IN
manqué et que les vents du siroco, plus forts, cette année, que de coutume, se fissent encore sentir en novembre, les jeunes Thés ont parfaitement résisté, et c’est à peine si les feuilles les plus tendres ont souffert de ces coups de vent.
« Les jeunes pieds, bien repris et vigoureux, présentaient déjà, au départ de M. Liautaud, des boutons à tleur prêts à s’épanouir, ce qui peut faire espérer que ces arbres ne tarderont pas à donner des graines, et qu’étant semées dans diverses localités de l’Algérie elles pourraient fournir des variétés ou des races plus rustiques et appropriées au climat. »
Le 22 du même mois de décembre, l’auteur de cette note donne lecture d’un fragment, traduit par lui, de l’ouvrage de M. Robert Fortune, signalé par M. de Jussieu.
A la suite de ces diverses communications, la Société décide que des extraits des deux volumes successivement publiés par Robert Fortune seront traduits d’après les indications et sous le contrôle de M. Rrongmart, et insérés dans le recueil des Mémoires.
Tel est l’historique exact de l’origine de la publication dont il s’agit.
Quelques mots maintenant de l’ouvrage dont ces fragments sont extraits.
Peu de temps après qu’on eut reçu en Angleterre la nouvelle de la paix conclue avec les Chinois, dans l’automne de 1842, M. Fortune fut chargé par la So- 1 ciété d horticulture de Londres de se rendre en Chine,
on qualité de botaniste voyageur. Il partit au printemps de 1843 , explora cette contrée pendant près de trois années au point de vue de la botanique et de l’horticulture , et de retour en Angleterre publia la relation de son voyage.
L’intérêt que présentait ce volume détermina le bureau «le la Compagnie des Indes à donner mission à M. I ortune de visiter de nouveau le Céleste Empire. Il devait, d’après ses instructions, y rechercher, d’abord et principalement, tout ce qui se rapportait à la culture de l'arbre à Thé, ainsi <ju’à la préparation du Thé, aux moyens d’introduire cette culture et cette préparation dans les établissements anglais de l’Inde; en second lieu, réunir tous les renseignements qu’il pourrait se procurer sur l’agriculture et l’horticulture des Chinois.
M. Fortune retourna en Chine en 1848, consacra deux années à en explorer les principales provinces, visita des contrées et des districts à Thé où aucun Européen n’avait jamais pénétré. Le récit de cette nouvelle exploration forme l’objet d’un second volume publié, à Londres, en 1852.
La double publication de M. Fortune n’est pas seulement agricole et horticole. Tout en se livrant à ses recherches spéciales il a pu étudier les moeurs, les usages, les caractères, et les a dépeints en observateur consciencieux et véridique. Ce n’est certes pas la partie la moins pittoresque et la moins intéressante de son ouvrage. Toutefois la Société impériale et centrale d’agriculture n’avait à s’occuper que de ce qui rentrait essentiellement dans le cercle de ses travaux ; aussi , nous conformant fidèlement aux instructions émanées
(le son bureau, n’avons-nous traduit <jue la partie purement agronomique , omettant, à regret , des détails qui eussent, nous n’en doutons pas, offert aux lecteurs un véritable attrait.
Les difficultés et objections soulevées par les honorables membres qui ont pris part à la discussion relative au Thé, que nous avons rapportée plus haut, se trouvent, en partie, résolues par la publication de ce livre.
La question du climat est la seule qui puisse présenter encore quelque incertitude (pour la France seulement, car, pour l’Algérie , elle paraît aujourd’hui favorablement jugée) (1); mais celles de la préparation et du prix de revient sont bien simplifiées par les renseignements que le voyageur anglais a été puiser, à bonne source, sur les lieux mêmes. La préparation, dégagée du prestige mystérieux qui l’environnait et qui en faisait exagérer les difficultés, se réduit à des procédés d’une exécution très-simple. Pour cette manipulation comme pour toute autre, une certaine pratique est, sans doute, nécessaire; mais nous en connaissons maintenant le secret, et il y a tout lieu de croire que ce que la Compagnie des Indes a pu faire pour les établissements de l’Inde ne sera pas impossible à la France.
Le principal mérite de l’ouvrage de M. Fortune, après le caractère scientifique qui domine la question , est le cachet de. véracité de ses descriptions. Ayant réussi, comme nous venons de le dire, à pénétrer dans des con-
(1) Voir daus les notes les informations récemment transmises par M. Liaulaud sur les résultats déjà obtenus par lui en Algérie-,