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CHAPITRE VE

Excursions.

Les environs d'Halifax sont fort jolis. L'aspect en est assez semblable à celui de Sydney. C'est toujours la même nature de jardin anglais : une apparence jeune, soignée, un peu débile, rien de grand, ni de majestueux que l'étendue du miroir marin, mais un peu plus de fertilité, car le climat est moins rude et le sol meilieur. Gependant, bien qu'Halifax soit comparativement une

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VOYAGE A TERRE-NEUVE, 139 grande ville, puisqu'on y compte à peu près vingt Mille habitants, la population est très-faible aux ulentours, les villages sont peu agglomérés, et l’é- Migration, loin de se porter sur ce point en nombre quelque peu considérable, y enlève chaque année

une certaine quantité de jeunes gens des deux sexes.

cité florissante, et elle compte beaucoup de maïisons de commerce si considérables, qu’elle peut les ciler avec orgueil même en face des grands capitalistes américains. En première ligne, se place naturellement la maison Cunard , dont le chef a été décoré du titre de baronnet par la reine, et qui possède et exploite de nombreux paquebots, Pendant notre séjour, on célébra l'anniversaire de la fondation de la ville, vieille d’une centaine d'années. Les choses se passèrent comme dans tous les pays du monde en pareil cas. La citadelle, plac6e Sur une éminence qui domine la ville, se pavoisa richement et tira ur: nombre considérable de Coups de canon. Une grande revue des troupes fut passée par le lord gouverneur. Ce fut une occasion de faire briller les uniformes de la ligne et ceux des troupes coloniales ; mais la présence du géné-" ral Williams releva surtout l'éclat de la solennité, car il était l’objet de toute la curiosité, de toute l’ad- Miration, de tout l'orgueil de ses concitoyens. J'ai

Toutefois, Halifax ne iaisse pas que d’être une

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dit déjà que le défenseur de Kars est originaire de la Nouvelle-Écosse. Il n'est tel que les petits pays pour savourer avec enivrement la gloire d'avoir donné le jour à un homme célèbre. Chacun, grand ou petit, prend sincèrement une part dans cette réputation et s’en honore avec ferveur. C'est un sentiment, à coup sûr, respectable au plus haut degré et.qui ne fait pas moins l'éloge de la foule qui le ressent, que de l’heureux mortel qui l'inspire. L'apparition du général Willfams à la revue fut donc

un véritable triomphe.

Le soir il y eut un banquet auquel nous fûmes conviés, et la santé de l’empereur y fut portée avec les mèmes marques de respect qui entourèrent le nom de la reine.

Une solennité d’un autre genre se préparait à Truro, petite ville située à quelques lieues d'Halifax. C'était la visite annuelle du lord: gouverneur à l'école normale de la colonie. S.S. lord M. et le général Williams, son compagnon indispensable, voulurent bien nous offrir de nous joindre à eux, et nous acceptâmes avec empressement une si bonne occasion de voir le pays, un monde nouveau el quelques traits de mœurs encore inconnus.

De bonne heure nous partimes par le chemin de fer. Là, point d'établissements somptueux, point de gares monumentales ni de magasins en forme de temples. Le strict nécessaire n’a pas été dépassé.

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Tout est construit en planches et se contente d'être propre ou à peu près, Les rails sont établis simplement sur des pièces de bois transversales, et il semble même qu'on n'en ait pas calculé la solidité au delà des besoins du nombre médiocre de voyageurs qui, pour le moment, sont appelés à s'en servir, Plus tard, quand la population aura augmenté, on fera mieux sans doute, mais personne n'en demande davantage; en revanche, on à fait ici pour le chemin de fer ce que j'ai déjà observé au Cap-Breton pour les routes. On l’a jeté hardiment et le plus loin possible au milicu d'une région inhabitée, afin d'en rendre l'accès facile et d'y attirer la population.

Ce système paraît réussir, autant que les circonstances s’y prèlent, car, en effet, on voit çà et là sur le parcours des loghouses et mème des maisons qui, suivant toute vraisemblance, ne se seraient point fondées dans ces localités s’il n'y avait pas eu un moyen d'y arriver et d'y faire venir des ressources.

