‹ Voyage agricole et horticole en ChineChapitre 19 sur 39 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Culture du Riz.— Façons préparatoires.— Semis.— Plantation. — Arrosage.—

Récolte.

La profession agricole a été honorée et puissamment encouragée en Chine depuis les temps les plus reculés. Le cultivateur est plus haut placé dans ce pays que dans aucune autre contrée du monde, et l’empereur lui-même, comme on le sait , marque l’importance qu’il y attache en ouvrant lui-même, chaque année, la saison des travaux des champs. En qualité de fis du ciel et d’intermédiaire eulre la divinité et ses sujets, il consacre trois jours à un jeûne solennel, accompagné de prières; après quoi il ouvre, de ses propres mains, la terre avec la charrue, et y sème du Riz, témoignant ainsi l’intérêt qu’il attache à cette industrie, qui féconde le sol et contribue à assurer le bien-être de ces populations si agglomérées.

Toutefois il faut dire que le progrès de l’agriculture en Chine a été singulièrement exagéré par les auteurs qui ont écrit sur ce sujet. Le gouvernement chinois a toujours été si jaloux des étrangers et s’est tellement opposé à ce qu’ils pénétrassent dans le pays, que, d’une part, les personnes qui auraient été le plus aptes à juger de l’état de l’industrie rurale n’ont jamais pu le visiter, tandis que, de l’autre, les missionnaires catholiques auxquels il a été donné, à certaines

époques, de pouvoir pénétrer dans l’intérieur n’étaient nullement à môme d’asseoir une opinion éclairée sur ce point. Complètement étrangers à l’art agricole, ils ignoraient nécessairement les progrès qu’il avait pu faire dans d’autres contrées.

On ne doit pas, d’ailleurs, perdre de vue que, tandis que les autres nations européennes marchaient à grands pas dans la voie du perfectionnement, les Chinois, sous ce rapport comme sous beaucoup d’autres, restaient complètement stationnaires. Dès lors on comprend quelle différence énorme doit exister, pour ce qui concerne la pratique de leur agriculture comparée à celle des autres pays, entre l’époque actuelle et celle où les auteurs qui ont écrit sur la Chine publiaient leurs ouvrages.

C’est à ces écrivains, et plus encore à ceux qui les ont copiés servilement , que doivent être attribuées les nombreuses erreurs dans lesquelles on est tombé à cet égard.

Il n’y a pas de doute que, comme nation, à un point de vue général, les Chinois ne soient supérieurs, pour les opérations agricoles comme pour certains travaux d’art, aux Indiens et à d’autres peuples à demi civilisés-, mais il serait tout à fait hors de sens de les comparer, par exemple, à nos habiles fermiers de l’Angleterre ou de l’Ecosse. Autant vaudrait comparer leurs jonques, qui n’osent guère s’éloigner des rivages, à nos navires, qui sillonnent toutes les mers.

Sous la réserve de ces observations, je décrirai tout ce que j’ai pu voir et observer en fait de travaux de culture, ayant eu de fréquentes occasions, dans mes nombreuses excursions, d’examiner leurs différents procédés et de les noter dans mon journal.

Je commencerai par les provinces du Midi. Elles ont naturellement un caractère tropical et diffèrent complètement de celles du Nord tant sous le rapport du sol et du climat que sous celui des végétaux qu’on y cultive.

Le sol des parties montagneuses du midi de la Chine est ce qu’il y a de plus pauvre. On y voit des roches granitiques

qui ne présentent qu’une rare végétation, et le sol proprement dit n’est qu’un composé cl’argile desséchée, mélangée de débris de granit désagrégé. Ce qui contribue à entretenir le terrain dans cet état de stérilité affligeante, c’est l’habitude où l’on est île couper périodiquement les herbes et les buissons rabougris pour faire du feu. Quelquefois les gens du pays les brûlent sur place dans le but de rendre au sol un peu d’engrais; mais cela n’ajoute rien , en définitif, à sa fertilité. En général, ces localités sont encore à l’état à peu près sauvage ; la main de l’homme n’y a rien fait et n’y pourrait rien faire. On y voit seulement, de place en place, à la base des coteaux, des portions de terre disposées en terrasse, et où l’on fait venir soit du Riz, soit des Bâtâtes douces ou autres plantes potagères; mais ces parties cultivées sont dans une très-faible proportion avec l’immense quantité de terrains complètement improductifs.

