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enfants y reviennent anrès eux, et des générations successives se dévouent à ces terribles épreuves. Les raisons de cet entraînement singulier sont difficiles à apprécier, cependant les voici à peu près :
On mettra en première ligne un goût immodéré pour une existence de périls et de difficultés trèsgrandes, sans doute, mais courtes, puisque les campagnes ne durent que six mois. Au bout de ce temps, on rentre en France, ou bien on va porter les chargements dans les ports de l'Amérique du Sud, de l'Espagne ou de l'Italie, ce qui présente un nouveau genre de vie et de nouveaux climats. Puis, dans ce travail parfois si exigeant, si disproportionné aux forces humaines, on a la satisfaction de se sentir dans une grande indépendance ; car le capitaine du navire des Bancs est presque un matelot comme ses hommes. IL a commencé comme eux, il mène la même existence, il travaille avec eux et autant qu'eux. L'égalité est donc presque parfaite. Dans les relâches, dans les intervalles du travail, le matelot ne se sent pas de supérieur, et c’est pour lui un grand point. Ilne faitrien que son intelligence et ses besoins ne lui disent utile et nécessaire, et, avantage auquel il paraît être plus sensible que le fait n’en vaut la peine en lui-même, il peut s'habiller comme il le veut, comme il l'entend.
Enfin, par-dessus tout, ce qui achève de lui
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VOYAGE A TERRE-NEUVE. 37 inspirer pour son mélier l'amour qu’il lui porte, c’est l'orgueil satisfait d'être reconnu pour un maitre dans sa: profession. Il se sait, il se sent estimé et précieux, il l’est à ses yeux propres. Il se lient pour quelque chose dans le monde, et il ne doute pas que cette opinion ne soit celle de tous les hommes, grands ou petits, qui le connaissent peu ou beaucoup. L'esprit français étant donné, on conçoit l'importance d’une telle conviction. Elle est déterminante, ct elle seule suffirait pour expliquer comment il peut y avoir eu et y avoir encore des pêcheurs des Bancs. Espérons qu'il y en aura toujours.
La France, j'ai dit plus haut depuis quelle époque, à toujours été la nation qui a fourni, proporlion gardée, le plus d'hommes à ce genre de navigation. Jadis les Espagnols nous ont fait concurrence ; mais, avec le déclin de leur marine, ils ont disparu de ces parages et nous achètent aujourd'hui ce qu’ils nous aidaient autrefois à recueillir au prix des mêmes misères.
Les Anglais qui rivalisent avec nous, et même, au point de vue du nombre, nous dépassent, ne sont nullement dans des conditions semblables. Leurs navires des Bancs viennent de Terre-Neuve qui est très-voisin, et y vont sans cesse porter leurs chargements. Ils n’ont, en réalité, à essuyer m des dangers, ni des fatigues, ni des travaux pareils ;
aussi eux-mêmes ne comparent-ils pas leurs équipages aux nôtres, dont ils avouent l'immense supériorité.
Les Américains ne se montrent pas en grand nombre et ne cherchent pas à lutter.
Il faut donc constater que nous sommes restés dans ces mers ce que nous y avons toujours été, même au temps où nous étions les possesseurs des terres voisines, d'excellents et hardis marins, des hommes intrépides et intelligents. Toutefois, avouons-le aussi et à regret : nous ne sommes RS aussi nombreux.
Une rue de Saint-Pierre, lorsque beaucoup de navires des Bancs sont en rade, ne laisse pas que de présenter un tableau mouvant et digne d’intérèt. Ces grosses faces brunies et graves jusque dans leur joie, qui se montrent à toutes les fenêtres, ces groupes d'hommes trapus et vigoureux qui remplissent les places, les parcourant de ce pas balancé ordinaire aux matelots, dont la démarche pesante rappelle toujours assez celle de l'ours polaire, les cheveux rouges des marins anglais qui viennent vendre la boitte, leurs yeux bleus à fleur de tête qui contrastent si parfaitement avec la mine refrognée de nos Normands et surtout de nos Basques, et, au milieu de cette vivante et insouciante allure de tous ces homines d'action, la physionomie au moins un peu coquine de neuf mar-
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chands sur dix, c’est là, je le répète, un spectacle qui vaut la peine d’être vu,
Le trafiquant de ces pays-là, qui n’a guére ouvert boutique que pour avoir affaire au matelot, a dû naturellement choisir ce client pour premier objet de son étude. Il n’était pas difficile de pénétrer promptement etcomplétementune nature aussi peu complexe et de deviner que lorsque, dans ces vastes poches, il se trouvait quelque argent, l'argent sortait aussitôt que l’on pouvait inspirer à son maître une fantaisie.
