‹ Voyage agricole et horticole en ChineChapitre 10 sur 39 · CHAPITRE TV · texte numérisé non relu

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Plantations et culture du Thé dans le district de Woo-e-Shan. — Observations météorologiques. — Climat. — Composition du sol.

Il est reconnu que rien n’est plus propre à faire apprécier exactement le climat d’une localité donnée que la nomenclature des végétaux quelle produit spontanément. Cette indication , à défaut d’observations tkermométriques , est souventd’une grande valeur. Aussi n’ai-je pas manqué d’inscrire, avec le plus grand soin, sur mon journal toutes les plantes cultivées ou sauvages que j’ai pu observer dans la grande con- Irée ci Thé noir qui constitue le territoire de Woo-e-Shan.

En consultant mes notes, j’y trouve les espèces végétales suivantes : le Camphrier (. Laurus camphora), plusieurs variétés de Bambou, le Pin de Chine ( Pi nus sinensis), Cunninghamia lanceolata, l’Arbre à suif, Yitex trifoliata, Buddleia Lindleyana, Abelia uniflora, un Spirœa ressemblant beaucoup au Spirœa bella, Hamamelis sinensis, Eurxja sinensis, la Rose Macartney et d’autres Roses sauvages, des Framboisiers, des Eugenias, des Quavas et autres plantes de la famille des Myrtes d’une espèce en approchant, le Gardénia florida et le G. radicans, plusieurs espèces de Violette , de Lycopode et des Fougères. Je n’ai pas besoin d’ajouter qu’on y trouve encore d’autres espèces ; mais j’en ai nommé assez pour donner une idée de la magnifique végétation de ces montagnes, si dignes de l’attention du botaniste.

Je dirai aussi quelques mots de la composition géologique de cette région, m’appuyant sur cette donnée très-probable, que le degré de prospérité auquel est parvenue la culture du Thé dans cette partie de la Chine doit être surtout attribué à la nature des roches qui concourent à la formation du sol.

Ces roches consistent en une strate d’argile dans laquelle se trouvent enchâssées, sous la forme de lits ou de dykes, de grandes masses de quartz traversées, dans toutes les directions.

par des bandes de granit d’un bleu noirâtre très-foncé. Cette espèce de granit forme généralement le sommet des principales montagnes de cette contrée.

Sur cette couche d’argile repose un conglomérat de grès, composé principalement de fragments anguleux de quartz, liés ensemble par une base calcaire alternant, parfois, avec un sable grenu très-fin dans lequel se montrent des lits de pierre à chaux dolomitique.

Le sol des fermes à Thé, dans le territoire de Woo-e-Shan, paraît, d’ailleurs, offrir de grandes variations. La terre la plus commune est une terre argileuse très-adhérente, d’un jaune brun. Lorsqu’on l’examine avec soin, on y trouve une assez forte proportion de matière végétale mélangée avec des détritus des roches ci-dessus nommées.

Dans les jardins et dans les plaines, au pied des montagnes, le terrain est plus foncé en couleur et contient une plus forte proportion de matière végétale; mais, le plus ordinairement, il est d’un jaune brun ou d’un jaune rougeâtre. Les Chinois préfèrent généralement, au point de vue de la culture, un terrain d’une richesse moyenne, pourvu que, d’ailleurs, les autres circonstances soient favorables.

Il y a, dans le Woo-e-Shan , des parties tout à fait stériles qui ne donnent que du Thé très-inférieur, tandis que, dans la même chaîne, une colline nommée Pa-Ta-Shan, près de Tong-Gan-Hien , produit la meilleure qualité. Le sol, sur le versant de cette colline, est d’une fertilité moyenne ; il contient une forte proportion de matière végétale mêlée d’argile, de sable et de débris de roches.

La presque totalité du Thé récolté dans ce pays provient de plantations existant sur les pentes de ces montagnes. J’en ai vu aussi, dans des jardins ou sur des terrains en plaine, qui offraient une végétation vigoureuse , plus forte même que celle des coteaux ; mais il faut dire que ces terrains de plaine se trouvaient encore fort au-dessus du niveau de la rivière et ne retenaient pas l’eau.

En résumé, je dirai que les plantations que j’ai été à même

d'observer dans toute la région environnant Woo-e-Shan croissaient et prospéraient dans les conditions suivantes :

1° Le terrain était d’une richesse modérée , de couleur rougeâtre, mélangé de débris des roches énumérées plus haut.