À Amoy et dans tout le territoire qui l’environne, dépendant de la province de Fo-Kien, le sol des localités montagneuses est encore plus pauvre que dons celui de Canton. Sur les coteaux de l’île d’Amoy, le voyageur fait souvent plusieurs milles sans apercevoir même un peu d’herbe. On ne voit que masses de rochers granitiques se délitant sous l’action atmosphérique, et de l’argile rougeâtre comme calcinée. C’est, là, toutefois, que semble se terminer, du côté du nord, la partie stérile de l’empire chinois. Dès que vous arrivez sur la rivière Min, près de Foo-Chow-Foo, vous trouvez un sol beaucoup plus fertile. La scène devient tout autre; et ce changement n’est pas particulier à la province de Fo-Kien, il se fait remarquer également dans celle de Che-Kiang.

j’ai exploré, près de l’embouchure du Min, des montagnes d’au moins 1,000 mètres d’élévation au-dessus du niveau de la mer qui étaient cultivées jusqu’au sommet. Là le sol est une sorte de loam graveleux; ce n’est pas encore un terrain trèsriche, mais il a de la profondeur et contient une notable proportion de terre végétale ou humus. Il en résulte que le cultivateur chinois peut exploiter ce sol avec quelque profit. Tl y

a, d’ailleurs, on le concevra, des montagnes plus fertiles les unes que les autres. Dans les districts à Thé, par exemple, des deux provinces que je viens de nommer, le terrain est nonseulement de bonne qualité, mais bien supérieur à l’idée qu’on s’en forme généralement. Un des ouvrages les plus accrédités sur la Chine donne la description suivante de cette nature de sol :

« Le terrain où croit l’arbre à Thé, en Chine, est presque « entièrement composé de silice dans un état d’extrême dite vision, soit 84 pour 100, quelques parties de carbonate de « fer et d’alumine , et seulement 1 pour 100 de matière vé- « gétale. »

Comment et sur quel point celte analyse a-t-elle été faite, je l’ignore. C’est sans doute dans quelque localité à Thé noir des environs de Canton ; ce qu’il y a de certain, c’est qu’elle ne s’applique nullement aux terres des grands districts à Thé dont j’ai fait mention.

Quoi qu’il en soit, là comme dans les districts montagneux les plus fertiles de la Chine, on aurait tort de croire, comme on l’a dit souvent, que la totalité ou la presque totalité du terrain est en rapport. C’est, au contraire, la plus grande partie qui est inculte et dont le sol u’a jamais été travaillé , et j’éprouve le besoin de bien établir ce fait pour rectifier l’opinion de beaucoup de personnes qui s’imaginent que, grâce à l’habileté et à l’industrieuse activité du peuple chinois, il n’y a pas, en Chine, un pouce de terrain perdu pour la culture. Moi-même, je dois le dire, je le croyais ainsi avant d’avoir visité ce pays; mais je n’ai pas tardé à revenir de mon erreur.

Le sol des vallées et des plaines offre partout, du reste, sous ce rapport, des différences aussi tranchées que celui des montagnes et coteaux. Le niveau de ces plaines et vallées est généralement fort bas, souvent même au-dessous du fond des rivières et canaux. Dans la région méridionale, le sol consiste en une forte argile tenace mélangée d’un peu de sable, mais presque entièrement dépourvue d’humus. Telle est la composition de celui des territoires de Canton et de Macao, et en

résumé de toutes les provinces du Sud, moins le voisinage des grandes villes, où il est nécessairement bonifié par une forte et incessante addition d’engrais.