Comme rien n'était plus facile, il en est résulté
que le matelot, par son laisser-aller, son manque de défiance, a corrompu le spéculateur, qui, né sans (doute avec les instincts les plus honnêtes, est devenu généralement tout autre chose que consciencieux.
Avec les pècheurs des Banes, il n’y a pas grand succès à obtenir, parce qu’ils n’ont guère à dépenser, mais les Anglais vendeurs de boitte, sont dans une position toute différente. Ge sont, le plus ordinairement, des habitants de la côte méridionale de la Grande-Terre, gens aisés, pêchant pour leur propre compte et, lorsqu'ils ont livré leur capelan à nos navires, ayant les poches bien garnies. La question à résoudre pour les marchands, c’est d’attirer cet argent-là, genre de pèche qui demande un
peu d'habileté, mais beaucoup moins que celle du
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Quelques maisons respectables, comme disent les prospectus, ont établi cet usage d'avoir à la porte de leurs magasins une barrique d’eau-de-vie et un verre, et tout matelot qui entre est invité à user à discrétion et gratis de cette magnifique hospitalité.
Tout d'aborc : : 1ve homme est ému de tant de politesse. Il se c;oirait Géshonoré s'il se rendait suspect à ses propres yeux de lésinerie. Il est comme Orosmane et ne veut pas se laisser vaincre en générosité. Il remue son argent dans les profondeurs de ses chausses et paye immédiatement un baril de farine. Content de lui, il se verse un second verre d’eau-de-vie (ce ne sont pas petits verres), l’avale et, en essuyant ses grosses lèvres sur sa manche droite, il parcourt la boutique d’un regard satisfait.
Il commence à raconter ses affaires, et tout en parlant et disant ce qu’il a d'argent, ce qu’il espère gagner encore, les événements et incidents de la pêche et le reste, il entend que son hôte lui demande, avec une amitié qui le touche, s’il n’aurait pas besoin de planches.
Il y a une heure, il n'avait pas la plus légère idée qu'il eût besoin de planches. Mais, en ce moment, il sent de toute la force de sa conviction qu'il ne peut s'en passer. « Vous prendrez bien toutes les planches qui sont là? » dit le commercant. Le matelot pense judicieusement qu'un homme comme
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VOYAGE A TERRE-NEUVE. A1 lui doit prendre toutes les planches possibles et ne saurait jamais en avoir trop. Il paye et avale encore un verre d’eau-de-vie.
L'habile homme qui le tient harponné dirige les désirs du grand enfant d'après la connaissance qu'il acquiert bientôt de la somme contenue dans les poches. I] lui prend tout ce qu’il peut lui prendre et souvent il lui prend tout. Après la farine et les planches il lui impose du fromage, des clous, du lard, des gilets, des cravates, des barriques vides, de la quincaillerie, enfin ce qu’il peut. Les objets ne sont pas tarifés d’une manière bien exacte. L'interlocuteur est si aimable, son eau-de-vie si bonne, eton n’en est pas à quelques sous de plus ou de moins.
Quand il n’a plus rien, le matelot serre chalcureusement la main de son ami et retourne à son bord en chantant. Ce n’est que le lendemain qu'il s'aperçoit de toutes les belles acquisitions qu'il a faites, et que, s’il est marié, il commence à se gratter l'oreille, en se demandant avec inquietude ce que sa femme va penser ct dire.
Je ne fais ici qu’indiquer par une légère esquisse le portrait des marchands. Il n’est pas besoin d'y insister. D'ailleurs il en est de toutes les grosseurs, bien que tous fassent à peu près la mème Spéculation en gros ou en détail : la pèche du pê-
cheur. Les uns ne quittent guère la France, où ce sont
d'importants personnages. Geux-là ont comme des viviers pleins de matelots qu'ils nourrissent peu et mal et dontils extraient la substance par les moyens de compression. Les autres sont de riches spéculateurs, étrangers quelquefois, qui viennent s’éta-
1 blir à Saint-Pierre et qui possèdent aussi bien des
moyens de faire passer entre leurs mains l'argent que le ciel ne leur avait pas destiné tout d’abord. Enfin, il y a les petits trafiquants.
