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CHAPITRE XIII

Sol et productions du territoire de Shanghaï. — Retour à Canton. — Végétaux de cette contrée. — Jardins de Fa-Tee.

Au point de vue agricole, la plaine de Shanghai est, sans aucun doute, la partie la plus riche de toute la Chine, et peutêtre sa fertilité n’a-t-elle d’égale dans aucun pays du monde ; on peut dire que c’est un beau et grand jardin. Les collines les plus rapprochées de Shanghai en sont à 5 myriamètres environ.; encore paraissent-elles ne former qu’un accident de terrain dans cette vaste plaine, et leur élévation ne dépasse pas, d’ailleurs, une centaine de mètres. De leur sommet, par un temps clair, j’ai pu apercevoir fort loin, à l’horizon, d’autres collines, qui paraissent également être des points isolés. J’ai su, depuis, qu’elles étaient à peu de distance de Chapoo. Tout le reste du pays est absolument plat.

Le sol est un riche loam très-profond qui produit de belles récoltes de Blé, d’Orge, de Riz, de Coton, outre une grande quantité de légumes de toute espèce, Choux, Navets, Carottes, Ignames, Aubergines (egg plants) (1), Concombres, etc., etc., qui sont cultivés surtout aux abords de la ville. Le terrain, quoique plat, est généralement beaucoup plus élevé que les vallées et même que la plaine du territoire de Ning-Po. Il convient, eu conséquence, très-bien pour la production du Coton, qui en est la récolte capitale. Cette contrée est, de fait, le grand centre de production du Coton nankin, dont on envoie d’immenses quantités par bateau dans les provinces du nord et du sud de la Chine et dans toutes les îles du littoral. Ainsi ce district produit à la fois et le Coton blanc et la variété à Coton jaune ou jaunâtre dont on fabrique le tissu nommé nankin (2) .

(1) solanum aubergine. — Solanum melongena , Linn. — Blackw. lierb. tab., 149. — Solanum esculenlum et Solanum ovigerum, Dunal.

(2) Pour la complète intelligence de ce passage il ne faut pas perdre de

Non-seulement, comme je viens de le dire, le sol de cette province est d’une fécondité remarquable, mais l’agriculture y parait plus avancée, et se rapproche plus de la nôtre que celle d’aucune des autres parties de la Chine que j’ai visitées. Ainsi on voit, dans les fermes de ce pays, des meules régulièrement construites et recouvertes en chaume comme on en fait en Angleterre. La terre y est labourée en sillons, avec des rigoles d’écoulement, comme dans la Grande-Bretagne, et si ce n’étaient les plantations de Bambous, le costume des habitants et leurs longues queues, on pourrait se croire sur les bords de la Tamise.

Un tel pays ne pouvait pas m’offrir un champ d’exploration bien riche pour mes recherches de botanique. On y voit, il est vrai, de nombreux massifs de Bambous, notamment aux abords des villages et des fermes; mais c’est là à peu près le seul type de végétation tropicale qu’on y rencontre, au moins au point de vue de l’arboriculture.

J’ai déjà mentionné les bouquets de Cyprès et de Pins que l’on trouve près des tombes des habitants riches, lesquelles sont disséminées sur toute la surface du pays et lui donnent un aspect des plus pittoresques.

Au nombre de ces derniers arbres, j’ai aperçu, pour la première fois en Chine, le beau Crijptomeria japonica, sorte de Pin qui diffère des Araucarias de l’île de Norfolk (1) et du Brésil. Lorsque cet arbre est dans de bonnes conditions de végétation, il est d’un très-bel effet comme arbre d’ornement. Il s’élance droit comme le Pin laricio, envoyant à droite et à gauche de nombreuses branches qui partent horizontalement du tronc, et s’inclinent ensuite avec grâce vers le sol à la ma-

vue que la variété de CotOD nommée Coton nankin ou de Nankin est une variété blanche qui ne sert pas pour la fabrication du nankin. Ce tissu est fabriqué avec la variété à Coton jaune. Voir, au surplus, le chapitre spécial du Coton, page 89. ( Note du traducteur.)

(1) Petite île de l’Australie anglaise dont le sol est d’une extrême fertilité.

nière du Saule pleureur. Son bois, d’un grain très-serré et entrelacé, est très-fort et d’une grande durée.