2° Il était tenu dans l’état de fraîcheur convenable par la composition même de ces roches et par l’eau qui coulait doucement sur les pentes des montagnes.

3° Le sol se trouvait naturellement drainé ; celui des coteaux par suite de sa disposition en plan incliné, celui des plaines par son élévation au-dessus du niveau des cours d’eau.

Ces circonstances me paraissent essentielles pour la réussite des plantations de Thé.

Température. Quanta la température du pays que je décris en ce moment, je déduis mes conclusions des observations faites, d’une part à Foo-Chow-Foo, et de l’autre à Shanghai. A Foo-Chow-Foo (25° 30' latitude nord), dans le mois de juin et le commencement de juillet, le thermomètre marque 85 à 95° Fahr. ; vers le milieu de ce dernier mois il s’élève à 100°, mais je ne crois pas qu’il dépasse jamais celte limite. Dans l’hiver de 1844-45, pendant les mois de novembre, décembre et janvier, le maximum fut de 78°, et le minimum de 44°. On voit quelquefois de la neige sur le sommet des montagnes, mais elle n’y reste jamais bien longtemps.

Shanghai est à 31° 20' de latitude nord. Les variations de la température sont bien plus sensibles ici qu’à Foo-Chow- Foo. Dans les mois de juin, juillet et août, le thermomètre marque souvent 105° Fahr. Il n’y a donc pas une grande différence avec Foo-Chow-Foo sous le rapport des grandes chaleurs; mais, pour l’hiver, la différence est bien plus considérable. Dès la fin d’octobre, le thermomètre descend fréquemment à la glace. Alors le froid détruit tout ce qui reste encore de coton à récolter, et les végétaux semi-tropicaux (, half tropical) qui se cultivent en plein champ. Décembre, janvier et février ressemblent à ce que sont les mêmes mois dans le sud de l’Angleterre ; le thermomètre y descend assez habituellement à 12° Fahr., et la neige couvre la terre.

A l’aicle de ces données, il ne nous sera pas difficile d’arriver à une appréciation exacte de la température des districts à Thé noir du Fo-Kien. Tsong-Gon-Hien , la ville principale du district de AYoo-e-Shan, est à 27° 47' 38" de latitude nord. D’après sa situation entre Foo-Chow-Foo et Shanghai, mais un peu plus vers l’ouest, nous sommes sûrs de ne pas nous éloigner de la vérité en admettant que les changements de température y sont plus considérables qu’à Foo-Chocv-Foo, mais beaucoup moindres qu’à Shanghaï. J’ai la certitude ([ne, prenant les mois d’été et d’hiver comme je viens de le faire, nous trouverons qu’en juin, juillet et août le thermomètre s’élève souvent, à Woo-e-Shan, à 100° Fahr., tandis qu’en novembre, décembre et janvier il peut descendre jusqu’à la glace ou même jusqu’à 28°.

Pluies, l’armi toutes les circonstances qui se rattachent à la culture du Thé, il en est une qui mérite d’être prise en sérieuse considération, c’est l’époque des pluies d’été. Toutes les personnes un peu au courant des principes de la physiologie végétale savent que l’habitude où sont les Chinois de cueillir les feuilles avant leur entier développement ne peut manquer d’être très -préjudiciable à l’arbuste; mais il se trouve que l’époque où cette opération a lieu est précisément celle où la mousson change du nord-est au sud-ouest, et où, conséquemment, l’atmosphère est saturée d’humidité par les fortes et fréquentes ondées que ce changement amène.

Les bourgeons se développent alors avec une nouvelle vigueur, et les branches ne tardent pas à se regarnir de feuilles. Après avoir examiné la question avec tout le soin possible, je reste convaincu que, malgré les bonnes conditions de température, malgré l’état de fertilité du sol et l’exposition favorable des plantations, sans ces pluies qui surviennent vers le printemps et le commencement de l’été, la culture du Thé offrirait peu de chances de succès. Tant il est vrai qu’il y a bien des choses à considérer quand il s’agit de déterminer pourquoi un végétal quelconque réussit dans tel lieu et ne peut réussir dans tel autre.