Les marins qui, voyant beaucoup de choses, et n'ayant pas un temps considérable à donner aux élucubrations philosophiques, aiment assez à rendre leurs impressions par des mots brefs, frappants et pittoresques, appellent tous ces messieurs des bamans, et le fait est que la ressemblance est assez grande entre les vendeurs de toutes choses qui exploitent ces parages et les commerçants indigènes des mers de l'Inde. Seulement, je suis porté à croire à quelque exegération dans le rapprochement. Les Européens sont infiniment plus rapaces que leurs confrères d'Asie.
Quoi qu'il en soit, voilà le caractère dominant du commerce de Saint-Pierre. L'empereur Napoléon [:, en définissant (oute espèce de négoce par cet aphorisme : « C’est un brigandage organisé,» a dit une vérité profonde. Puisque donc la permission de ec brigandage existe une fois, et qu’il n'y a guère de moyens directs de le réprimer, ce qui pourrait
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VOYAGE A TERRE-NEUVE, 3 arriver de plus heureux, ce serait de le voir s’augmenter. Là où il n’est pas possible d’avoir recours à la protection des gendarmes, la seule chose à faire est de multiplier le nombre des voleurs qui, dès lors, se surveillant les uns les autres, se tiennent en échec, avertissent les victimes des ruses trop perverses et finissent par s'entendre pour ne les dépouiller que dans une certaine mesure. Cet heureux résultat se- ‘ait-il douteux, et je n’oserais affirmer le contraire, il faudrait encore pour des raisons, cette fois, qui n'ont rien à démèler avec l'intérêt des pêcheurs, faire des vœux pour que l'établissement de Saint- Pierre rompe avec le passé et commence une nouvelle vie à laquelle tout semble lui donner des droits.
Saint-Pierre est situé à proximité de la Nosvelle- Écosse, de Terre-Neuve, du Canada, à l'entrée du golfe Saint-Laurent, Saint-Pierre n’est pas éloigné de l’Europe. Il n’est pas loin des États-Unis. Cette situation géographique le rend apte à un grand avenir commercial. Saint-Pierre doit nécessairement devenir un entrepôt où les soieries et les vins et les divers articles d'exportation que fournit la France se rencontreront avec les produits américains; et plus les colonies anglaises du Nord=- Amérique, le Canada surtout, feront de progrès dans la voie de prospérité où ils sont entrés désor- Mais, plus il sera inexplicable, plus il sera à dépio-
hl VOYAGE A TERRE-NEUVE.
rer que Saint-Pierre avance, de son côté, si lentenent vers l'avenir qui lui est dû,
Lorsque la France l’a acquis, après la malheureuse guerre de 1763, l'Angleterre le lui cédait en gardant le cap Breton. Au lieu d’une terre vaste et qu’on avait jugée susceptible d'arriver à une grande imporlance, on nous donnait deux îlots de rochers striclement bons, au jugement d'alors, à l'usage pour lequel on les réclamait de notre part, à servir d'asile à nos navires de pêche. Depuis 1763, rien n'a changé, en bien du moins, sur ce coin de terre abandonné. Pourvu jusqu'à l'excès de tous les moyens compliqués et de tous les rouages multipliés que chérit l'administration francaise, Saint-Pierre dépend de deux ministères; par un honneur qu'il ne mérile pas, il est censé tenir sa place dans les méditations des bureaux de la marine et des bureaux des colonies. Il à un commandant, un ordonnateur, un juge, un commissaire de police, un médecin, un préfet apostolique, un ingénieur, des commis en nombre plus que suffisant, des gendarmes et quelques artilleurs; mais, en revanche, et dans la réalité de l'expression, il n’est pas administré du tout. C'est un village où ni les rues ni les places ne sont pavées ni éclairées. Les habitants n’ont aucune espèce de droit municipal ; l'autorité métropolitaine s’est réservé le monopole exclusif de la sollicitude pour les intérêts locaux, et elle l’a si bien réservé qu’elle l’a
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VOYAGE A TERRE-NEUVE. 45 oublié tout entier dans un carton désormais perdu. Le droit de propriété n’est pas même constitué dans l'ile, et bien que le territoire soit fort petit, il n°y aurait pas encore un seul bout de route, maigré la présence de l'ingénieur, si deux commandants de navires de guerre n'avaient eu l’heureuse pensée d'employer leurs équipages à en faire quelques tronçons pendant les loisirs d’une relâche. Enfin, que dire de plus que ce dernier fait? Jusque dans ces derniers temps, Saint-Pierre n’a pas eu de correspondance postale directe avec la France. Il ne recoit les lettres et les dépèches que par Terre-Neuve où une petite goëlelte va les chercher deux fois par mois, pendant l'été. En hiver, les communications sont accidentelles. En un mot qui résumera tout ce qui précède, la nature avait voulu faire de Saint- Pierre quelque chose et l'administration s'y est refusée. Il serait à souhaiter qu’un regard de l’'Empereur tombâtsur ce coin du monde. Il pourrait en résulter de grandes choses.
