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CHAPITRE XIV

Climat de la Chine. — Été et hiver. — Température de Hong-Koug. — Température de Shanghaï. — Moussous , typhons. — Leur influence sur la végétation. — Pluies et sécheresses.

Pour se faire une idée exacte de l’agriculture de la Chine, il est indispensable d’en connaître la climatologie.

Les domaines de l’empereur s’étendent sur 23 degrés de latitude, du 18e au 41e de latitude nord et du 98e au 123e de longitude est ; ils renferment donc à la fois, dans leur vaste étendue, des régions tropicales et des contrées tempérées.

Placée à l’est de l’immense continent asiatique, dont elle forme une partie notable, la Chine est exposée à des extrêmes opposés de température (excessive chaleur en été, froid des plus intenses en hiver) inconnus dans certains pays situés sous les mêmes latitudes. Un des auteurs les plus estimés de ceux qui ont écrit sur la Chine, Davis, s’exprime ainsi à ce sujet :

« Bien que Pékin soit à près d’un degré plus au sud que Naples (la première de ces deux villes étant par 39° 54' et la seconde par 40° 50'), sa température moyenne est seulement de 54° Fahr. (12°, 2 centigrades) , tandis que celle de Naples est de 63° (17°, 2 centigrades). Il faut ajouter que pendant l’hiver le thermomètre descend à Pékin beaucoup plus bas qu’à Naples, et monte un peu plus haut pendant l'été. Les rivières, dit-on, y sont gelées pendant trois ou quatre mois de l’année, de décembre à mars ; et pendant la dernière ambassade, en 1810, on a noté une élévation de température de 90° à 100° Fahr. (de 32° à 38 centigrades) à l’ombre. Or on sait parfaitement qu’à Naples, aussi bien que clans les parties les plus méridionales de l’Europe, on ne connaît pas cette longue durée d’un froid semblable, et qu’on éprouve rarement cette extrême chaleur. »

Suivant mes propres observations, faites d’après les meilleurs thermomètres de Newmann, j’ai trouvé qu’à Hong- Kong, pendant les mois de juillet et d’août, les deux plus chauds de l’année, le mercure a monté fréquemment à 90", el un jour à 94° Fahr. ( 32° et 34°, 5 centigrades) à l’ombre. Le minimum était généralement , en moyenne , de dix degrés plus bas que le maximum. Pendant l’hiver, du mois de décembre au mois de mars, le thermomètre est souvent descendu à 0, et quelquefois, mais rarement, il a neigé à Canton et sur les montagnes aux environs.

Il faut dire, cependant, que le voisinage de la mer a pour résultat de diminuer cette tendance aux excès de chaleur et de froid, qui sont beaucoup plus marqués dans les districts de l’intérieur. Pendant l’hiver et le printemps, les vents du nord se font sentir avec beaucoup de force dans le midi de la Chine, et je déclare avoir plus souffert du froid en février à Hong-Kong et à Macao que je n’en avais jamais souffert en Angleterre.

A Shanghaï, dans la province de Keangsoo, par 31° 20' de latitude nord, les extrêmes de chaud et de froid sont plus considérables que ceux que nous éprouvâmes dans les provinces méridionales. Grâce à l’obligeance du docteur Lockhart, qui a bien voulu tenir mes tables météorologiques, pendant mon absence, sur différents points de la Chine, j’ai pu recueillir une série d’observations exactes pendant l’espace de deux années. Il en résulte que les mois de juillet et d’août sont les mois les plus chauds. Le thermomètre, à l’ombre, reste quelquefois pendant plusieurs jours à 100° Fahr. (38° centigrades).

A l’époque où j’étais à Shanghaï, cette température si élevée était presque intolérable pour les Européens, les maisons des habitants du pays étant construites d’une manière peu favorable pour préserver de la chaleur.

D’un autre côté, dès la fin d’octobre, le thermomètre descend quelquefois à 0. Dans la soirée du 28 de ce même mois, en 1844, ce qui restait encore, dans les champs, de Coton-

niers et autres plantes tropicales cultivées pendant l’été fut détruit par le froid. Décembre, janvier et février sont les mois les plus froids de l’année. Pendant l’hiver de 1844-45, le thermomètre descendit à 26°Fahr. (— 3°, 3 centigrades). Dans la nuit du 18 décembre et dans celle du 4 janvier, il marqua 24°

( — 4°, 4 centigrades), et encore cette saison, au dire des Chinois, fut-elle d’une douceur remarquable, à tel point que l’on ne put faire les approvisionnements de glace habituels. Dans les hivers ordinaires, les étangs et les canaux gèlent à plusieurs pouces d’épaisseur; ce qui permet de satisfaire amplement à toutes les demandes de glace.

Je suis donc persuadé que le thermomètre doit descendre très-souvent l’hiver, dans celte contrée, bien au-dessous de 0° centigrade. Il tombe fréquemment de la neige, mais le soleil a trop de force pour la laisser subsister bien longtemps.

