CHAPITRE XI
Saint-Jean et les pêcheries.
Le Gassendi fut comblé de prévenances à Saint-Jean comme il l'avait été à Halifax, et l'hospitalité coloniale nous donna là autant de preuves de sa cordialité que nous en avions reçu ailleurs. Sans aucune différence de partis, catholiques et protestants se montrèrent pour nous empressés et pleins d'accueil. Nous avions d'autant plus lieu de le remarquer et d'en être reconnaissants que l'affaire des pêcheries etl’antagonisme fâcheux que des malentendus multipliés avaient réussi un instant à faire naître, con- Slluaient à Saint-Jean un intérêt très-vivant et
dont chacun s’était fort préoccupé. Mais, avec une 'eclitude d'idées et une justesse d’esprit qu’on ne saurait trop reconnaître, la population tout entière
n'avait pas lardé à comprendre que la vérité lui el avait été voilée. Elle accepta fort bien, quand elle en d eut les preuves, ce fait évident que la France ne LL © voulait rien de plus que l'état séculaire de choses le qui jamais ne lui avait porté préjudice, et on ou- 1 de blia de toutes parts des préventions reconnues mal 1 pc fondées, dont on nous avait d’ailleurs exagéré la n ct nature, et qui ne se manifestèrent en aucune fa- D né çon pendant notre séjour. On tint ième beaucoup, 1 en et avec une sorte de coquetterie aimable, à ne pas 1 ve nous laisser le plus léger doute à cet égard. On M | chercha une occasion de nous le faire comprendre, 1 po et on la trouva dans un bal que notre collègue, 4 Fr: l'honorable M. K***, secrétaire colonial, donne quel- | de ques jours après notre arrivée. D
On aime beaucoup les discours publics à Saint- A thé Jean, comme dans toute l'Amérique du Nord, ou 4 ria pour mieux dire, comme dans tous les pays anglais, çai: et pendant que les jeuries demoiselles et les officiers 4 cou des navires et de la garnison recommençaient à A4 lan danser après le souper, notre hôte portant la santé À mai de l’empereur et de la reine, développa son toasten Æ tro un véritable discours parlementaire des plus propres M thol à foncer sur de nouvelles bases la concorde des © La deux nations. ; 4 Mt!
Un des assistants lui répondit avec la même so- À lées lennité, le remercia des appréciations excellentes @ Cet
qu'il voulait bien communiquer à ses concitoyens, ® Sul
vérité lui nd elle en france ne de choses et on ounnues mal xagéré la ucune fabeaucoup, , à ne pas égard. On nprendre, collègue, nna quel-
s à Saint- Nord, ou s anglais, es officiers nçaient à nt la santé n {toast en As propres corde des même $0- *xcellentes ncitoyens,
et passa la p
arole à un autre orateur qui, abrité derrière un autre {oast, mania non moins habile. ment la parole, en mélant à des considérations sur les pêcheries certaines allusions à la politique locale, dont toutes n'étaient pas également transparentes POUT nous, mais qui nécessitèrent encore des toasts et des discours. On finit par s'attendrir assez généralement, et je ne crois pas Outre-passer la vérité en disant que quelques larmes tombèrent dans les verres,
Mais ce fut surtout à l’occasion du 15 août que la population, cette fois tout entière, donna aux Français des marques éclatantes de sa Sympathie et de son bon vouloir.
