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a Superfluité
dans la façon dont un commandant dispense les coups, ou s’il s’en tient au strict nécessaire. Comme son opinion n’est contraire en aucune façon au chat à neuf queues, el qu’en soi, il le considère comme une institution bonne et nécessaire, il peut mieux que personne se former un jugement sur là question délicate proposée à son choix. Il y a plus, tel capitaine est connu pour user trop libéralement du redoutable instrument; mais, en revanche, il est généreux, ou bien il passe facilement sur certaines catégories de fautes, ou bien il a le propos joyeux et l'abord facile, ou bien il ferme les yeux quand, dans une relâche, on a fait à terre un peu de tapage, voire même du dégât. Dans de telles circonstances, la brutalité même très-constatée n'épouvante pas les plus lurons, et ils vont gaiement apposer leur signature au bas de l'acte qui les livre pour un temps donné à l'absolu pouvoir du terrible chef. Mais lorsque des considérations de cette nature n'existent pas ou sont insuflisantes, le matelot résiste à toutes les séductions, s’obstine à ne pas sortir du cabaret, refuse de prendre du service, et tel bâtiment de Sa Majesté reste pendant des mois en rade, parce qu'il n'est pas possible de compléter son équipage. Il n’y à d'autres ressourcts alors que de changer Île capitaine ou bien de verscr son bord une partie des engagés qui se destinaient à d’autres chefs. C'est une opération, il faut
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VOYAGE A TERRE-NEUVE. 133 l'avouer, qui ne laisse pas que de prêter le flanc à la critique au point de vue de la bonne foi. Mais la nécessité !
Ces difficultés préliminaires surmontées et le
matelot installé à bord, on l’y trouve entouré d’un comfort qui n'est pas à l'usage de nos hommes. Sur tous les bâtiments de quelque dimension, le marin anglais possède une véritable installation : il à sa table, ses assiettes, ses plats, son couvert, une nourriture beaucoup plus abondante et variée, il mange plus de viande. En fait de bien-être maériel, il n’a enfin rien à souhaiter. IL s’est engagé pour cela et naturellement il a le droit de l'obtenir Pour tout dire en un mot, le matelot anglais n’est Pas un citoyen qui sert pour obéir aux lois de son Pays, qui, contrarié peut-être de porter l'uniforme, est pourtant relevé à ses propres yeux par l'idée d'un devoir honorablement accompli, auquel, par conséquent tout le monde, et surtout ses supérieurs, doivent et accordent certains égards, et à qui il n'est pas question de faire Journellement violence ; cest un slipendié qui n'ayant pas trouvé d'occupation plus lucrative ou plus convenable , est venu s'offrir de lui-même au service de la reine, et qui, une fois entré en possession des avantages qui lui ont été promis dans son contrat, n’a abso!ument rien de plus à réclamer. |
Aussi s’en faut-il de beaucoup que cet immense
personnel naval si supérieur au nôtre au point de vue du nombre, lui soit comparable en rien au point de vue moral. Il y a danslamarine anglaise une élite, en quelque façon physique ‘et dont j'ai déjà dit quelques mots, composée d'hommes bien faits, vigoureux, jeunes, remaretablement beaux, et dont je veux croire que la .' 1té possede un sens commercial suffisamment honnête. Ce sont des ouvriers militaireg qui se sont loués à l’État et qui sont décidés à remplir fidèlement leurs obligations. Ce sont de bons etdignes matelots, qui méritent toute espèce d'estime; mais, je ne sais si c’est bien là lidéal de-l’homme de mer employé au service de sa patrie, et je n’hésiterais pas à donner la préférence à nos bons matelots sur les bons matelots anglais. Je viens de parler de l'élite ; toute élite est, de sa nature même, en nombre comparativement faible. La grande masse des équipages anglais exige impérieusement la présence des marines à bord du bâtiment. Yest un composé de buveurs émérites, une population de cabarets et de mauvais lieux, des sacripants sans foi ni loi, qu’on est généralement obligé de consigner avec un soin très-particuliér, lorsque le bâtiment est en relâche quelque part; autrement, aussitôt qu’ils ont touché le prix de leur engagement, leur idée fixe est de gagner au pied et de retourner dans la taverne, en face du broc, dont l'épuisement complet de leur crédit les a seul pu
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constant, el quels que soient Ia sollicitude avec laquelle on les surveille et le nombre de sentinelles dont on les entoure, ils trouvent toujours moyen de s'emparer d’une embarcation et de s'enfuir. J'ai vu un bâtiment d’où ils s'échapp
aient par demidouzaines à la fois.
