‹ Voyage à Terre-Neuve [microforme]Chapitre 5 sur 47 · RU · texte numérisé non relu

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dans des tuyaux toujours jaunes, tou)

Décidément la journée devait être pluie commença à tomber pour tout

comme une aile protectrice ; ils étaient engoncés dans d’autres toiles cirées également jaunes, tournées en paletots ; enfin, leurs jambes s’enfonçaient

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cirée. Il ne se peut rien de plus lamentable que l'aspect de cet équipement, et le vent n'avait pas tort de renvoyer au-dessus le panache funèbre, épais et noir, sortant à flots de la cheminée de la machine. C'était l'aspect morne d’un enterrement,

lugubre. La de bon. La

mer était grosse ct le navire roulait assez. Se tenir

dans la chambre n’était pas commode.

On y est

mal à l’aise. Rester dehors vaut mieux, mais qu'y faire? Se promener, n’est pas trop possible quand le pied n’est pas parfaitement assuré, On glisse dans l'eau et on ne sait à quoi se retenir. On a beau imiter

la sage précaution de l'équipage, en s’e

ngloutissant

soi-même dans la toile cirée, on grelotte, C’est

alors qu’on doit résolûment se placer

en face de

soi-même, Il ;’agit de choisir comme jadis Hercule,

mais non pas entre le vice et la vertu,

entre l’'hu-

meur impuissante ou la patience imperturbable et

indéfinie. C’est la seconde qu'il faut p demment.

rendre évi-

Le soir était enfin venu. Dire dans quelle région

du ciel le soleil disparut ce jour-là, possible ; depuis le matin on ne s'était p

serait imas douté de

sa présence, Les ténèbres arrivaient graduellement, sombres, et l'on pourrait dire sales. Elles tombaient lourdes sur cette pluie mélancolique. L'horizon se resserrail. Le vent soufflait de plus en plus fort. Le panache de fumée flottait de plus en plus bas. Le clairon de l'équipage vint prendre place au milieu du pont et fit entendre son appel. Tous les hommes maîtres, matelots, novices, mousses, se rangèrent à droite et à gauche. L’officier de quart cria : « Attention !» L'aumônier se mit au centre. La voix de commandement, s’élevant encore une fois, fit retentir ce mot: « La prière!» Tout le monde se découvrit, et la prière cominença.

Il est impossible de voir un spectacle plus simple, plus grave et plus imposant. C’est ici la prière dans sa plus puissante application. Un pauvre navire est présent, livré avec les seules ressources du chanvre et du bois aux mauvaises intentions de l'Océan.

Le vent menace; celte nuit, peut-être, sera-ce pire. Denx cents hommes sont groupés sur ces planches, séparés de la communication du monde, et allant non pas où les mènent leur caprice, leur volonté, leur intérêt, mais où le devoir les adresse. Ils sont là bien petits, bien humbles, bien dénués : mais ils ne se souviennent de leur faiblesse qu’en une seule manière : ils prient. Ils prient à la face du ciel et de la mer, de l'ouragan, de la mort possible, et ils prient tranquillement comme il sied à

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des gens de cœur, Ils ne se méfient pas, ne songent pas à l'avenir, mais se confient à Dieu. Certes la vie pratique n’a rien de plus beau,

Îl est peu de marins qui soient sans religion, Ce ne sont pas des anges, sans doute, ni des saints non plus. Mais ils ont la vue des choses supernaturelles, parce qu'ils se sentent sans cesse à la merci de grandes causes contre lesquelles la force directe ne peut rien et où la chance, comme on dit, est le grand recours. Toujours en face d'un continue] peut-être, leur intelligence ne leur dit pas que ce qui est caché derrière soit le hasard aveugle.