Mgr de Saint-Jean avait bien voulu mettre sa cathédrale à la disposition des commissaires impériaux. Le pavillon britannique et le pavillon français flottaient sur les deux (ours, séparés par les couleurs épiscopales, la croix verte et la harpe d’Irlande. Les équipages du Gassendi et du Ténare formaient la haie, et les états-majors, en grande tenue, trouvèrent place dans le chœur avec les officiers catholiques de la garnison. Poussan plus loin encore là courtoisie, Mgr M'** avait voulu que son palais fût le lieu de réunion des personnes notables invilées à cette fête, et il avait fait disposer son salon à cet effet. Dans l'église, une foule com pacte se pres- Sat de toutes parts, accourue des districts voisins
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de Saint-Jean, et observait un silence et un respect merveilleux, Quand le cortége sortit de l’église, la foule fit sauter en l’air les bonnets et les chapeaux, et tandis que les salves d'artillerie tirées par les navires français et anglais et par les forts se succédaient, ce qui dura toute la journée , que les bâtiments de commerce se montraient pavoisés avec un zèle tout spontané, le moindre de nos hommes qui apparût dans les rues fut entouré et salué par des hourras d'enthousiasme. Bref, une ville dont on nous avait dépeint les sentiments comme assez peu favorables à la France, nous ‘émoigna, dans tous les rangs de la société, une bienveillance et une confiance égales à celles que nous avions observées pendant tout le cours de notre voyage sur la côte française de la part des pêcheurs anglais.
Comme à Halifax, notre temps se passa en fêtes, Mgr M***, le gouverneur, sir Alexandre B***, le général L'**, voulurent nous recevoir tour à tour. Nos collègues eux-mêmes ne se piquèrent pas d'un moindre empressement, et si M. K** nons fit assister à un bal qui nous donna occasion de remarquer combien la ville comptait de belles personnes, le capitaine D*** renouvela les mêmes impressions en nous invitant à son bord avec toute la société de Saint-Jean.
Enfin, rassasiés de plaisirs, etpressés par la saison
Cor not une Ava par don nou ét 0
un respect l'église, la chapeaux, ar les nase succéie les bâtioisés avec js hommes , Salué par ville dont nme assez gna, dans eillance et Us avions tre voyage heurs an-
a en fêtes, e pr, le ur à tour.
1t pas d’un 15 fit assisremarquer sonnes, le ‘essIOns en société de
ir la saison
VOYAGE A TERRE-NEUVE. 259 qui s’avançait, bien fournis de Souvenirs agréables et de motifs de gratitude, nous quittâmes la Capitale Pour terminer le tour de l’île en nous rendant dans
la baie de Burin, située non loin de notre propre
établissement de Saint-Pierre et Miquelon. Cette partie de l’île est la plus peuplée, et le commerce de botte ou appt qui s’y fait, lui assure une certaine aisance. Rien n'y diffère d’ailleurs de ce que nous aVOnS vu sur les autres points, sinon l'absence de Français, C’est à peu près le mé quoique régularisé par la pré de prêtres, de tout ce d’une société. Ce
me genre de vie, sence de magistrats, qui constitue l’état normal le partie de l’île souffrait alors de la présence d’un cruel fléau qui n’y sév souvent. Une épidémie d’angine couë établie su: quelques points, e
it que trop nneuse s'était L'enlevait particulière ment les enfants. Quelques maisons où le mal faisait plus de ravages étaient tenues d de quarantaine.
Notre visite lcrminée, nous devions prendre congé de nos collègues anglais, et ce fut là que Nous nous séparämes. Nous avions fait ensemble une assez longue expédition, et, sans nul doute, elle avait été singulièreme par les excellentes
ans une espèce
nt facilitée et même égayée relations qu’il nous avait été donné d'entretenir avec Cux. Au lieu d’adve nous avions eu le bonheur de renc el des hommes dont 1
rsaires, ontrer des amis nt la loyauté et la droiture d'in-
tention ne s'étaient pas démenties un seul instant. Nous primes congé d’eux avec un vif regret et non sans conserver l'espérance (‘ire encore réunis quelque jour. Ensuite nous nous dirigeàmes vers
Saint-Pierre, tandis que le Ténare allait retourner à Saint-Jean de Terre-Neuve.
La France a jadis possédé tous ces doinuines que l'Angleterre occupe aujourd’hui. Elle les a possédés non-seulement par droit de conquête, mais, la plupart, par droit de découverte, et un esprit occupé de la gloire de son pays ne saurait oublier que le MalGuin Jacques Cartier fut le premier à reconnaître les eaux du Saint-Laurent et à s’aventurer dans ce fleuve immense.