Dans toutes les colonies anglaises, dans tous les pays habités par ia race anglo-saxonne, on ne peut se lasser d'admirer l'instinct sûr et droit avec lequel les gens vont au fait, sans s’amuser aux détails oi- Seux. À Ja Nouvelle-Écosse comme ailleurs, la grande affaire étant de gagner de l'argent, on ne s'amuse pas à en dépenser sans profit, et de même que les chemins de fer doivent atteindre le plus

loin possible au meilleur marché que faire se peut ct, en conséquence, se contentent de gares qui sont des cabanes et de rails strictement solides, de même tout le pays d'Halifax n’a pas un seul débarcadère qui prétende au monument. Le whurf de la maison Cunard elle-même, qui sert à embarquer et à débarquer des millions ne vaut pas mieux que le plus grossier tréteau de planches où jamais, en France, pêcheurs de sardines aient déposé leurs cargaisons. Ce n’est pas là de quoi séduire l'esprit artistique de nos savants ingénieurs, mais nos hommes pratiques y trouvefaient peut-être quelque leçon à méditer s’il est vrai que la première condition du beau soit d'être à sa place.

L'intérieur des wagons est aussi austère que l’aspect de la voie; ils ne sont pas divisés en compartiments, mais, comme nos véhicules de troisième classe, ce sont des espèces de galeries ayant, au centre, un couloir , et à droite et à gauche des sérics de bancs à dossiers. On a supposé que les gens amollis ou aimant leurs aises ne voyageaient pas dans la Nouvelle-Écosse. Cette sévérité va, du reste, assez bien avec l’aspect du paysage, qui ne tarde pas à s'enfoncer dans un dédale de marais. On traverse plus d’eau que de terre et on voit plus de buissons encore que d'arbres. Ge n’est pas que les sapins et les bouleaux soient rares. Ils se pressent, au contraire, touflus et en 2rand nombre.

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L'œil ne pénètre pas loin dans leurs masses épaisses et sombres, mais cette végétation est mesquine, rachitique, mal nourrie par un sol infécond.

Nous arrivämes à “lruro , Où l'industrie de l'homme fait son devoir pour obtenir de la terre un peu de fertilité,

Le bourg se compose d’une série de jolies maisons de bois, la plupart à un étage, proprement peintes, d’un aspect assez gai, précédées d’un enclos de palissades soigneusement rabotées, blanches ou grises, bordant la grande route, Mais dans ces enclos il ne pousse pas grand’chose, et on y Contemple avec plus d'espoir que de plaisir quelques maigres liges d’acacias qui seront arbres un jour, pourvu que Dieu leur prète vie.

L'École normale, surmontée du pavillon de la colonie, se signalait au milieu de toutes ces Fabitations par une construction particulièrement soignée et des développements beaucoup plus vastes. Nous entrâmes et nous fûmes immédiatement introduits dans les classes.

L'établissement a pour but principal de former des maîtres et des maîtresses d'école pour toute la Nouvelle-Écosse et le Cap-Breton, mais on y à adjoint aussi des classes d'instruction inférieure où les enfants du pays reçoivent leur éducation. Nous

étions venus Dour {out voir et nous vimes tout Consciencicusement.

lhh VOYAGE À TERRE-NEUVE.

Une première salle nous montra une chaire élevée dans laquelle se tenait debout une dame maigre, habillée de noir et la tète ornée de deux boucles de cheveux tombant parallèlement à un nez fort long.

En face de cette sibylle et sur un amphithéâtre de planches une quarantaine d’enfants de trois à cinq ans étaient rangés, les veux fixés sur elle. Ce ne (ut pas une petile affaire que d'empêcher notre entrée de détruire d’une manière irrémédiable l’immobilité de ces jeunes étudiants. La maîtresse y porta tous ses soins en roulant, dans sôn visage pâle, des yeux qui paraissaient peu habitués à exprimer la tendresse.