A 50 ou 00 myriamètres au nord de Hong-Kong, en même temps qu un changement visible se fait remarquer dans l’aspect des parties montagneuses, pareille chose a lieu pour les parties basses. Dans le district de Min, par exemple, le sol, au lieu de se composer presque en entier d’argile plastique compacte, renferme une assez considérable proportion de matière végétale, C’est un fort loam d’excellente qualité, comparable à nos meilleures terres à Blé de l'Angleterre et de l’Ecosse, et pouvant produire toute espèce de récoltes. Règle générale, on a remarqué que plus le niveau de ces terres est abaissé, plus il se rapproche du terrain argileux tenace , et vice versa. Ainsi je citerai, comme un exemple, les districts de Shanghai et de Ning-Po. Le sol de ce dernier est de quelques pieds plus bas que celui du premier; aussi renferme-t-il plus d’argile, moins d’humus, et est-il beaucoup moins fertile que le territoire de Shanghai, où se cultive le Coton.

Le Riz, qui forme la principale base de la nourriture de la nation chinoise, est naturellement la production à laquelle on attache le plus d'importance, surtout dans le Midi, où l’on peut aisément obtenir deux récoltes successives pendant la saison chaude, indépendamment de quelques végétaux plus rustiques qui se cultivent pendant l’hiver.

Le sol est préparé au printemps pour la première récolte de Riz, aussitôt que les produits de la culture hivernale sont enlevés. La charrue, traînée par un seul buffle ou par un jeune bœuf, est un instrument simple et même grossier; mais elle convient sans doute mieux pour cette fonction que la nôtre, qui est considérée par les Chinois comme trop lourde et trop difficile à manier (1). Le terrain a toujours été inondé

I A plusieurs reprises des charrues anglaises ont été envoyées en

avant que la charrue y passe; il s’ensuit que ce labeur consiste tout simplement à retourner une couche de boue de 18 ou 20 centimètres d’épaisseur, laquelle repose sur un lit d’argile compacte. La charrue n’entre jamais plus avant; conséquemment, le laboureur et l’animal rencontrent toujours un terrain solide à cette profondeur.

Le buffle, qui, dans les provinces du Sud, est le plus généralement employé pour ce labour, se prête très-bien à ce genre de travail, attendu qu’il se complaît dans la vase, et qu’on en voit souvent s’y baigner et s’y vautrer sur les bords des rivières et des canaux qui avoisinent les rizières. 11 est, sans doute, moins agréable pour le pauvre laboureur, qui, cependant, accomplit, en général, sa besogne avec gaieté.

Après la charrue vient la herse, destinée à briser et ameublir la terre, ou à enterrer l’engrais. Cet appareil n’est pas armé, comme les nôtres, de longues dents verticales. Le laboureur se place sur la herse et pèse de son poids pour bien écraser les mottes. Ces différentes façons ont pour objet non-seulement de diviser le terrain, mais de bien le mélanger avec l’eau, de le pétrir en quelque sorte et d’en faire une espèce de pâte.

Arrivé à ce point, il est dans les meilleures conditions pour recevoir les jeunes plants de Riz.

Avant de procéder à l’aménagement du terrain, on sème le Riz assez épais dans de petites pièces de terre fortement fumées, et les jeunes pousses sont en état d’être extraites de ces espèces de couches et repiquées en place lorsque les façons préparatoires du sol sont terminées. Quelquefois , avant de semer les graines de Riz, on les fait tremper, pendant un certain temps, dans un engrais liquide; mais cette

Chine et offertes, même gratis, aux cultivateurs; mais ils ont toujours refusé de s'eu servir. Au surplus, on trouvera dans les annexes, à la fin du volume , une description des différentes charrues usitées en Chine.

( yotc du traducteur.)

pratique n’est guère usitée que dans les parties méridionales de la Chine.

Les jeunes pieds sont enlevés avec soin de la couche et portés sur les pièces de terre, qui alors sont bien ameublies et recouvertes de 5 ou G centimètres d’eau. On les plante par petites touffes composées d’une douzaine de sujets, et en rangées espacées de 25 à 30 centimètres. Cette opération du plantage s’effectue avec une remarquable rapidité : un ouvrier prend une masse de pieds de Riz et en fait un tas sur la pièce à complanter; son coup d’œil exercé le met à même de savoir, à très-peu de chose près, ce qu’il en faut pour chaque champ; ensuite il en prend des poignées, compte dix à douze plantes, puis les place dans un trou qu’il fait en pesant sur le sol avec le poing. Aussitôt qu’il retire sa main, l’eau se précipite dans le trou, y entraîne la quantité de terre nécessaire pour recouvrir les racines, et l’ouvrier va plus loin, continuant toujours de la sorte. La plantation se trouve ainsi opérée sans autre difficulté.