Mais tous les peuples ont fait des découvertes, tous ont entrepris et mené à fin des conquêtes, tous, aussi, ont eu leurs jours de malheurs et de revers. Ce serait s’'abandonner au plus banal et au plus inutile de tous les regrets que de jeter encore un regard attristé sur des possessions anciennes qui, en réalité, ne nous ont jamais rapporté quoi que ce soit et dont la restitution, si on songeait jamais à nous la faire, devrait être repoussée comme un désastre.
Aussi n'est-ce pas en tant que propriété perdue que je m'arrêle à y penser, mais comme étant, par une particularité singulière, le point du globe où la “loire française, bien que stérilement acquise, à
il instant.
ret et non re réunis imes vers retourner
luinies que 1 possédés is, la plurit occupé ler que le
à recon- "aventurer
couvertes, êtes, tous, de revers. 1 plus inure un rees qui, en [oi que ce ait jamais omme un
té perdue étant, par lobe où la acquise, à
VOYAGE A TERRE-NEUVE. 261 été, à cerlains égards, sinon la plus grande, du
moins la plus pure, et, comme on dit, la plus chevaleresque.
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Nos premières entreprises dans ces contrées n'ont été ni faites ni même connues par le gouvernement. Elles ont eu pour auteurs quelques pilotes audacieux et des cadets de famille à la recherche des aventures. C'était au seizième siècle et au commencement du dix-septième, quand la nation avait encore conservé une ardeur dévorante que les guerres religieuses n'avaient pas réussi à épuiser, et que l'ordre renaissant dans l'État devait nécessairement conlrarier.
En 1578, Dominique de Gourgues s’en allait pour son propre compte, avec trois navires, faire la guerre aux Espagnols de la Floride. Après la victoire, les volontaires qui l'avaient suivi, et parmi lesquels un des miens eut l'honneur de se trouver, ne revinrent pas tous en Guyenne. Une bonne partie se dirigea vers le Canada. Dans le mème temps, d’autres, Basques, Gascons ou Normands, se répandaient dans tout le Nord-Amérique, sur des navires qui méritaient à peine le nom de barques, et s’établissaient avec leurs bandes sur le point du territoire qui leur convenait le mieux. Le bâtiment qui les avait apportés repartait pour la France, d’où il devait revenir avec l’année qui suivait, mais tantôt ilsombrait en route, tantôt il ne pouvait rassembler
les ressources sur lesquelles on avait compté, et de deux expéditions, une seule à peine réussissait à traverser les terribles phases de famine et de froid qu'elle était venue braver, et à se maintenir jusqu’à ce que les secours espérés lui arrivassent.
On peut assez se figurer ce que devait être l’existence dans ces petits forts construits à la hâte au bord de la mer, où huit à dix hommes résolus, et quelquefois moins, vivaient de misère en attendant une délivrance incertaine et se soutenaient par l'espoir de conquérir un jour une vie libre, large et opulente, et surtout, il faut bien le dire, par la passion d'aventures qui les dévorait.
Ils étaient entourés de sauvages, mais la faiblesse même de leur nombre leur avait imposé dès l’abord la loi de traiter les indigènes avec modération et douceur, et de ne pas tenter sur eux des entreprises violentes. Les rapports furent donc généralement amicaux. Les tribus de la côte, sauf de rares exceptions, accueillirent bien les nouveaux venus auxquels ils rendirent d’assez grands services ; souvent ils les sauvèrent des rigueurs du climat et des chances terribles de l'abandon, et ainsi s'établit une confiance mutuelle, des rapports journaliers qui facilitèrent singulièrement la tâche des missionnaires hardis qui, sur la nouvelle de la découverte de terres inconnues peuplées de paiens, allèrent rejoindre les aventuriers.
