neuve [microforme]Chapitre 21 sur 47 · COR · texte numérisé non relu

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leurs mœurs, leurs souvenirs, leurs lectures surtout, à la société européenne, et n’ayant à leur portée aucun des moyens de distraction intellectuelle qui lui sont propres. Petits ou grands tous leur font défaut. Point de spectacles, point de salons, point de cafés, point de politique vraiment entrainante et passionnante, une grande stagnation, sinon une nullité presque complète d’affaires commerciales, partout des loisirs infinis et une sorte de gène, de médiocrité générale qui prédispose les esprits aux idées sombres. Il doit nécessairemert résulter de toutes ces causes une assez grande tendance vers l’exaltation religieuse , aussi est-ce une disposition universelle sur cette terre et qui règne également chez les Écossais, chez les Irlandais, chez les Acadiens et chez les sauvages qui, de tous les catholiques, sont peut-être les plus inébranlablement convaincus.

Une telle ferveur ne saurait exister sans un grand amour du prosélytisme et une antipathie sincère et active pour les opinions dissidentes. C’est, en effet, ce qui arrive, et cette double passion fournit l'élément de vie et les occasions d’activité qui sont refusés par ailleurs. Sydney possède trois ou quatre églises pour si peu de maisons qu’on lui voit, et cette cité à demi morte avant d’être née compte encore bien plus de sectes. Son libraire unique ne vend, pour ainsi dire, que des pamphlets religieux.

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« Histoire de la conversion au catholicisme du Rév. ME ministre méthodiste. » « Réfutation du libelle intitulé : Conversion au catholicisme par un Wesleyen.» « Observalions libres sur la querelle issue à l’occasion de l’indigne pamphlet intitulé: Conversion au catholicisme, etc. par un indépendant. » On ne voit pas autre chose. Quand on est accoutumé à Ja modération relative que la polémique purement religieuse a adoptée de ce côté de l'Atlantique, où tant d'intérêts divers altiédissent la passion, on est un peu surpris de retrouver une telle véhémence dans cette partie du nouveau monde. C’est au’en fait d'emportement de langage, rien ne manque, et le vocabulaire des injures empruntées à la Bible n’a pas perdu une seule des expressions trouvées au temps de Cromwell, dans la bouche ou sous la plume des zélés dissidents du cap Breton et de la Nouvelle-Écosse. L'Église catholique est de plus en plus pour eux la bête de l’Apocalypse; leurs adversaires catholiques sont des Amalécites; les autres des Ammonites, des fils de Bélial , des Tyriens , Gog et Magog. Il faut quelque lemps pour s’habituer à penser que ces gens-là sont

rés-sérieux. Au prémier abord, on croirait qu'ils

Meltent en scène un roman de Walter Scott. Mais les

Macbriar et les Kettledrummle y vont bon jeu bon ‘'8ent, n'ont peut-être jamais lu les Puritains d'Écosse et font servir dans ce dix-neuvième siècle, le langage et les sentiments du passé, avec une parfaite sincé-

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