Culture du Thé. — Dans les districts à Thé noir comme dans ceux à Thé vert, on élève de semis, chaque année, une grande quantité de jeunes plants. Les graines, comme je l’ai dit déjà, sont mures dans le mois d’octobre. Lorsqu’elles sont récoltées, on les met dans des paniers, avec un mélange de terre et de sable un peu bumide, et on les garde ainsi jusqu’au printemps. Si on ne prend pas cette précaution , on est assuré qu’une grande partie ne germera pas. Ces graines sont sujettes à se gâter, si on les soumet à de brusques transitions de température, de siccité ou d’humidité.

Au mois de mars, les semences de Thé sont déposées dans le sol. Quelquefois on les sème tout de suite dans le lieu même où elles doivent rester; mais cette pratique est exceptionnelle. On procède généralement par semis épais, en pépinière, dans un carré de la ferme disposé à cet eifet; quelquefois même on utilise les vides qui se trouvent dans la plantation , en semant cinq ou six graines à chaque place où manque un arbre à Thé. Les semis de pépinière se font en rangées ou en planches.

A un an les jeunes plants ont atteint environ 26 ou 30 centimètres. Ils sont bons alors à transplanter. On plante les jeunes pieds de Thé en lignes distantes de 1 mètre 20 centimètres les unes des autres, par groupes de cinq ou six sujets, en laissant environ 1 mètre 20 centimètres également de distance entre chaque touffe. Quelquefois, lorsque le sol est pauvre, ce qui a lieu dans certaines parties du Woo-e-Shan, on place les jeunes plants en lignes, serrés les uns contre les autres, ce qui forme une véritable haie, lorsqu’ils ont atteint toute leur croissance.

Cette transplantation s’exécute toujours en mars ou avril , lors du changement de la mousson du printemps; les fréquentes et tièdes ondées de cette saison fournissent aux jeunes plants une irrigation salutaire. Ils peuvent croître alors et se fortifier sans qu’on ait à prendre d’autre soin que de tenir le terrain constamment net de mauvaises herbes.

Ce n’est qu’à la troisième année de plantation que commence la cueillette des feuilles. L’arbre ou plutôt l’arbuste à Thé, dans l’état de culture, n’atteint guère plus de 1 mètre 20 centimètres de hauteur.

Lorsque l’hiver est rude, les cultivateurs entourent de paille les jeunes touffes , pour les préserver de la gelée et de la neige qui fendent les tiges encore tendres.

Une plantation de Thé, vue à une certaine distance, a tout à fait l’apparence d’un jeune bois d’arbres verts. Le voyageur qui parcourt les montagnes de Woo-e-Shan marche sans cesse au milieu de ces verdoyantes plantations, qui recouvrent les pentes de tous les coteaux. Les feuilles offrent à l’œil une teinte d’un vert foncé qui contraste agréablement avec l’aspect assez nu et stérile que présente le reste du paysage.

Les habitants savent très-bien le tort que cause aux arbres la cueillette prématurée et successive des feuilles; aussi ont-ils soin de placer autant que possible les arbres à Thé dans les conditions d’une forte végétation avant de com-‘ mencer la récolte. D’abord on se garde bien de cueillir les feuilles jusqu’à ce qu’ils aient l’âge de trois ans, ou au moins jusqu’à ce qu’ils soient bien enracinés, et qu’ils aient poussé de vigoureux bourgeons. On regarderait comme une pratique très-vicieuse d’enlever des feuilles avant qu’il en soit ainsi. J’ai même remarqué que, dans les plantations tout à fait en âge et en bon état, les ouvriers ne touchaient pas aux arbustes les plus faibles, et passaient outre, afin de ne pas nuire à leur développement.

Mais en dépit de la culture la plus intelligente, quelque fertile que soit le terrain, il vient un moment où la plante perd de sa vigueur et dépérit ; arrivée à un certain âge, il n’y a plus rien à en attendre; aussi les bons cultivateurs sontils dans l’habitude de renouveler, chaque année, une partie de la plantation. Le terme à assigner à la durée des arbres à Thé ne peut pas être indiqué d’une manière précise, il dépend évidemment de plusieurs circonstances locales; mais

dans les conditions les plus favorables, cette durée n’excède guère dix à douze ans. Aussi très-souvent on les arrache lorsqu’ils approchent de cet âge; on bêche le terrain qu’ils occupaient, et on les remplace par de jeunes sujets.

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