qu foi pé Soi tot pic lan die ver pal idé
té, et de ssissait à de froid r jusqu’à
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s la fait imposé 1vec mo- ‘ sur eux ‘ent donc Ôle, sauf lou veaux ands serrs du cli- , et ainsi ris jourtâche des le de la e paiens,
Gélaient, pour la plupart, des pères récollets,
Dans les temps qui suivirent, les jésuites prirent part à leurs travaux, surtout au Canada, et s’efforcérent d'appliquer dans ces vastes contrées les principes de gouvernement qu'il leur fut donné d’essayer avec plus de succès au Paraguay. Soutenus par le cabinet de Louis XIV, ils agirent avec un e:,semble de vue réellement imposant, peut-être mal calculé pour les lieux, peut-être impropre à servir tous les intérêts dont la surveillance trop directe était le but de leurs efforts, mais incontestablement remarquable par une grande et puissante logique dans l'application.
Les pères récollets ne firent rien de semblable, Ce furent des missionnaires et des apôtres, dans l'ancien sens du mot, Sans organisation politique, Sans autre plan que celui de répandre la foi et de convertir les sauvages à leurs risques et périls, tantôt on les voyait, dans les postes français, soigner les malades et partager tous les dangers, toutes les fatigues, toutes les souffrances des vaillants pionniers dont ils s'étaient faits les compagnons, tantôt, parcourant seuls et isolés les territoires indiens, habitant les wigwams des tribus, très-souvent s’y établissant pour toujours, et, devenus compatriotes de leurs ouailles, ne plus conserver des idées de leur jeunesse que la passion du prosélytisme et les vertus de leur état.
Ces pauvres récollets ont fait un bien incalculable. Ils ont exercé sur les indigènes une influence Gont les traces se voient encore aujourd'hui. Plusieurs d'entre eux, devenus savants dans la connaissance des dialectes indiens, ont laissé sur ces matières peu connues des travaux manuscrits considérables. L’invention d’un alphabet approprié à la nature des idiomes auxquels il devait s’appliquer, leur a même servi à répandre une certaine somme de lumières. Il n’y a pas à douter que si, dans les temps malheureux qui ont suivi la conquête anglaise, les Indiens sont restés fidèles à la religion qui leur avait été prêchée, il le faut attribuer en grande partie à l'impression profonde qu'ils avaient reçue de la bonté, du dévouement, des vertus inouïcs de ces humbles pères. Ils s’en rappellent encore, et à ne parler qu’au point de vue de la gloire humaine, à laquelle les récollets ne songeaient assurément pas, il est difficile d'imaginer un succès plus complétement obtenu.
Cependani, les aventuriers français n'étaient pas seuls à parcourir le pays. Tandis qu'ils y fondaient des établissements qui commençaient déjà pour quelques-uns à prospérer, et que nos anciennes expéditions de pêche s’appuyaient sur des bourgades créées au bord de la mer, les Espagnols d’une part, les Anglais de l’autre, cherchaient à établir aussi leur puissance dans ces parâges et déployaient
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ilculable.
nce Gont Plusieurs naissance ières peu les. L’inture des ra même lumières, nps mal- , les Inqui leur n grande nt reçue aouïcs de core, el iumaine, surément lus com-
aient pas fondaient éjà pour nciennes es bourols d’une à établir ployaient
VOYAGE A TERRE-NEUVE. 265 une activité el une audace qui ne le cédaient pas à celles de nos gens.
Graduellement, les Espagnols disparurent de ta scène, mais les Anglais y restèrent, s’y fortifièrent, el toutes ces contrées devinrent le théâtre d’une multitude de luttes locales d'autant plus acharnées que le plus souvent elles n'avaient d'autre cause que des haines personnelles entre les différentes bandes, les différents chefs, et résultaient plutôt d’une antipathie nationale, d’une rivalité ivrétiéchie que d’un Système politique bien coordonné et sincèrement voulu par des autorités dirigeantes. Nous avions nos tribus alliées parmi les indigènes; les Anglais eurent aussi les leurs. Nous avions nos poris de pêche, ils en fondèrent aussi. Nous poussions bien loin dans l’intérieur du Canada, de la Nouvelle- Écosse, de Terre-Neuve nos ex péditions de chasse, et nous semions un peu au hasard nos entrepôts pour la traite des fourrures. Ils nous imitaient conscien-
cieusement en tout ceci. On pouvait à Paris ou à
Londres combiner, en certains moments, un Sys-
tème de frontières et de limites. Sur les lieux, on
ne tenait aucun compte d'idées semblables, et des deux côtés on risquait des expéditions lointaines, on exécutait des prises de possession de terri-
(oires sans se soucier de ce que les gouvernements
métropolitains en penseraient.