Dans le Sud, la première récolte est bonne à couper à lu fin de juin ou au commencement de juillet. Avant que le Riz soit arrivé à sa complète maturité, d’autres pieds, provenant des semis sur couche, sont déjà grands et prêts à être repiqués aussitôt que la même terre aura été préparée poulies recevoir d’après la méthode que nous avons indiquée plus haut. La seconde récolte se fait ordinairement dans le courant de novembre.

Sous la latitude de Ning-Po, c’est-à-dire vers le 30e degré nord, les étés sont trop courts pour que l’on puisse procéder de la même manière; aussi les cultivateurs s’y prennent autrement afin d’obtenir deux récoltes pendant la saison chaude. Ils plantent le Riz de la seconde récolte, deux ou trois semaines après la première, en rangées parallèles disposées entre les autres.

La première plantation a lieu vers la mi-mai ; le Riz est mûr au commencement d’août. À cette époque, les rangées

de la seconde récolte n’ont atteint qu’environ 25 centimètres et sont encore vertes. Dès que la première récolte est enlevée, on laboure la terre entre les rangées de la seconde, et on enterre le chaume de la première comme engrais destiné à alimenter les plants restés dans le sol ; dès lors les pieds de la seconde plantation , sous la double influence de l’air et de l’engrais, se développent rapidement, mûrissent dans de bonnes conditions, et sont bons à récolter vers la mi-novembre.

Il tombe toujours une grande quantité de pluie, lors du changement de la mousson, dans le cours du mois de mai. Cette circonstance est très-importante pour le cultivateur nonseulement en ce qui concerne sa récolte de Riz, mais aussi pour les autres opérations agricoles qui s’exécutent à cette époque de l’année.

On parle souvent de celte espèce de régularité, en quelque sorte mécanique, qui préside à tous les travaux des Chinois ; mais, en y regardant de près, on se convaincra, au moins pour ce qui tient à l’agriculture, que leurs diverses occupations sont déterminées moins par une règle de pure fantaisie que par la force des choses et les lois de la nature elle-même.

C’est en se fondant sur ces données naturelles que les agriculteurs du Céleste Empire sèment chaque année, exactement à la même époque, soit le Riz et le Coton dans les terres basses, soit les Bâtâtes sur les hauteurs. Mais cette régularité parfaite et qui ne se dément jamais n’est pas l’effet d’une ancienne routine ni du respect pour les ordonnances du gouvernement ; elle tient à ce que le laboureur chinois sait, par expérience, qu’à ce moment de l’année il survient toujours des pluies abondantes qui pénètrent la terre et saturent également l’atmosphère d’une bienfaisante humidité jusqu’à l’époque où les jeunes plants ont acquis assez de force pour s’assimiler les principes nutritifs du sol.

Pendant tout le temps de la croissance des pieds de Riz, le terrain est constamment baigné, suivant la quantité d’eau que l’on peut avoir à sa disposition. Les terrasses qui occupent le

bas des coteaux reçoivent l’eau provenant des sources des montagnes plus élevées. Les champs qui sont dans le voisinage des rivières ou canaux sont irrigués par le moyen de la roue à eau, qui est en usage dans tout le pays.

Ces roues à eau sont de trois sortes. Le principe est le même pour toutes trois; la différence ne se trouve que dans le moteur qui les fait agir. Les unes sont mues à la main, d’autres avec le pied, d’autres enlin à l’aide d’un animal quelconque, soit plus généralement d’un buffle ou d’un jeune bœuf.

Le Riz est donc constamment baigné jusqu’à sa maturité, ■et alors l’eau ne lui est plus nécessaire. On considère comme une chose très-utile d’y donner, dans le courant de l’été, un -ou deux sarclages pour enlever les mauvaises herbes.