On fit d’abord exécuter aux patients une sorte de mélopée accompagnée de gestes des bras et des pieds qu’ils avaient à imiter de leur institutrice. Cet exercice, destiné à leur faire discerner leur main droite de leur main gauche, à leur faire savoir positivement ce que c’est que le pied et en quoi il difère de la tête, des bras, et surtout à fixer leur attention sur ces graves sujets, me parut plus extraordinaire que tout ce que j’ai jamais vu en Asie. IL ne serait pas possible d'imaginer un spectacle plus fantastique que celui de cette femme noire, chantant d’une voix fausse des absurdités et se démenant comme une possédée, en collaboration avec cette troupe enfants, dans le but unique de leur inculquer des vérités qui, partout ailleurs, s’ap-

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VOYAGE À TERRE-NEUVE. 145 prennent sans tant de façons. Mais, pour être tout à fait exact, il ne faut pas oublier de dire que le but principal du Système est de remplir, dès le plus jeune âge, l'imagination des enfants de données Parfaitement positives et de l'empêcher de se perdre dans des rêveries Sujettes à contestation.

Toutes ces petites machines exécutèrent leurs

mouvements avec une précision très-satisfaisante

ct, en peu de temps, parurent tout à fait indiftérentes à la présence des étrangers. Seul, un garçon de trois à quatre ans fit exCeplion. Aussi longtemps que nous restâmes on ne Put réussir à faire lâcher prise à ses yeux atlachés sur nous avec du plus profond élonnement, La maîlresse eut beau l'apostropher dix fois d'un : James ! prononcé d'une Voix caverneuse, James ne put êlre rappelé à l'ordre, Il serait curieux de Savoir quel aura été le deslin du pauvre James après notre départ. S’être rendu coupable d’une telle faute n'annonce pas évidemment un esprit parfaitement positif, et permet de suspecter à bon droit l'existence d’un germe r'élif d'imagination dans celte jeune tête, Comment

Peut-on s’y prendre Pour venir à bout d'une dis. Position si funeste ?

l'expression

Il serait difficile de croire qu’on ait recours aux Châtiments manuels. Ce n’est pas une méthode assez avante et digne du Système. Il doit Y avoir là quelque procédé plus Compliqué et sentant l'esprit mo-

derne. Je pense involontairement à Rarey qui ne frappe pas ses chevaux et ne les violente jamais , mais qui parvient à force de douceur à les épuiser si bien que, couverts de sueur, tremblants de tous leurs membres, énervés à faire pitié, il ne leur reste pas un atome de vigueur ni une velléité de résistance. On ne traite pas assurément les enfants d'une facon aussi radicale; mais probablement la mansuétude qu’on emploie pour arracher de ces jeunes esprits les tendances qu'y à plantées la nature doit arriver aux mêmes fins par des moyens analogues.

Après la gymnastique de haute philosophie à laquelle nous venions d'assister et qui doit créer, en effet, des impressions sur lesquelles se modèle la vie entiè: >, un autre exercice non moins important suivi. La maîtresse fit faire de mémoire aux enfants plusieurs opérations faciles d’arithmétique, et nous admirâmes la prestesse avec laquelle ces petits calculateurs réunirent et séparèrent plusieurs nombres. |

On ne leur demandait pas directement ce qu'on voulait savoir d'eux, mais la maîtresse posait la question et attendait. Bientôt une certaine quantité de petites mains se levaient pour indiquer ceux qui se croyaient en état de répondre. Alors elle prononçait un nom, et c’étaitle propriétaire du nom qui d nait la solution attendue, Quelquelois il se trom-

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VOYAGE A TERRE-NEUVE. 147 pail; alors, sans faire aucune observation, la matse apbelait un nom nouveau. Nouvelle réponse. et si elle se trouvait juste, aucun éloge ne la récompensait. Une autre question était posée.

On pouvait remarquer sans peine que les enfants portaient une vive attention à écouter, à chercher et à se mettre en avant, Un sentiment de rivalité déjà très-marqué régnait entre eux, et ils voulent évidemment se vaincre, non pour l'honneur. mais pour la victoire.

Au bout de quelques minutes l'institutrice entonna un Cantique, les enfants se: levèrent tout droit et, les mains réunies derrière le dos, se mirent à défiler en chantant et marchant les uns après les autres. Ils firent ainsi le tour de la salle une ou deux fois et reprirent leur place. Nous sortimes et on nous conduisit dans une autre classe.