L'omnipotence d’une administration centrale
était alors en France une chose assez nouvelle. Si on y obéissait, c'était moins par conviction que par faute de moyens d'y résister. Mais dans ces mers lointaines où les ordres de la cour ne parvenaient que de loin en loin, non-seulementles gouverneurs généraux suivaient à peu de chose près les seules impulsions de leur volonté, et recevaient souvent avec une égale indifférence les ordres et les contreordres qui leur arrivaient d'Europe, mais surtout les chefs des partis isolés et lointains se conduisaient, à très-peu de différence près, comme l'avaient fait les seigneurs féodaux des pays frontières, attaquant qi et comme ils le jugeaient bon et ne répondant de leurs actes à personne.
Cette situation, ou, si l’on veut, cette anarchie, était surtout poussée aux dernières limites dans l'ile de Terre-Neuve. La stérilité presque absolue du terroir avait arrèté jusqu’à la pensée d’y fonder jamais des établissements agricoles sérieux. La pêche y restait la grande et presque unique préoccupation. Les Anglais avaient établi leur siége principal à Saint-Jean qui est demeuré capitale de l'ile. Les Français considéraient Plaisance, située dans la baie de ce nom, comme leur place d'armes, mais les uns et les autres se répandaient à leur gré sur tout le pourtour de l’île et dans les bois de l'intérieur, cherchant à établir des points fortifiés où il leur plaisait, attaquant, brûlant, quand ils le pou-
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narchie, es dans absolue y fonder eux. La e préocge prin- » de l’île.
ée dans les, Mais gré sur le l’intéiés où il le pou-
VOYAGE A TERRE-NEUVE. 267 vaient faire, ceux de l'ennemi, et opérant avec des forces si peu considérables et tellement au hasard, qu'on à vu les Anglais de Saint-Jean marcher
pour surprendre Plaisance, dans le
lemps même que de Plaisance tous les habitants disponibles partaient Pour enlever Saint-Jean, et les deux entreprises réussirent également au grand étonnement des vainqueurs.
Ue qu'on appelait dans ces parages une grande expédition, se pouvait résoudre avec d'autant plus de rapidité et se renouveler d'autant plus souvent que les ressources dont on disposait de part et d'autre étaient très-faibles. C'était une armée redoutable que celle dont les forces atleignaient à cinquante Européens, soutenus de deux cents sauvages. On cheminait à l'indienne, à travers les bois, portant à dos les munitions de toute espèce et les pirogues nécessaires pour traverser ou descendre les cours d’eau; on cherchait à se surprendre réciproquement et dans le combat et après la victoire , on se lraitait avec le plus singulier mélange de courtoisie, de générosité: chevalerestques et de barbarie indigène.
Les hommes formés à ce genre de vie oni été souvent remarquables au plus haut degré. A la bravoure la plus froide beaucoup d’entre eux, et particulièrernent le chevalier d’Yberville, qui a laissé
un grand nom, joignaient une intelligence supé-
rieure dont les traces se montrent dans leurs communications écrites avec le gouvernement de Louis XIV. Mais il faut bien l'avouer : à juger des choses au point de vue de l’utilité matérielle dont les établissements du Nord-Amérique pouvaient être jamais à la puissance francaise, il y aurait eu beaucoup d’objections à soulever avant d’accepter les sacrifices que la métropole songeait quelquefois à s'imposer pour rendre plus fructueuse l’exploilatior de ces fondations lointaines. Il est difficile de douter que si nous avions réussi à nous y maintenir, nous n'eussions fait autre chose que nous préparer à nous-mêmes des embarras et des pertes analogues à celles que l'Angleterre a dû subir lors de la révolte des États-Unis, et dont elle n’aura pas épuisé la série tout entière tant qu'il lui restera une grande colonie.