Lorsque le Riz est mûr, on le coupe à l’aide d’un petit instrument ressemblant à notre faucille. En général, on le bat immédiatement sur le terrain même; quelquefois cependant, et surtout dans le Nord, on le met en gerbes et on Je transporte à la ferme pour être battu. Au reste, c’est une remarque à faire, que , dans les provinces septentrionales de la Chine, les travaux de la culture offrent une assez grande analogie avec ce qui a lieu en Europe.

Le mode de culture en terrasse a été mentionné par la plupart des auteurs qui ont écrit sur la Chine; mais presque toujours il a été, comme beaucoup d’autres sujets, ou trop vanté, ou injustement déprécié. Il m’a paru, d’après tout ce que j’ai vu, que c’est sur les coteaux qui bordent la rivière de Min, près de Foo-Chow-Foo, que ce système est le plus habilement pratiqué. En naviguant sur cette rivière, on aperçoit celte quantité de terrasses s’élevant les unes sur les autres comme autant de gradins sur les flancs des montagnes, quel quefois jusqu’à une hauteur de 2 à 300 mètres.

Lorsque la récolte du Riz ou des autres plantes est encore peu avancée , ces terrasses sont toutes revêtues d’une luxuriante verdure, et semblent autant de jardins suspendus dont l’aspect riant tranche sur la triste nudité des montagnes.

Le système de la culture en terrasses a été adopté par les Chinois soit pour favoriser l’irrigation qui leur est si nécessaire , soit pour empêcher les fortes pluies de déchausser les plantes et d’entrainer toute la terre végétale dans le fond des vallées. Aussi voit-on presque partout, sur les pentes de ces montagnes, de ces espèces de terrasses non pas aussi régulières et aussi nivelées que celles où l’on cultive le Riz ou les Bâtâtes, mais qui sont destinées à arrêter la force des eaux pluviales dans leur descente rapide et à prévenir la dégradation du sol.

Le Riz n’est cultivé que sur les terrasses qui occupent le bas des coteaux ; on a toujours soin d’y amener, par dérivation, l’eau de quelque source et de la faire couler sur toute la surface. Lorsqu’elle a atteint une hauteur de 0m,8 ou 0m,10, ce qui est suffisant pour le Riz, on fait écouler le surplus, dans la terrasse au-dessous, par une ouverture pratiquée à cet effet, et ainsi de suite jusqu’à la dernière; et enfin, lorsque les tiges du Riz commencent à prendre cette teinte jaunâtre qui annonce qu’elles approchent de leur maturité (when the crops assume a yellow ripening hue), on laisse écouler toute l’eau dans un canal inférieur.

Ces sources, on doit le concevoir , constituent la richesse des agriculteurs des régions montagneuses, et, comme elles viennent toujours des points culminants, il est facile de leur donner la direction que l’on veut pour l’arrosage successif des différentes récoltes.

Aucune des opérations rurales ne plaît autant aux cultivateurs chinois que ces travaux de dérivation et de conduite des eaux à travers les différentes cultures. Dans le cours des explo- • rations agronomiques et horticoles, ils appelaient souvent, mon attention sur ce point, et je ne pouvais leur causer un plus grand plaisir que de leur exprimer combien j’appréciais leur habileté dans la pratique de ce système d’irrigation.

Du reste, ils ne l’appliquent pas seulement à la culture du Riz et de certaines plantes potagères, ils l’emploient également pour les plantations. Je me souviens qu’à une certaine

époque, ayant lait planter des arbres de haut jet et des arbustes dans le jardin de M. Dent et comp., h Hong-Kong, je leur fis d’abord donner un copieux arrosage, et je donnai l’ordre au jardinier de recommencer le lendemain matin. Je ne fus pas peu surpris, en m’y rendant deux jours après, de trouver un petit cours d’eau divisé en plusieurs rigoles qui serpentaient au milieu des pieds nouvellement plantés. Je m’informai, et je sus que le jardinier avait dérivé une source provenant d’une colline voisine, ce qui lui avait paru plus facile et plus commode que de transporter à plusieurs reprises, pendant un certain temps, les tonneaux d’eau nécessaires à cet arrosage, et ce qui, de plus, était sans doute meilleur pour le but qu’on voulait atteindre.

Page 1