Cet arbre est très-estimé des Chinois, qui, à raison de la beauté de son bois et de sa tige parfaitement droite, s’en servent assez souvent pour faire les espèces de mâts dont ils ornent la façade de leurs maisons et de leurs temples. On en fait aussi beaucoup de cas au Japon. Les premières graines et les premiers sujets que j’aie pu obtenir de ce bel arbre provenaient des environs de Shanghaï. Je les lis passer au jardin de la Société d’horticulture, à Chiswick, où ils arrivèrent à très-bon port. Il y a tout lieu d’espérer qu’ils pourront se faire à notre climat (1), et dès lors ils prendront un rang distingué dans nos richesses forestières.

Le seul arbre d’une très-grande dimension que j’aie trouvé dans ce district est le Salisburia adiantifolia , vulgairement appelé Maiden-Hair (2), à cause de sa ressemblance avec une Fougère du même nom. Les Chinois aiment particulièrement à en faire des arbres nains; aussi le voit-on souvent à cet état dans leurs jardins. Son fruit, qui se vend sur les marchés de toutes les villes chinoises sous le nom de « Pa-Kvvo, » ressemble assez à nos amandes sèches, si ce n’est qu’il est d’une couleur plus claire, de forme plus arrondie, et contient une plus grosse amande. Les Chinois paraissent en faire beaucoup de cas, tandis que les Européens le dédaignent.

Le Saule pleureur, qui paraît être le même que le nôtre, se voit très-communément sur le bord des canaux et rivières, et dans les jardins. Il y a aussi une espèce d’Orme, mais qu1 n’atteint jamais une grande dimension, et n’est que peu estimée .

Le trait suivant donnera une idée des ruses mercantiles des Chinois. Un peintre de fleurs, que j’avais rencontré à Chu-

(1) C’est ce qui est aujourd'hui acquis par l’expérience des dernières années. ( Note de 1847. )

2) Littéralement, Cheveux de jeune fille.

san, m’avait informé qu’on trouvait dans les jardins près de Shanghai plusieurs variétés très - remarquables de Pœonia Moutctn. Les diverses variétés de cette plante apportées, chaque année, des provinces du nord à Canton, et qui sont maintenant communes en Europe, ont des fleurs roses ou blanches; mais on m’avait assuré, et jusque-là j’en avais douté, que dans certaines parties de la Chine il y en avait à fleurs pourpres, bleues et jaunes, qu’on n’envoyait jamais au marché de Canton.

C’est donc sur ce point que je désirais être renseigné d’une manière précise, et mon peintre chusanais non-seulement m’affirma en avoir vu, mais me proposa, moyennant une faible somme, de me dessiner de mémoire ces différentes variétés. J’acceptai son offre, etj’emportai ces dessins à Shanghaï.

Je les montrai à un pépiniériste de cette ville qui tenait une boutique de fleurs, et qui s’engagea à m’en procurer; mais il me fit observer que ces plantes revenaient fort cher, attendu qu’on n’en trouvait pas aux environs de Shanghaï, qu’il fallait les envoyer chercher à Soo-Chow, c’est-à-dire à plus de 100 milles (IG myriamètres), et que l’homme qu’il enverrait serait absent au moins huit jours.

J’étais trop satisfait de trouver mes variétés désirées pour ne pas adhérer à ses conditions, la somme demandée n’étant pas d’ailleurs exorbitante dans la supposition qu’il fallut faire le voyage de Soo-Chow.

À l’époque indiquée, les Pœonia arrivèrent, et je vis qu’en effet c’étaient des variétés très-dignes d’intérêt, et qui se seraient payées fort cher en Angleterre. Il y en avait à fleurs lilas, pourpres, presque noires, et enfin une que les Chinois appellent jaune, bien qu’elle soit presque entièrement blanche, avec une légère teinte jaune au centre des pétales.

En résumé, la collection était des plus remarquables, et j’étais très-satisfait de mon acquisition. Mais quelle fut ma surprise lorsque, quelques jours plus tard, j’appris que ces mêmes variétés existaient à quelques huiles de Shanghaï, et en fournissent à la ville de Soo-Chow !

Ce fut pendant l’hiver que je visitai Shanghaï pour la première fois, aussi trouvai-je naturellement très-peu de plantes en fleur, à l’exception des Chrysanthemum, dont on trouve ici de nombreuses variétés aussi bien que dans le sud de la Chine; et, comme les jardiniers chinois s’entendent parfaitement à les soigner, j’en pus voir de magnifiques collections.