La particularité dominante de l’histoire des contrées nord-américaines est celle-ci, que, pendant toute la durée de notre occupation, la guerre n’y à
Jamais cessé, En vain les deux gouvernements de
France et d’Angletetre vivaient en Europe dans une paix profonde et donnaient leurs ordres en. constquence aux établissements respectifs du nouveau monde, toute l’Acadie et Terre-Neuve voyaient les guerres partielles, les insultes de poste à poste se poursuivre sans discontinuer. Pendant la durée entière du règne de Charles IT, qui assurément n'avait
ns leurs ment de juger des elle dont aient être eu beauepter les elquefois l'exploi- | difficile y mainque nous es pertes ubir lors aura pas i restera
des conpendant rre n'y à nents de dans une n, CONSs6-
nouveau aient les poste se urée enit n'avait
pas des 1dées agressives à l'égard de la politique de Louis XIV, il fut impossible d'arrêter les hostilités, et, de Londres comme de Paris, les ordres les plus péremptoires et quelquefois les châtiments les plus durs tombèrent inutiles au milieu de cette mêlée. En fait, les gouvernements d'alors, dans toute leur puissance, ne disposaient pas des moyens nécessaires pou. régir à leur gré les possessions transatlantiques, et l’on était encore trop près du moyen âge pour que les notions d'indépendance personnelle *et de liberté turbulente qui s'étaient conservées dans la noblesse, fussent encore faciles à réprimer partout.
Les guerres de la Succession amenèrent pour Ja France des temps désastreux, qui pesèrent principalement sur nos territoires américains. Nous perdîmes des pays immenses, et quand on traita de la paix à Utrecht, nous n'avions plus conservé en réalité qu'une ombre de notre puissance évanouie. Cependant Terre-Neuve nous restait dans les limites où nous y avions toujours exercé nos droits, c'est-à-dire que nos gens s’y maintenaient en aussi grand nombre que par le passé, y possédaient les mêmes établissements, continuaient à surprendre les postes ennemis et à être surpris par eux, et péchaient comme à leur ordinaire sur tous les points du pourtour de l'île indifféremment, Lu guerre n’a-
vait pas autant favorisé les Anglais dans cesparages,
I ne fallait pas chercher la raison de cette situa- el tion particulière dans la façon plus habile ou plus le heureuse dont la métropole avait protégé ses enfants. G Tout au contraire. Terre-Neuve, qui ne rapportait N rien que les avantages de ses pêcheries et où l’on af n'avait pas songé à établir des forteresses, avait été cc peu soutenue etrarementravitaillée. Maisles Francais s’y élaient maintenus, grâce particulièrement à la pi stérilité du sol, qui leur permettait d'abandonner nc sans beaucoup de regrets les points momentanément qt
Fe trop exposés et à er: créer d’autres sans plus de gt peine. Il faut dire aussi que si l’on n'avait pas à ri Paris de grandes raisons pour aider à défendre et Terre-Neuve, de la même manière on n’en avait m pas non plus à Londres pour dépenser beaucoup de pe forces à en expulser nos gens. Ce fut dans cette de situation que s’ouvrit le congrès d’Utrecht, où la de plus grande partie des conquêtes d'outre-mer faites les sur nous fut reconnue et acceptée, de telle sorte que fo notre situation dans le Nord-Amérique se trouva jai complétement modifiée pour l'avenir. | di
Nous avions rèvé dans ces parages l'établissement | lag d'une nouvelle France; nous fûümes réduits à n’y | or plus voir désormais que l'intérêt de nos pêche- | né. ries. Le Gap-Breton ne nous fut laissé que parce ves que nous en démonträmes la nécessité à ce point tir de vue, et désormais ce ne fut plus une terre l
queleonque qui dût nous préoccuper, mais bien
tte situaou plus s enfants.
apportait | où l’on avait été Francais ent à la ndonner anément plus de ait pas à défendre "en avait acoup de ans cette t, où Ja 1er faites sorte que à {rouva
issement ts à n’y
pêche-
le parce
ce point
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ais bien
VOYAGE A TERRE-NEUVE. 271 en vérité, et en première ligne, le grand Banc et les opérations secondaires que nos armateurs pourraient y joindre. L'intérêt que nous portions au Nord-Amérique cessait absolument d’être colonial, agricole, industriel, Il se bornait, à n'être plus que commercial et surtout maritime.
