MORAL
reilles idées sont des fantaisies puériles et sans utilité aucune ; que même il ne serait pas difficile de les convaincre d’une certaine immoralité; que ce dilettantisme en matière de sentiments aussi graves que ceux qui appartiennent au mariage ne laisse pas que de sentir son libertin, et qu’il faut se préoccuper non pas de la retenue quelquefois un peu feinte d’une épouse, non pæs de ce qu'eile a pu savoir ou ignorer, mais de la solidité de ses principes et de la claire notion de toutes chosesavec lesquelles elle prend en main le gouvernement de votre maison. |
Le pour et le contre peuvent se soutenir, et c’est là une question d’instinct ou d'éducation chez les hommes qui la discutent. Mais les conséquences du système américain sont des faits, et qui peut-être ne donnent pas l'avantage à ceux qui l’approuvent.
Les jeunes demoiselles, en entrant dans la vie comme des spéculateurs entrent à la Bourse, sont naturellement amenées à se bien pénétrer dé leurs moyens d'action et des obstacles qu’elles ont à vaincre. La beauté, l'esprit et le charme qu’elles peuvent avoir reçus de la nature représentent le capital disponible. TI s’agit non-seulement de le bien employer mais d’en multiplier autant que possible la force. De là une coquetterie qui, il faut bien le reconnaitre, n’a pas de limites. On dit avec raison des femnes orientales que ñe se jugeant propres qu’à un
seul usage, elles ne portent guère leurs pensées ailleurs. A certains égards, les jeunes filles américaines ne sont pas fort dissemblables de ce portrait. Elles veulent se marier, le reconnaissent hautement, et font tout ce qu’elles peuvent pour engager un mari, on pourrait presque dire pour l’attraper, en faisant miroiter aux yeux du célibataire sur lequel elles ont jeté leur dévolu, tout cé qui peut être de nature à l'entraîner à une déterminalion toujours très-sérieuse.
Elles ne se font donc pas grand scrupule de se mettre en dépense d’avances très-marquées, et aussitôt qu'une occasion se présente, elles la saisissent avec une franchise de résolution qui ne laisse pas que d’être assez bizarre pour les étrangers peu habitués à cette façon d’agir. Alors, rien ne leur coûte. On voit, dans un bal, une charmante fille de dix-sept à dix-huit ans, s'attacher au bras d’un danseur qui, une demi-heure auparavant, lui était complétement inconnu. Elle se promène avec lui d’abord dans le salon, puis elle l’entraîne ou, ce qui revientau même, se fait entraîner dans le jardin, s’égare ou se fait égarer dans les allées obscures, dansles kiosques ténébreux, donne un rendez-vous pour le lendemain chez elle où elle sera seule, poursuit cette intrigue sans que ses parents en aient le moins du monde avis et même se soucient d’en rien savoir, part pour la campagne avec l’heureux mortel qu’elle enguir-