Autrefois, dans r'idée qu’on se faisait d’une colonie désirable, on mettait en première ligne l’étendue du territoire, la beauté du climat, la fertilité du sol. Alors, composant à l'avance un roman, on se voyait maître, dans un avenir quelconque, de ma- Snifiques contrées, alimentant un grand commerce, payant beaucoup d'impôts, enrichissant la métropole. Mais la pratique a rarement donné raison à
des prévisions semblables, et l'histoire des colonies de tous les pays du monde est un peu comparable à l'histoire des naufrages.
Souvent, ot ne parvient pas à peupler d’une manière suffisante les territoires que l'on veut exploiter. D’autres fois, les maladies locales ou les diffvultés de l’acclimatation arrêtent violemment tous les progrès. Mais on a écarté ces difficultés; plus la contrée est grande, plus elle coûte cher à surveiller, à garder, à maintenir; et, quant à ce dernier point, il finit toujours par arriver un moment où, en raison même de ce que la colonisation a réussi, la colonie se détache de la mère-patrie qui, ainsi, perd d'un seul coup le fruit de tous ses sacrifices et voit la fin de ses illusions. J'entends bien dire, à la vérité, que, dans certains cas, la métropole gagne encore à la séparation et que, par exemple, l'Angleterre a plus de profits dans ses rapports avec les États-Unis devenus indépendants, qu’elle n’en obtenait jadis de la possession de la Nouvelle-Angleterre et des domaines adjoints. C’est fort bon à dire et d'autant plus que, si l’on n’avait pas inventé ce moyen de consolation, on n’en eût pas su trouver d’autres. Mais, de bonne foi, il appartient tout entier à la classe des vérités mal plantées dont parle Figaro, et on ne fera jamais admettre sérieusement par un homme de sens que si l'Angleterre pouvait avoir des gouverneurs à Washington, elle ne le préférerait pas
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VOYAGE A TERRE-NEUVE. 47 à y voir des présidents, d'autant plus qu’on ne comprend pas très-bien en quoi son commerce en serait diminué.
Nous avions Saint-Domingue, nous l'avons perdu; l'avenir espagnol de la Havane est bien incertain. Encore une fois, tout n’est pas assuré avec les belles et grandes possessions d'outre-mer.
Au contraire, on conçoit aisément qu’un établissement du genre de Saint-Pierre pourrait donner lieu à un essai d’une nature toute différente, C’est un rocher stérile, Jamais les habitants de ce rocher ne songeraient à se soustraire à la protection d'une métropole qui, dût-elle mème être ontreuse, même ètre oppressive, serait impérieusement imposée par toutes les lois de la nécessité. Sans métropole, ils ne pourraient ni se défendre, ni se garder, ni prospérer ; sans métropole, ils se trouveraient à la merci de toutes Les agressions; enfin, sans métropole, ils ne sauraient où aller finir leurs jours et profiter des fruits de leurs travaux; car un rocher n’est pas une patrie : on y vient, on y fait le commerce, on y passe plus ou ioins a années, on s’y enrichit, mais si l’on y ineurt c’est fortuitement, personne ne marque là son tombeau. Une telle colonie n’abandonnera donc jamais la mère-patrie.
