ITALIE, ESPAGNE, ETC
L'Italie ou le tombeau de la peinture. — Citation de Platon. — Vue de Naples et de Florence. — La patrie des artistes romains. — Peinture chromo-duro-phane, par le chevalier Ferdinando Cavalleri. — Dissertation sur l'avenir de la peinture vénitienne.
Je n'accuse personne , mais l'art est tombé bien bas à Rome , à Naples et à Florence.
Les Allemands produisent peu de chefs-d'œuvre, mais ils produisent beaucoup de tableaux : s'ils ne rencontrent pas souvent le beau, du moins ils le cherchent. Leur exposition dénote beaucoup de vouloir, à défaut de génie ; mais on devine, en comptant les envois de l'Italie, que cette grande nation a renoncé à la gloire, qu'elle abdique et qu'elle ne veut plus.
Cependant le soleil de Florence n'a point pâli , le golfe de Naples est toujours aussi bleu, la plaine de Rome aussi sublime de tristesse et d'abandon ; les palmiers de Terracine et les chênes verts de Lariccia n'ont point dégénéré; le type itaUen n'a rien perdu
de sa large et vigoureuse beauté , et les musées encombrés de merveilles offrent toujours à l'imitation des artistes Raphaël et Salvator , Michel-Ange et Titien.
Un Athénien disait à un envoyé du roi de Perse : « Sais-tu pourquoi nos artistes inventent de si belles choses, tandis que les vôtres n'inventent rien? C'est que l'art est un oiseau des bois qui ne peut vivre qu'en liberté. On a beau suspendre des branches vertes aux barreaux de sa cage , lui présenter tous les matins de l'eau fraîche et des grains de millet , et siffler auprès de lui des airs mélodieux : il baisse la tête , il refuse de manger, il perd la voix; l'ennui le prend et l'emporte ^ »
Lorsqu'on entre dans la ville de Naples , après avoir passé sous deux portes basses dont l'une s'appelle la Douane et l'autre la Police , on tombe dans une foule bariolée de frocs et de fracs, de moines et de soldats ; le peuple crie et hurle d'une voix enfarinée en courant aux bureaux de loterie ; les Suisses font l'exercice sur les esplanades , et les canons du roi, rangés autour des places, pointés au bord des rues, regardent bouche béante le spectacle de l'allégresse publique. C'est pourquoi je n'ai rien à dire de l'art napolitain.
Florence est une ville de plaisir : les bouquetières y jettent des fleurs dans les voitures des étrangers ; le climat est presque aussi doux que celui de Nice , et les médecins le prescrivent aux poitrinaires. La paille de Toscane est fort estimée , et l'on en fait