Ge second point de vue l’emportait encore sur le premier, comme il l'emporte aujourd’hui. Personne ne méconnaissait l'importance d’une exploitation que son ancienneté rendait d’ailleurs chère à l’orgueil national, qui faisait le plus grand honneur à l’intrépidité et au dévouement de nos gens de mer, et qui était en réalité la pépinière des meilleurs matelots dont nos vaisseaux de guerre pussent se peupler. Il valait mieux cent fois pour nous perdre des territoires si riches qu’on püt les supposer que de laisser péricliter une pareille école navale. Avec les uns on nous dépouillait à la vérité d’espérances fort brillantes, mais qui, après tout, auraient pu ne janais se réaliser et qui, dans tous les cas, coûtaient fort cher ; avec ies autres, nous conservions l’avanlage immédiat, évident, indispensable, de rester une grande puissance maritime. Tous les efforts de nos négociateurs s’appliquèrent donc, en 1713, à sauvegarder, à consolider cette situation, jugée inestimable.
Dans cet ordre d'idées, le maintien de nos droits territoriaux à Terre-Neuve ne laissait pas que de
constituer un embarras éventuel. Les événements passés suffisaient pour établir assez clairement combien il serait difficile, une fois la paix signée, de faire tenir en repos la population de l'ile. On en pouvait induire sans peine que bientôt des conflits surgiraient avec de nouvelles complications, et qu'il n'en résulterait que la nécessité de dépenses considérables pour se défendre dans une île, en elle-même sans valeur.
On prit donc la résolution fort habile de se défaire d’un tel fardeau aussitôt qu’on en trouverait une occasion favorable, et on n'’attendit pas longtemps.
Il y eut lieu, dans le cours des négociations, de regagner le bon vouloir des ministres de la reine Anne. On leur offrit Terre-Neuve; ils l’acceptèrent avec empressement. La situation parlementaire leur rendait précieuse, à ce moment, une concession dont ils ne pouvaient apprécier les véritables causes, et qui, aux yeux de leur nation, pouvait et devait naturellement passer pour une conquête de leur habileté. Le gouvernement représentatif n’est pas toujours assez heureux pour n’employer que des moyens parfaitement droits. Là, plus qu'ailleurs peut-être, on aime et recherche les apparences. Le cabinet britannique, en éblouissant son parlement par la nouvelle acquisition qui n’était pas due à la force des armes, mais suivant lui au
serv sair' des
pare des nem d'YF édifi c'éta
nous
nements ent comonée, de >, On en s conflits s, et qu'il es Consile-mème
le se dérouverait as long-
tions, de la reine ’acceptèirlemenent, une les vérion, pou- Jur une nt repréur n’em- Là, plus rche les louissant qui n'éant lui au
VOYAGE A TERRE-NEUVE. 273 talent des négociateurs, ne jugea pas à propos de s'expliquer clairement sur la nature des restrictions que nous avions apportées à la cession dont il s’enorgueillissait, et il se contenta de dire vaguement que l’île appartenait désormais à la reine dans toute son étendue territoriale, et que les Français y renonçaient absolument, sauf une certaine tolér qui leur permettait de pêcher sur 1 côtes désertes, comprise entre le cap R le cap Normand au nord
Ce n'était pas là précisément ce que disait l’article du traité d'Utrecht, d’où allait naître le droit souverain des Anglais sur Terre-Neuve. Il consacrait la cession, mais de telle sorte que, tout en nous enlevant ie territoire, il nous laissait conserver le droit absolu de pêcher et de pêcher seuls entre les limites indiquées, où aucun Anglais ne pouvait ] exercer la même industr
ance a partie des aze au sud et