Mes recherches portaient principalement sur les plantes annuelles dont il était alors impossible de reconnaître et de déterminer les véritables caractères. Je tirai mes inductions à cet égard en partie de la famille à laquelle chacune d’elles appartenait, en partie aussi des indications fournies par les jardiniers eux-mèmes. Au reste, quiconque connaît la botanique sait que sur de telles données on peut encore se faire une idée assez exacte d’une plante quelconque. Pour mon compte, je trouvai plus tard que presque toutes mes prévisions s’étaient réalisées, et qu’un grand nombre des plantes que j’avais choisies étaient d’une beauté et d’une valeur remarquables.

La rivière de Canton forme dans ses ramifications multipliées un grand nombre d’iles ; on y cultive beaucoup de Riz, aussi bien que sur les parties basses et plates de la terre ferme. La marée est contenue par des digues qui rendent l’irrigation facile.

Dans les endroits où le terrain, très-élevé, n’est pas accessible à la marée, on se sert, pour l’arrosage, de la roue à eau dont j’ai déjà parlé. On cultive aussi , dans quelques parties, la Canne à sucre.

Les arbres fruitiers du pays croissent en abondance dans les îles et sur les bords de la rivière, notamment le Manguier, le Goyavier, le Wangpee ( Cookia punctata ), le Li- Tchi (1) : on y trouve aussi des Orangers, des Cyprès, des

(1) dimocarpus lichi. — Dimoccirpus foliis pinnalis , baccis cordatis, squamosis, Lour., Flora cochinch., page 287 ( Euphoria litchi, Desf.).

On trouve, dans les provinces de Fou-Kien, de Kouan-Ton et de Kouan-Si,

Thuyas; le Ficus nitida et plusieurs autres espèces de Figuier; un Pin que les Chinois nomment Pin aquatique, attendu qu’il ne croît que sur les bords des rivières ou des canaux; le Bambou; un Saule qui offre une grande ressemblance avec notre Saule pleureur, et auquel les Chinois don¬

née espèce de fruit inconnu partout ailleurs et qui est propre à ees seules provinces méridionales de la Chine; c’est le Li-Trlii, le plus délicieux des fruits de cet empire et même du monde entier, si Fou s’en rapporte au goût et au jugement des Chinois.

L’arbre qui donne le fruit qu’on appelle Li-Trhi s’élève à la hauteur d’environ 18 pieds ; ses branches s’étendent horizontalement de tous côtés ; sou bois est blanc, tendre, et contient une moelle assez abondante; l’écorce des rameaux est pointillée ; les feuilles sont alternes , ailées avec impaire , composées de sept à neuf folioles ovales, entières, lancéolées, glabres des deux côtés, plus luisantes en dessus qu’eu dessous , marquées d’une forte nervure longitudinale et portées sur de courts pétioles. La fleur est trèspetite, munie d’un calice plus petit encore , à cinq divisions très-peu sensibles, et velue en dehors; la corolle, composée de cinq pétales, renferme huit étamines , dont les filaments très-courts soutiennent chacun une anthère ovale, formée de deux loges qui s’ouvrent en quatre pans. Les Heurs, réunies eu panicule lâche , ornent l’extrémité des rameaux.

Le fruit, arrondi en cœur, est delà grosseur d’une Datte ; son noyau, qui est noir, long et fort dur, est. recouvert d’une pulpe molle, aqueuse, d’un goût exquis, et qui est de la couleur d'un Raisin qu’on aurait dépouillé de sa peau. Cette chair est contenue dans une écorce chagrinée en dehors, lisse en dedans, très-mince et un peu ferme. Ces fruits croissent aux extrémités des branches, en grappes lâches et ditfuses, auxquelles ils tiennent par de longs pédoncules. Us sout d’abord verdâtres ; mais , eu atteignant leur maturité, ils se revêtent d’une couleur de pourpre très-éclatante. Ils passent pour être très-sains, puisqu’on en donne aux malades; mais ils incommodent quand ou en mange beaucoup. On assure que ce fruit est si chaud, qu’il fait sortir des furoncles par tout le corps. Les Chinois le laissent sécher dans l’écorce même , où il devient noir et ridé comme nos pruneaux ; ils en mangent ainsi toute l'année.

L’observation suivante doit être faite par ceux qui veulent goûter ce fruit dans sa parfaite bouté : s'il est parfaitement mûr et qu’on dillère un jour de le cueillir, il change de couleur ; si on laisse passer un second jour à le cueillir, on s’aperçoit, au goût, de son changement; enfin, si l’on attend le troisième jour, l’altération devient très-sensible. Pour que ces fruits ne perdent rien ni de leur parfum ni de leur saveur, ils doivent être mauges dans les provinces mêmes où ils croissent. Eût-on le secret de les conserver et de les transporter frais en Europe , comme on y en a transporté de

nent le nom de Saule soupirant (Sighing-Villow), expression qui se rapproche beaucoup de la nôtre et prouve que, comme nous, ce peuple voit dans cet arbre un emblème de tristesse.