Je conclus de tout ceci que la mar cette force assuré
plus haut degré,
ine anglaise, ment imposante et redoutable au n’est pas sans avoir son côté faible, Tant que la ConStitulion actuelle régira la Grande- Bretagne, et que ce pays, sous des apparences libérales, conservera précieusement les ressorts de fer qui seuls constituent sa puissance, il resiera tel qu'on l’a vu dans le passé, qu'on le voitencore dans le présent, Mais si une fois les doctrines de libéra. lisme dont il aime à se faire gloire, et que jusqu'ici il à plutôt prêchées aux autres pays que pratiquées à domicile, finissent par prévaloir à l’intérieur, il en résultera bien des hangements dont il est difficile de déterminer la Portée. Si une fois, dis-je, ce parti avancé, qui depuis quelques Cquis une puissance réelle au sein de des communes, réussit à se for
années s’est la Chambre lifier, à s'étendre, à Vouloir pratiquer ce qu'il enseigne et à pouvoir réaliser ses désirs, il sera difficile que l’armée anglaise demeure ce qu'elle à été Jusqu'ici, et, à plus forte raison, la marine.
Il semble qu’inévitablement les idées modernes, pénétrant dans l'État, ne pourront pas manquer de franchir le seuil du domaine militaire ; la compression violente, déjà incriminée plusieurs fois dans le sein du parlement, le sera avec plus de succès; il faudra y renoncer, et pour sauver la discipline, modifier du même coup d’une manière absolue le système du recrutement.
Il est possible qu’en ce qui concerne L'éiiée: il doive y avoir profit à ces nouveautés, au point de vue exclusivement militaire, bien entendu. Mais, quant à la marine, il n’en sauraitêtre de mème, et incontestableraent, dans des éventualités pareilles, si l’on était contraint de ne plus compter que sur la population vraiment navale, de ne plus peupler les vaisseaux de l'État qu'avec les hommes de mer proprement dits, el de partager ce personnel avec la marine marchande, on n’aurait plus de beaucoup les mêmes ressources qu'aujourd'hui. Car lenombre des navires peut s’accroître indéfiniment, c’est là une question de dépense : il ne saurait en être de mème du personnel, que tous les efforts du monde n’augmentent pas à jour dit, s’il n'existe déjà dans les conditions où on le souhaite, et, je le répète, au cas où l'on ne serait plus autorisé à employer sur les bâtiments
de la reine cette tourbe que la menace et la violence réussissent seules à contenir, les vingt-huit millions d'habitants qui forment la population du
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VOYAGE A TERRE-NEUVE, 137 Royaume-Uni ne suffiraient Pas à armer, comme ils le font aujourd’hui, les bâtiments de guerre et les bâtiments de commerce. Cependant les circonstances sont telles que l'on peut considérer la population maritime de l'Angleterre comme ayant atteint son maximum. On n’en saurait dire autant de la nôtre, Il est bien des moyens par lesquels on pourrait la multiplier, bien des réformes administratives qui lui permettraient de s’accroitre. D'ailleurs nous VOns pour ÿ suppléer notre recrutement militaire, source féconde , on pourrait dire inépuisable de forces, d'autant plus dignes d’être appréciées, que l'emploi bientôt exclusif des navires à vapeur rend moins difficile qu’autrefois l'apprentissage naval. Îl n'est plus de beaucoup aussi nécessaire désormais de commencer ce métier dès l'enfance.
Î n°y à donc pas lieu d'estimer que la force actuellement prépondérante de l'Angleterre, en malière de marine, soit un Spectacle décourageant ou inquiétant pour nous dans l'avenir. La moralité de noS populations provinciales est de beaucoup supérieure à celle de nos Voisins ; nos tendances intellectuelles sont plus hautes » €t nous permettent d'accepter des institutions donnant plus d'honneur que de profit ; par cela seul, nous avons plus d’avenir que n’en saurait Promeltre un système qui paraît être à son déclin, et qui, remplacé par des institutions vraiment et réellement libres, ne pour-
rait voir surgir à sa place un véritable état militaire. La raison en est que l'esprit britannique ne possède pas une pareille tendance ; il tournera de toute nécessité vers le même pôle utilitaire que l'esprit américain ; il en aura les mérites, il en recueillera les profits ; mais les États-Unis ng sauraient posséder ni armée, ni marine sérieuses, et ce qui leur est permis, quant à présent, dans l'éloignement occidental où ils vivent, ne peut convenir aux nécessités qui entourent l'existence d’une grande nation européenne.