CHAPITRE XI
Description de Hong-Kong. — Productions végétales, — Climat.
Bien que j’eusse souvent entendu parler de la stérilité et de la nudité des collines de cette partie de la Chine (1), j’avoue que la réalité a dépassé mes prévisions. Vues de la mer, les pentes de ces coteaux paraissent complètement grillées par le soleil, et, ne présentent à l’œil , sur toute leur surface, que des roches de granit et d’argile rougeâtre. On n’y voit que des arbres rabougris, qu’on emploie généralement comme combustible et qui ne pourraient servir à d’autres usages. Une espèce de Pin ( Pinus sinensis) semble défendre sa vie contre les fâcheuses conditions dans lesquelles il est placé, et, par suite de l’habitude où sont les gens du pays d’en couper fréquemment des branches pour le feu , il reste constamment chétif et mal conformé.
Est-ce donc là, me disais-je, ce pays de Camélias, d’Azaléas, de Roses dont on parle en Angleterre? Quel contraste entre cette terre désolée et nue et les belles collines, les magnifiques vallées de Java que je venais de parcourir tout récemment! Dans cette île, où la nature est si prodigue, du rivage de la mer jusqu’au sommet des montagnes, s’étalent les
(1) Dans son premier voyage , le 6 juillet 1843 , M. Fortune abordait eu Chine, près de Canton. Il retrace ainsi ses premières impressions.
ISote du traducteur. }
trésors de la plus riche végétation, et, soit que le soleil se lève sur cette belle scène, soit qu’il l’éclaire de ses derniers rayons, on ne peut se lasser de contempler un si admirable tableau.
Hong-Kong est une des principales îles- existant à l’entrée de la rivière de Canton. Elle a environ 8 milles anglais (près de 13 kilomètres) de longueur sur 6 milles au plus (9L600) de largeur. Ses contours sont, du reste, fort irréguliers. Le sol en est presque exclusivement montagneux, offrant une quantité de ravins et de rochers qui s’abaissent de tous côtés vers la mer. Ces ravins renferment une quantité de sources dont l’eau est très-renommée, ce qui a fait donner à l’île ce nom de Hong-Kong ou plutôt de Heang-Keang , ile des bonnes eaux, ou. littéralement, sources parfumées. Pendant la saison des pluies, ces petits cours d’eau se gonflent rapidement et deviennent autant de torrents qui entraînent tout sur leur passage.
D’après cette description, on comprendra qu’il y a trèspeu de terrains susceptibles de culture. La seule partie qui soit dans ce cas est un petit vallon nommé Wang-Nai-Chang, et que les Anglais avaient appelé V Heureuse vallée, à environ 4 kilomètres de la ville : il ne se compose guère que de 8 ou 10 hectares. 11 y a encore, de place en place, dans le bas des coteaux , quelques pièces de terre cultivées et quelques (errasses, mais d’une minime étendue.
Autrefois les naturels du pays cultivaient le Riz et quelques légumes dans le Wang-Nai-Chang ; mais, comme l’endroit était malsain, le gouvernement impérial, attribuant l’insalubrité au séjour de l’eau dans les rizières, défendit toute espèce de culture.......
Le climat de Hong-Kong est peu agréable ; il paraît, d’ailleurs, assez peu favorable à la santé des Européens qui y résident, et même à celle des indigènes. Pendant les mois de juillet et d’août , les plus chauds de l’année, le maximum de chaleur indiqué par mon thermomètre de Fahrenheit a été de
94° (34° 44 centigrades), et le minimum de 80° (26ü G7 cent.). Dans l’hiver, le thermomètre descend quelquefois à glace, mais rarement. Même au milieu de l’hiver, quand le soleil paraît, il est presque impossible de sortir sans un parasol, et ceux qui s’y hasardent portent souvent la peine de leur imprudence. L’air est alors étouffant, et on ne trouve nulle part un abri pour se garantir des rayons brûlants du soleil.
Quelquefois, au contraire, le vent tourne subitement au nord et devient si froid, qu’on est obligé de faire du feu. Au total, pendant tout le cours de l’année, on y est exposé à de fréquentes et brusques variations de température.
La botanique de File présente un véritable intérêt ; elle en offrait, du moins, il y a quelques années, alors que les plantes qui lui sont spéciales étaient moins connues qu’elles ne sont aujourd’hui. Les plus remarquables, sans aucun doute, dans la flore de Hong-Kong, sont les diverses espèces de Lagerstrœmia. Il y a, entre autres, deux ou trois variétés à magnifiques fleurs rouges, blanches et violettes, qui sont, à proprement parler, l’Aubépine de la Chine, et qui surpassent même en beauté les plus jolies variétés de cette gracieuse famille.