également ie. De plus, nous nous réservions la faculté d'occuper, seuls, le riv saire à nos établissements, d’y des cabanes pour nos gens,
age néces- Construire des graves, des chauffauts pour préparer le poisson, des magasins pour la conservation des denrées et ustensiles, et si nous r'enoncçions pleinement au droit d’hiverner sur les mêmes plages et d'y posséder des bâtiments de pierre ou même des vidente, dée qui el pour que,
édifices construits avec une solidité trop é C'était simplement pour rester fidèles à Pi nous faisait abandonner Terre-Neuve,
sous prétexte d'établissements de pêche, nos gens ne pussent songer à rétablir des postes qui n'eussent pas tardé à ressembler de tous points à ceux que l'on n'avait nul désir de voir renaitre, et qui n’eussent pas manqué de reproduire les inconvénients que l’on voulait éviter. Du reste, au point de vue de la pêche proprement dite, on ne nous concédait rien, on ne créait pas en notre faveur une situation nouvelle. Nous conservions purement et simplement la part de notre souveraineté ancienne, qui ne se trouvait pas aliénée par le traité, qui demeurait en dehors de ses stipulations, et nous restions maîtres d'exercer l’industrie de nos marins sur toutes les espèces de poisson, sans exception aucune et au moyen des engins qu'il nous plairait d’emplover.
A bien juger la portée d’une pareille situation, la france conservait à Terre-Neuve le seul privilége utile que püût offrir alors la localité. Elle se mettait
désormais en mesure d’en jouir sans conflit, sans difficulté, et on peut ainsi concevoir qu’elle ne cédait de cette façon, de ses anciens droits, que la part onéreuse et dont elle avait plus d’une fois expérimenté les périls.
Sans comprendre les choses aussi clairement en Angleterre, on s’y prèla avec facilité à l'exécution loyale de l’art. 13 d'Utrecht tant que dura la paix. Terre-Neuve n'avait qu’une faible population. Les côtes étaient fort étendues et les pêcheurs des deux
le Cle en Ve cu tra de, po la
cô La en de]
nos gens n'eussent ceux que jui n’eusnyénients de vue de concédait » situation mplement qui ne se eurait en Is maitres toutes les ane et au plover.
uation, la | privilége se mettait nflit, sans Ile ne céts, que la ne fois ex-
rement en ’exécution a la paix.
ation. Les s des deux
nations n'avaient pas besoin de dépasser leurs limites respectives pour exercer le manière satisfaisante, Quand la guerre recommença, nos pêcheurs, employés pour la plupart sur cadres, cessèrent momentanément de rages et quelques modifications se la situation nouvelle,
La ville de Saint-Jean, qui n'avait été jusqu'alors qu'un village, s’accrut un peu,
ur activité d’une
les esvisiter ces paproduisirent dans
La population de l’île tendit à se concentrer dans ses environs, et trés-naturellement prit si bien l'habitude de
pêcher dans le voisinage
immédiat, que lorsque les cabinets se réunirent pour signer la paix de 1763, les Anglais étaient établis en trop grand nombre entre le cap Raze et le Cap Buonavista, partie de
nos anciennes limites,
pour qu'il pût être question de les en expulser. Comme, avec raison, le cabinet de Versailles, tout abattu qu'il pouvait être, n'avait aucune propension à laisser diminuer l'héritage du traité d'Utrecht en ce qui concernait le point si vital des pêcheries, on tomba d'accord qu'il céderait la portion envahie, mais qu'il recevrait en échange la faculté d'exercer ses droits sur une ligne de côles qui s’élendrait désormais depuis le cap Buo- Lavisla jusqu'au cap Normand comme autrefois, £n y adjoignant toute la côte occidentale de l’île, depuis le cap Normand jusqu'au cap Raye. C’est en-
Core aujourd’hui la situation des choses.