Là, les élèves avaient de dix à quinze ans: les filles se tenaient d’un côté, les garcons de l’autre. Un jeune professeur assez bien frisé, l'air glacial, était au pupitre. Ce n’était pas une figure de pédant, mais quelque chose entre l'agent d’affaires et le prédica- (eur dissident. Certes, jamais l'amour de quoi que ce Soit n’avait touché ce Cœur ni effleuré cette cervelle. Il jeta en l'air quelques questions de géo - Sraphie et de dates historiques : quelques mains se levèrent: il prononça tour à tour des noms Îe filles et de garçons, On répondit mais sans em.

pressement, et évidemment l'auditoire n'était ni intéressé, ni savant en ces matières. Maîtres et élèves paraissaient remplir un devoir fastidieux en s'occupant de pareilles chôses.

Tandis que le va-et-vient des demandes et des réponses s'exéculait languissamment, une jeune fille se mit à compter rapidement sur ses doigts ex faisant quelques grimaces. D’après ce qu’on me dit, celte gymnastique avait pour but de s'empêcher d'éternuer. En effet, elle n’éternua pas. Je livre la ‘recelte pour ce qu’elle vaut; peut-être n’a:t-elle toute sa puissance que pour les personnes bien et dûment convaincues que jamais éternument n’a porté intérêt, et que le calcul est une opération salutaire à tout propos , à laquelle on ne saurait trop» recourir.

On quitta bientôt en effet géographie et histoire, et le maître posa de petits problèmes financiers. « Combien, s’écriait-il avec une conviction évidemment respectueuse, tant de dollars plécés à tel intérêt rapportent-ils au bout de tant de mois? Indiquer la somme en guinées en tenant compte du change qui est de... » Je dois le dire à l'honneur de celte jeunesse, quelques secondes étaient à peine ccoulées qu’un grand nombre de mains s’agitaient en l'air, et il n'arriva pas une fois que la réponse füt erronée. Tous les yeux brillaient, tous les regards élaient attachés sur le maître, Les jeunes

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ire,

VOYAGE A TERRE-NEUVE, filles, non moins pénétrante que les garçons, atlachaient de toute évidence l’im- Portance la plus haute à calculer vite et à bien ré-

Poudre, et elles y réussissaient à SOuhait.

On s'arrêta longtemps sur

$, non moins habiles

aussi, il entonna un Cantique. Garcons et filles, poussés par un ressort,

se levèrent tout droits en détonnant, et les mains derrière le dos, comme avaient fait les petits enfants, défilèrent aU pas ordinaire les uns après les autres et firent deux fois le tour de la salle. Quand ils eurent régagné leur place, on nous conduisit dans une troisième salle.

Ici, c'était évidemment Je s ct des arts. Des jeunes filles cinq ans, et peut-être au-

anCfuaire des sciences

de dix-sept à vingtdessus, OCCupaient les premiers pupitres d'une vaste enceinte soutenue par des colonnes, Le fond était OCCupé par des groupes de Messieurs, les uns barbus, les autres rasés avec Soin, tous vêtus d’habits noirs et portant des cravates blanches.

Sur une large estrade où nous eûmes de nous asseoir le long le directeur de l'école no noir habillé, nce à

l'honneur du mur, se promenait rmale, lui aussi tout de avec une énorme cravate blanche tour-

Uour de son cou comme un bon: maigre,

longues jambes, grands bras, nez crochu, gros yeux gris très-couverts, cheveux gris chiflonnés et hérissés de toutes parts; physionomie d'homme convaincu de l'importance des fonctions que lui à conférées la Providence.

IL y avait en face de lui trois ou quatre jeunes filles dont une, particulièrement ornée d’opulents cheveux d’un blond hardi, se faisait reconnaître pour assez minaudière.

Aussitôt que nous fûmes assis, le maître releva la tète par un mouvement fier et impétueux, et sembla savourer d'avance les grandes choses qui allaient être dites. Puis, enfonçant ses deux mains dans les poches de son pantalon, il commença à se promener. Un profond silence régnait dans l'auditoire. Alors sa voix s’éleva sans qu'il interrompit sa promenade.