Sur les bords de la rivière, au delà et en deçà de la ville, se trouvent des quantités de Lotiers, Lis d’eau [water Lily) ou Lotus, dans des espaces de terrains endigués comme les champs de Riz. Les Lotiers sont cultivés à la fois comme plantes d’ornement et pour leurs racines, que les Chinois aiment. beaucoup. En été et en automne, quand ces plantes sont en fleur, elles offrent, en effet, un aspect assez agréable ; mais, pendant les autres saisons de l’année, les feuilles et. les fleurs fanées, et l’eau fangeuse dans laquelle elles séjournent, forment un assez triste coup d’œil pour les habitations voisines.

secs, on ne pourrait encore juger que très-imparfaitement de leur bonté. Les Li-Tchi qu'on envoie à Pékin pour l'empereur et qu’on renferme dans des vases d’étain pleins d'eau-de-vie, où l'on mêle du miel et d’autres ingrédients , conservent, à la vérité, une apparence de fraîcheur ; mais ils perdent beaucoup de leur saveur. Pour faire goûter à ce prince toute la délicatesse de ce fruit, ou a quelquefois transporté les arbres même qui le produisent enfermés dans des caisses, et les mesures étaient si bien prises, que, lorsqu'on arrivait à Pékin, le fruit était près de sa maturité.

Cette rare espèce d’arbre, par les soins de M. Poivre, a été transportée de la Chine à Pile de France, d'où elle a passé à Cayenne. Une lettre écrite de cette dernière colonie , le 10 juillet 1801 , par M. Martin , directeur des pépinières nationales, semble annoncer que le jeune plant qu'on y a reçu a prospéré : « Nous possédons actuellement, dit-il, trois plants de Li-Tchi; « j’en ai placé un dans l’habitation des Épiceries. Ils vont bientôt me four- « uir de nouvelles marcottes, et j’espère que, dans siv mois , nous aurons « doublé ce nombre. »

M. Ceré écrivait aussi de l’ile de France : « Le Li-Tchi venu de graines « ne rapporte qu’à huit ou neuf ans ; il le fait à trois ou quatre ans quand « il vient de marcotte. Au bout de trois ou quatre mois, les marcottes sont « déjà assez enracinées pour qu’elles puissent être transplantées ; de sorte « que cet arbre venant facilement , on peut le multipliera l’infini. » (De la Chine, par l’abbé Grosier, 1819, t. II, p. 475.)

Un des fruits particuliers à la Chine est le Li-Tchi, qui, soit à l’état frais, soit lorsqu'il est sec, a un goût fort agréable ; toutefois il a peu de pulpe , le noyau ayant beaucoup de volume. Cet arbre a été naturalisé au Bengale, où le Fruit est encore meilleur qu’en Chine. ( Gutzlaff, China n pened [la Chine explorée], 1838, t. Ier, p. 48.1

Je ne pouvais manquer d’aller visiter, près de Canton, les célèbres jardins de Fa-Tee, d’où a été extraite la plus grande partie des bielles plantes qui font aujourd’hui l’ornement des serres et des jardins de l’Angleterre : ils sont situés à 4 ou 5 kilomètres au-dessus de la ville , de l’autre côté de la rivière, et sont, de fait, la pépinière qui alimente tout le commerce de lleurs du Céleste Empire.

C’est là que je pus observer le véritable système des jardins chinois, dont on a tant parlé dans les différents auteurs qui ont écrit sur ce pays; j’en donnerai donc une description aussi détaillée que possible.

Les plantas sont, en général, placées dans de grands pots disposés en ligne au bord de petits sentiers pavés. On ne peut pénétrer clans chaque compartiment ou jardin qu’en traversant la maison du jardinier, placée à l’entrée. Le môme habitant possède dix ou douze de ces jardins plus ou moins vastes, selon sa fortune et l’étendue de son commerce horticole, mais plus petits, en général, que la plus restreinte de nos pépinières de Londres.

TI y a aussi des carrés de pleine terre où soid. placés un certain nombre d’arbres ou arbustes, et c’est là qu’ils pratiquent leurs procédés de fabrication d’arbres nains, tortus et difformes. Ces massifs renferment de larges collections de Camélias, d’Azaléas, d’Orangers, de Rosiers etautresplantesbien connues , dont les gens du pays viennent s’approvisionner.