J’ai trouvé fréquemment le Lagerstrœmia à l’état sauvage sur le bord de la mer. Un peu plus haut, j’ai pu observer Ylxora coccinea croissant par milliers dans les fentes des rochers, et dont les corolles écarlates resplendissent éclatantes sous le soleil de Hong-Kong. Du reste, on trouve en quantité, dans ces ravins, des Fougères et des plantes grimpantes, mais qui n’ont aucun intérêt au point de vue de l’agrément. Je dois cependant citer exceptionnellement la Chirita sinensis, très-jolie plante à fleurs lilas ressemblant à la Digitale et qui croit sous les rochers. J’en ai envoyé à la Société d’horticulture de Londres, èt elle commence à se répandre en Angleterre.
Une remarque assez digne d’intérêt ressort de l’examen des productions végétales de Hong-Kong, c’est que les plantes les plus belles se trouvent à 4 ou 509 mètres d’élévation. Dans
les provinces du nord de la Chine, et notamment dans les parties montagneuses, près de Ning-Po, les mêmes plantes ont leur habitat à une élévation beaucoup moindre, et sur les hauteurs on ne trouve guère que certaines graminées, des Rosessauvages, des Violettes.
Ceci sert à prouver à quel point les plantes modifient leurs habitudes suivant les climats, choisissant un habitat plus ou moins élevé suivant que la contrée est placée sous une latitude plus ou moins froide. Ainsi les Azalea couvrent ici les pentes des montagnes à 5 ou 600 mètres au-dessus du niveau de la mer, tandis qu’au-dessous de cette limite vous n’en trouvez plus trace.
11 en est de même du Polyspora axillaris (1) et d’une autre plante, peut-être la plus belle entre toutes, dont les Chinois sont grands admirateurs, YEnkyanthus reliculatus (2). Elle fleurit en février ou mars, c’est-à-dire à peu près vers le renouvellement de leur année, et, lorsque cette époque arrive, ils en décorent leurs maisons. Ils enlèvent les branches un peu avant la floraison et les placent dans l’eau. Les lleurs ne tardent pas à s’épanouir, et se conservent, pendant plus de quinze jours, aussi fraîches et aussi belles que si la plante était restée en terre avec ses racines. Les sommets de ces montagnes sont couverts aussi, pendant l’été et l’automne, d ’Arundina sincnsis (orchidées), de Spathoghttis Fortuni.
Le Pinus sincnsis est, comme je l’ai dit, assez commun à Hong-Kong, comme, au reste, sur tout le littoral de la Chine. Le Cunjiinghamia sincnsis s’y voit rarement, bien qu’il abonde sur la terre ferme. L’arbre à suif y vient naturellement, mais les habitants de Hong-Kong n’utilisent pas son fruit. On y voit aussi en assez grande quantité diverses variétés de Liguier. Il en est une, notamment le Ficus nitida, qui affecte quelquefois une forme très- élégante. Plusieurs espèces de Bambou y
(1) Camellia à fleurs axillaires ( Camellia axillaris), Ro \b.— Polyspora axillaris, Sweet.
(2) De la famille des Éricées.
croissent et paraissent s’y plaire; elles forment parfois, et dans certaines situations données, un très-bel ornement pour le paysage.
Je quittai Hong-Kong le 23 août, et je fis voile pour Amoy. Les collines du littoral de ce district sont plus nues et plus stériles qu’aucune de celles que je me rappelle avoir vues en Chine. Elles sont formées de roches de grès très-dur et n’offrent aucune trace de végétation. Elles varient en hauteur de 100 à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le terrain s’abaisse vers l’intérieur du pays et devient aussi plus fertile ; on y récolte du Riz, des Bâtâtes, des Châtaignes, et une grande quantité de Gingembre et de sucre.
En face de la ville d’Amoy se trouve la petite île de Koo- Lung-Soo, dont la longueur n’excède pas 3 ou 4 kilomètres. A l’aspect des coteaux incultes et des rocs décharnés dont l’ile est parsemée, je ne m’attendais pas à être très-heureux dans mes recherches botaniques. Cependant je pus remarquer que ses productions végétales ont un caractère tropical encore plus marqué qu’à Canton. Dans les jardins on trouvé quelques jolis arbrisseaux, mais la plupart bien connus, tels que le Jasminum sambac( 1), YOlea fragrans, le Rosier de Chine, les Clinjsanlhemum et plusieurs espèces communes.
Dans quelques haies et dans les fentes des rochers croît en abondance une plante grimpante assez jolie, mais dont l’odeur est très-désagréable, le Pœderia fœlida. J’y ai trouvé aussi quelques jolies Roses à petites fleurs doubles, mais sans odeur. J’en ai envoyé des spécimens au jardin de la Société d’horticulture, à Chiswick.
Les oiseaux sont rares, et cela se conçoit , attendu qu’il n’y a aucun ombrage. Une petite espèce de mina à ailes blanches s’y tient cependant en bandes assez nombreuses. Les corbeaux à collier blanc y sont assez communs, ainsi que le Milan de l’Inde et quelques espèces d’alcvons.
(1) Jasmin d'Arabie.
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