Le lendemain, le sSurlendemain, les autres jours, le temps ne s’améliora point. Sans devenir jamais détestable, il continua languissamment à être triste, sombre et pluvieux, et on continua à le prendre en patience. Dans de telles OCCasions, on se couche à

six heures, on se lève à midi, bien entendu quand On n'a pas de devoirs à remplir. On lit ce qu’on n'aurait jamais eu le courage d'aborder en d’autres circonstances. Puis, un moyen de se rendre imperméable. La nuit, le jour, aiguisent l'imagination à la recherche de ce problème, Jusqu'ici cette précieuse découverte n’a pu encore se faire. Mais ce qui est pour tout ignorant un sujet constant d’ad- Miration et de surprise, c’est qu'avec un temps pareil et lorsque toute observation astronomique est

impossible pendant des jours e

nliers, on ne perde

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pas sa route. Dans des cas pareils, ce qui se conçoit lé plus aisément, c'est l'aventure de ce digne navigateur qui, vers 1815 ou 1816, alors qu’une longue interruplion, euusée par la guerre avait fait perdre la ‘ratique des voyages de Terre-Neuve, partit un jour de Bretagne ou de Normandie, avec l'intention d'aller chercher la morue dans le séjour qu'elle préfère. Le brave homme promena pendant deux mois son navire deci et delà, et reparut au sein de sa famille, déclarant avec franchise qu’il n'avait jamais pu trouver son île et, qu’en bonne conscience, il ne s’expliquait pas ce qu’elle était devenue. Ce sont là contes de marins, mais les gens de terre comprennent la vraisemblance de pareilles histoires, et en admirent davantage les raisons qui les rendent presque impossibles.

Les yeux sur la carte, s’aidant des éclaircies qui se font dans le temps, calculant sa marche, on suppute à peu près le temps nécessaire pour arriver sur le banc. L'ordre est donné de sonder tel jour, à telle heure. Le navire s'arrête, on sonde.On trouve le fond. On sait où on est, sur cette immense étendue de mer, lorsqu'on ue voit pas le ciel. La sonde vous le dit et, d’ailleurs, on a vu dès la veille passer le long du bord des godillons. Ce sont de petils oiseaux noirs, familiers sur les bancs où ils chassent le poisson. Le matelot qui les apercoit le premier vient annoncer cette grande nouvelle. Tous

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les yeux cherchent sur l’écume de la vague ce petit être qui est tout ce que depuis plusieurs jours qui? commençaient à paraître longs, on a vu de la créa lion animée. ,

Il est vivement à souhaiter que l'œil d’un marin ne tombe jamais sur ces pages, il tes trouverait un peu enfantines. Mais elles sont écrites pour la terre, et c'est pourquoi il est utile de dire que le banc de Terre-Neuve n'est pas ce qu'un vain peuple pense. Ge n’est en aucune façon une étendue de sable plus OÙ Moins couverte d'eau. C'est la pleine mer, et les navires flottent sans crainte au-dessus et le traversent dans tous les sens. On y trouve trente, quarante, quatre-vingts brasses et davantage. Mais autour de ces profondeurs qui restent toujours à peu près les mêmes dans une étendue de deux cents lieues, Ja sonde n'obtient plus de fond. On en a conclu avec raison, ce semble, que les bancs étaient de vastes plateaux sous-marins entourés de plaines encore plus déprimées.

Sur ces plateaux abondent les morues. Toutes les fois qu’on s'arrêta pour sonder, les amateurs de pêche laissèrent filer d'énormes lignes, et les dé- Sœuvrés suivirent ces opérations avec le plus vif intérêt, mais on ne prit rien. Les roues de la machine

furent plus heureuses, elles jetèrent quelquefoissur le pont des lançons

» Petits poissons qui servent à nourrir (oute |:

Seul marine à ailes et à nageoires.

Cependant le Gassendi faisuüit de la route malgré Je temps. Le malheur voulut que les choses n’en vinrent pas au pis, Car, dens ce cas, on serait allé aux Açores où on aurait eu chaüd, où on aurait vu des arbres. Mais nous ne fûrnes pas assez malencontreux pour être si heureux. Au lieu des Açores et tenant toujours bon, nous dépassämes le Banc à Vert, le Trou à la Baleine, particularités de la route d'autant plus remarquables, qu’on en parle beau- |

coup, mais qu'on n’en saisit rien, la sonde seule Ù

en révèie l'existence. Enfin, au milieu du vingtième .

jour, on découvrit au loin une espèce de brouillard Ù :

RU plus opaque que de coutume, et qui r’occupait qu'une petite place dans le sud-ouest. C'était l'ile (

| Saint-Pierre, et un peu plus loin Miquelon. | ÿ

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