Celle qui attire le plus l’attention pendant les mois d’ automne est leur singulier Citronnier ( Fingercd ) (1), que les Chinois recherchent beaucoup, qu’ils placent dans leurs maisons et sur les autels de leurs temples. Il est particulièrement prisé à cause de la forme assez bizarre de son fruit, mais surtout à cause du parfum qu’il exhale. On y voit aussi beaucoup d’Orangers mandarins tenus à l’état d’arbuste nain; ils portent d’immenses quantités de fleurs et de fruits': ceux-ci sont ti'ès-gros, aplatis, et ont la peau d’un rouge vif.

(1) Citronnier ii fruits digités.

Du reste , les Chinois possèdent un grand nombre de plantes appartenant à la tribu des Orangers, notamment le Kum-Quat , dont le fruit sert à faire d’excellentes conserves (1). En automne, les Mar raya exotica, les Aglia odorata , les Ixora et les Lagerstrœmia forment un très-bel ornement; mais c’est naturellement, au printemps, que les jardins de Fa-Tee brillent de tout leur éclat. A cette époque, on y voit les Pæonia Moutan (Pivoines en arbre), les Azalea , les Camellia, les Roses et une infinité d’autres plantes. Les Azalea , notamment, sont admirables et rappellent nos exhibitions de Chiswick, avec cette différence que celles de Fa-Tee sont sur une bien plus grande échelle. Chaque jardin n’est, à vrai dire, qu’une masse de fleurs, dont les nuances variées forment l’effet le plus gracieux. L’air est parfumé, aux environs, surtout par YOïea fragrans et par le Magnolia fuscata, deux plantes dont on cultive en ce lieu de grandes masses.

Les arbres nains, présentant les formes les plus bizarres et les plus grotesques, y occupent aussi une place considérable. Les plantes qui viennent immédiatement après les arbres nains dans l’estime des Chinois, c’est-à-dire au point de vue de leur importance commerciale, sont les Chrysanthemum , auxquels ils accordent leurs soins les plus soutenus et les plus intelligents.

L’affection du peuple chinois pour cette fleur est poussée à ce point , qu’il est tel jardinier qui en cultive beaucoup plus que son maître ne le voudrait et qui préfère perdre sa place que de renoncer à sa plante chérie. J’ai su que feu M. Beale disait souvent qu’il n’avait pas une grande sympathie pour les Chrysanthemum , mais qu’il n’en cultivait dans ses jardins que pour plaire à son jardinier.

Les Pivoines en arbre ne sont pas originaires du midi de la Chine; elles y sont transportées, en grande quantité, chaque année, des provinces du nord, vers le mois de janvier. Elles fleurissent peu après leur arrivée, et sont aussitôt enle-

(t) Voir ce qui est dit de cet arbuste et de sou fruit , page 121.

vées par les Chinois, qui en parent leurs maisons. Lorsque la fleur est passée, on s’en débarrasse, car elles ne se plaisent pas autant, à beaucoup près, sous la latitude de Canton et de Macao que dans le Nord, où elles fleurissent une seconde fois. Leur valeur vénale est en proportion du nombre de boutons à fleur que porte chaque pied , et il y en a qui atteignent des prix très-élevés.

En remontant la rivière pour me rendre à Fa-Tee gardées, j’avais rencontré un grand nombre de bateaux chargés de branches de Pêcher et de Prunier en fleur, d ’ Enhianthus quinqueflonts , de Camellia, de Magnolia et autres fleurs de la saison.

Les Jonquilles communes sont aussi fort recherchées. En parcourant les rues de Canton, on en voit par milliers dans des vases remplis d’eau, dont l’aspect donne une idée du goût prononcé de ce peuple pour les monstruosités. Les bulbes sont plantées sens dessus dessous, et on s’ingénie à faire prendre à la plante ces formes tortillées et baroques qui plaisent tant à l’œil des Chinois.

Des masses de ces fleurs si étrangement défigurées sont exposées en vente dans les boutiques de Canton et même aux coins des rues, et les acheteurs les enlèvent avec empressement. Non-seulement on en décore les temples et les maisons, mais les bateaux en sont chargés. Au surplus, ces bateaux, comme on le sait, sont de véritables maisons flottantes, car une grande partie de la population de Canton vit sur la rivière, et à l’époque surtout du renouvellement de l’année c’est un spectacle des plus gracieux et des plus animés que ces bateaux littéralement couverts de fleurs, dont les nuances se mêlent à celles des drapeaux et banderoles de toutes couleurs dont ils sont ornés.

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