« Quelle est, dit-il, la science qui fait connaitre Ja constitution du sol terrestre? »

Un certain nombre de mains s'élevèrent. La jeune demoiselle blonde regarda le savant avec les yeux les plus doux. Il n’y fit pas la moindre attention, et continua sa promenade au milieu de l’at-

tente générale. Tout à coup, il s’écria : « Monsieur Peters ! »

M. Peters se leva au fond de la salle, et d’une voix modeste répondit: « La géologie! »

Tous les bras s’abaissèrent, et le savant profes-

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VOYAGE A TERRE-NEUVE. 151 seur S'arrêtant sur le bord de la plate-forme, Jes jambes écartées, les mains ches, et en imprimant à son cement de Satisfaction, 1 Voix d’oracle :

toujours dans ses pobuste un léger balanaissa (omber ces mots d’une

« La science qui fait Connaître Ja constitution du sol terrestre, c’est {y Géologie ! »

Il se retourna brusquement, et d'une voix de lausset délicatement cadencée, il reprit :

€Comment se nomme Ja science qui fait connaître les Métaux, la facon de les extraire, et les méthodes propres à les traiter ? »

Et il reprit sa promenade. Beaucoup de mains S'agilèrent avec une généreuse impatience. La jeune demoiselle blonde , Qui remuait Sracieusement la Main gauche, appuya doucement la tête sur la droite, élroula plus que jamais des yeux languissants, mais le professeur ne s'en OCCUpa non plus que la première fois, reprit précipitamment sa course, tourna deux ou trois fois autour de l'estrade, et s’écria : « Miss Clarke! »

Une vieille fille fort respectable, ornée de grandes dents, se leva et, rougissant d’un air modeste, MurMmura : la Métallurgie! Puis elle se rassit Une aimable confusion.

avec

Le docte professeur mit le poing gauche sur la hanche, leva en l'air le br:

is droit, en, étendant l'index comme s’il allait pr

endre le cielà témoin de

la proclamation courageuse d’une haute vérité, et d’un ton caverneux :

« La science qui fait connaître les métaux, la facon de les extraire et les méthodes propres à les traiter, se nomme LA MÉTALLURGIE ! »

Une demi douzaine d’autres questions posées avec la même solennité et avec la même passion dévorante, nous apprirent de même ce que c'était que la médecine, l’histoire, l’agriculture, lamécanique, etc., mais il ne fut pas question une seule fois de rien qui ressemblât à une idée. Il paraît qu'au point de vue américain et, par conséquent de la science de l'avenir, savoir comment une chose s'appelle, c’est la connaître suffisamment puisqu'on en peut parler.

Nous ne manquâmes pas d'exprimer toute notre admiration au directeur, qui reçut les éloges de l'air d’un homme auquel se conscience tient lieu de tout. Mais j'avais déjà assez pris l'air de l'établissement pour être convaincu qu’on avait mieux que cela à nous montrer, et que le saint des saints allait

enfin s'ouvrir.

En effet, la véritable science, l’art des arts, le fin des fins, le grand fin apparui: on se mit à calculer.

Je ne raconterai pas ce que j'entendis car, je dois l'avouer à ma honte, je n’en ai pas compris le quart. Tout ce que je puis dire, c’est qu'au seul énoncé des sommes formidables et des redoutables opéra-

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je dois quart.

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VOYAGE A TERRE-NEUVE. 153 lions proposées à l’action spontanée de la mémoire des auditeurs, le verlige paraissait s'emparer de zens plus habiles que moi, Il s'agissait de millions de livres sterling, d'intérêts cntassés, composés, combinés, fractionnés pendant des années, des mois, des jours; de parts d'associés, de tout ce que le génie commercial peut inventer de plus absus, Pesler bouche béante devant ]

à rapidité des énoncés faits sans le secours du

moindre pabier, et ne pas Comprendre un mot des solutions non plus que des questions, ce fut tout ce dont je me trouvai capable, et je ne me vis jamais à pareille fête.

Les messieurs à barbe el à cravates blanches fronçaient les sourcils d’une Manière terrible en combinant leurs Opérations. Les jeunes demoiselles élaient rouges d'émotion, et leur Cœur battait de la facon la plus visible. Tout ce monde brouillait et débrouillait avec furie des monceaux de chiffres, quand soudain le son aigu d'un violon se fit entendre. Aussitôt chacun fut sur ses pieds, et d’une voix infiniment moins juste que les calculs, attaqua un Saint Cantique. La promenade sacramentelle commença à pas solennels ; nous sorlimes, et je ne [US pas fâché de respirer l'air du dehors.

Il y aurait injustice manifeste à juger un pareil Système d'instruction et d'éducation au point de vue

d'idées qui y sont tout à fait étrangères. Il est in-

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