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VOYAGE A TERRE-NEUVE. ÿ) beaucoup à dire sur ce prétendu rajeunissement. Quant à la nature matérielle , quant au sol indigène, c’est bien par cet air d’enfimce qu'il frappe d’abord l'esprit, |
Tous ces pays semblent vraiment être nés d'hier, La brume du chaos les environne encore. Le soleil ne se doute pas qu'une région ait surgi du sein des eaux, car il ne regarde pas de ce côté. La pluie tombe sans prendre souci de cette matière qui n’est pas encore de Ja terre, qui à peine est devenue de la tourbe: hier, c'était un marais, avanthier, un océan. On s'attend presque à voir sortir des louffes d'herbes répandues çà et là au bord des sables humides quelques-uns de ces animaux géologiques qui, en bonne foi, y devraient.exister.
Il est vrai que cette jeunesse ne remonte pas aux premiers âges de la planète, Dans les entrailles de ces terrains, le temps à laissé les archives d’un long passé. On y retrouve gravé sur la picrre les annales complètes d’un règne de fougères, d'animaux des tropiques, de poissons disparus. On y apprend, comme ailleurs, par les documents authentiques que la nature seule à su écrire et conserver, qu'à telle heure inconnue de tel jour ignoré de l'année enfouie sous un amas de siècles perdus, une pluie d'orage est tombée par grosses gouttes sur un rivage situé on ne sait où, car Dieu seul connaît le chemin que ce fragment , trouvé par
l VOYAGE A TERRE-NEUVE.
les mineurs à quelques cents pieds sous terre, à pu faire pour venir se ranger là! Sur cette plage, à mesure que la pluie tombait, la vague montait en étendant du sable fin et conservait les stigmates des gouttes d'eau, et avec elles, la rude et brusque empreinte d'un pas de bète sauvage qui nous révèle que la vie organique a respiré là à la même heure où tombait la pluie. Ainsi toute cette nature si jeune repose sur un fond aussi vieux que celui des autres régions; mais, cependant , il est bien manifeste que la dernière transformation ne date pas de loin, et que si l’on n’a pas sous les yeux un monde naissant de toutes pièces, au moins on peut se laisser aller, sans grande chance d'erreur, à reconnattre une nouvelle forme récemment essayée, à peine ébauchée, et qui ne sera à sa maturité qu'après des siècles à venir.
Encore une fois, ce n’est pas beau, et les pages qui vontsuivre n'auront pas les ressources de bien brillantes descriptions. Mais, est-ce laid? Est-il rien de laid dans la nature ? Tout y a un sens, partantune beauté,
Le Uassendi, aviso à vapeur de guerre était en rade de Brest vers la fin d'avril de l’année dernière et allait partir pour se diriger vers les régions dont l’idée générale vient d'être esquissée. À parler d’après l'avis des gens du métier, le Gassendi n'est pas ce qui peut s'appeler un beau navire. Il