Elle rapportera beaucoup par cette première raison qu'elle peut ne coûter presque rien. Il ne s’agit pas ici pour l’État de payer des primes aux cultures,
il n'y à pas de cultures possibles ; de construire des routes et des ponts, l’île entière n’a pas une lieue de long ; d'établir des casernes et des forts, 1l n’est besoin là que d’un seul canon, celui qui fait les signaux. Il ne faut rien déenser: il faut réduire au plus strict nécessaire le personnel administratif, et je l'imaginerais volontiers composé d’un chef unique, intelligent, responsable, contraint de faire tout par lui-même et seulement aidé par un très-petit nombre de subalternes. pue û la police, à l’administration proprement dite, à tout ce qui concerne les intérêts communaux, personne mieux que les habitants ne sait ce qui convient. La pédanterie bureaucratique pourra alléguer que, dans les débuts surtout, il se fera des écoles. Plus les erreurs seront multipliées, plus l'expérience viendra vite ; et, comme en somme, les erreurs seront senties dans toute
leurs mauvaises conséquences par ceux-là même qui les auront commises et que l'opinion publique sera là pour les signaler, il n’y a pas à craindre qu'elles se perpétuent. En somme, une administration véritablement propre à faire de Saint-Pierre ce qu'il doit être, doit elle-même reposer sur des principes américains. Elle ne doit pas former contraste avec les idées admises dans cette partie du monde et auxquelles toutes les imaginations, tous les esprits sont accoutumés, elle doit se rapprocher le Le
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VOYAGE A TERRE-NEUVE. 49 self government partout usitées dans ces parages, et l'action de la métropole ne doit se faire sentir que par l'impulsion, la direction de l'ensemble, et la protection. Ge que la métropole a surtout à faire, c'est d'amener des intérêts métropolitains et d'augmenter, de développer ceux qui existent déjà. Les mesures ne seraient ni difficiles à prendre ni bien nombreuses. Alors, plus encore que sur tous les points du nouveau monde, situés d’une manière moins favorable, on verrait s'élever sur cette plage plus d’aux trois quarts déserte aujourd’hui, des quais d’abord et bientôt des magasins nombreux. Des maisons de commerce importantes apporteraient et attireraient des capitaux dont le mouvementse ferait sentir dans toutes les colonies anglaises voisines, aux États-Unis et en France. Le système de liberté commercial dans lequel nous entrons semble fait exprès pour servir cette action ascensionnelle et, bientôt, à la place d’un village en bois, on aurait à Saint-Pierre une grande, belle, large et opulente cité commerciale, comparable peut-être aux plus belles villes de cette espèce.
La fortifier serait perdre de l'argent et des forces. Lar, en cas de guerre, s’il fallait la défendre, il y faudrait envoyer une garnison considérable dont le ravitaillement coûterait cher et emploierait, en la compromeltant, une cscadre dont les navires pourraicent être plus utileinent employés ailleurs. Ce n’est
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plus la mode dans les guerres modernes de brûler ou de piller les villes marchandes qui ne peuvent ni nuire ni inquiéter. Saint-Pierre serait d'autant plus à couvert de tout danger, qu’en somme sa prospérité étani le résultat de l’industrie et des capitaux anglais, américains et français, sa population étant inévitablement mixte, tout le monde serait également intéressé à lui accorder le perpétuel bénéfice de la neutralité; et quand même une des puissances belligérantes auxquelles nous pourrions avoir affaire jugerait utile d’yremplacernotre pavillon par le sien, ce ne serait jamais qu'une mesure transitoire, A la conclusion de la paix, Saint-Pierre nous serait nécessairement rendu comme il nous l’a toujours été en 1783, en 1802, en 1814, en 1815.
Une pareille œuvre serait une des plus belles qui pût être accomplie de nos temps, et des plus conformes aux tendances modernes. Ge qui en soi est toujours un grand mérite, et, on ne saurait trop le répéter, l'exécution en serait facile, puisqu’en réalité il ne s'agirait réellement que d’écarter des obstacles devenus ridicules, et d'aider un peu à la naissance de ce qui demande à naître.
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