À l’exception de ces époques d’extrême froid et d’extrême chaleur, le climat de Shanghai ne le cède en beauté à celui d’aucun autre pays du monde. La température des mois d’avril, mai et juin est délicieuse. Dans le milieu du jour, le soleil, il est vrai, est très-ardent; mais, l’après-midi elle soir, on y jouit d’un air frais et doux des plus agréables. Il en est à peu près de même des mois de l’automne. Pendant cette saison, le vent y est frais et modéré, et l’atmosphère y est bien autrement claire et pure qu’en Angleterre. Il se passe souvent plusieurs jours, et quelquefois plusieurs semaines, sans qu’un seul nuage se montre au ciel.

De la fin d’avril jusqu’au milieu de septembre, les vents dominants sont ceux du sud-ouest; le reste de l’année, ils soufflent du nord et de l’est. C’est ce que nous appelons les moussons du sud-ouest et du nord-est. Ces moussons régnent avec une grande régularité dans le sud de la Chine, et sont plus variables dans le nord. Ainsi, à la latitude de Chusan et de Shanghaï, malgré l'influence de la mousson, les vents changent quelquefois.

Vers la fin de l’été, de juillet à octobre, le pays est souvent visité par ces terribles ouragans que les Européens nomment

typhons. Ce mot vient, par corruption, du mot chinois tafung, qui signifie grand vent. Ces fléaux causent les plus grands désastres, tant sur terre que sur mer. Le baromètre avertit de leur approche quelques heures d’avance, et, à défaut du baromètre, les Chinois reconnaissent la prochaine apparition du la-fung aux signes suivants : le vent, qui souffle habituellement du sud-ouest à cette époque (de juillet à octobre), passe tout à coup au nord ou au nord-est; le temps devient orageux, la violence du vent augmente sensiblement, le ciel semble s’abaisser vers la terre et prend une teinte sombre, la mer devient houleuse et se précipite avec force sur le rivage.

Dès que ces signes précurseurs apparaissent, tous les bateaux pêcheurs qui se trouvent en mer se hâtent de gagner la terre; puis ou amène les barques, et on les abrite, autant que possible, pour les garantir de la violence du vent et des vagues. Les jonques, mal disposées pour supporter les tempêtes, se dirigent immédiatement vers quelque port ou quelque baie sûre, et heureusement la nature semble y avoir pourvu, car tout le littoral de la Chine offre un grand nombre de ces lieux de refuge, qui sont tous bien connus des pilotes placés à bord de ces embarcations.

Les périodes de sécheresse et d’humidité sont plus tranchées dans le sud et dans la région tropicale de la Chine que dans les provinces du nord. A Hong-Kong et dans tout le Midi, l’hiver est généralement sec, particulièrement en novembre, décembre et janvier. Les mois les plus humides de l’année sont ceux où a lieu le changement de la mousson, mai et juin d’abord, ensuite septembre, époques qui sont marquées par des pluies torrentielles dues, suivant toute apparence, à l’état de stagnation produit dans l’atmosphère par le changement de direction des vents.

L’auteur que j’ai cité tout à l’heure explique ainsi ces circonstances climatériques : « La mousson du nord-est, qui commence en septembre, règne alors dans toute sa force, et ne commence à perdre de son intensité qu’aux approches de

— lia —

l’autre mousson, en mars. Vers ce temps surviennent les vents du sud, chargés de vapeurs aqueuses enlevées, à l’atmosphère lors de leur passage sur les mers appartenant à des latitudes plus chaudes. Ces vapeurs ne tardent pas à se condenser en épais brouillards en parvenant sur le sol de la Chine, dont la température a été fortement abaissée par les vents du nord, qui soufflent depuis longtemps. La chaleur latente qui se dégage, par la rapide transformation de ces vapeurs en pluie, produit, à cette époque du mois de mars, une notable élévation de température, et l’on conçoit que, dès lors, l’humidité et la chaleur réunies agissent puissamment sur la végétation. On a calculé que la quantité de pluie qui tombe dans le mois de mai excède 20 pouces anglais (50 centimètres) , c’est-à-dire plus du quart de ce qui tombe pendant toute l’année, la moyenne annuelle étant de 70 pouces (lm,75). »

Dans le Nord, il y a aussi des pluies très-abondantes au changement de mousson , particulièrement au printemps. Ces pluies sont un immense bienfait pour les récoltes semées ou plantées à peu près à cette époque. Cependant, pour les parties de la Chine situées dans la zone tempérée, on ne peut dire rigoureusement qu’elles aient une saison sèche et une saison humide, dans le sens qui s’attache à ces mots en ce qui concerne les régions tropicales. Ainsi les mois d’hiver qui sont secs à Hong-Kong sont loin d’avoir ce caractère à Shanghai, par exemple, où les pluies tombent en abondance et où il neige parfois dans cette saison.

En résumé, le climat du nord de la Chine a beaucoup plus d’analogie avec celui du sud de l’Angleterre et avec celui de la France que le climat des provinces méridionales, et, quoique plus chaud, sans aucun doute, il m’a souvent rappelé

ces magnifiques étés dont nous jouissons en Angleterre .

une fois tous les dix ou douze ans.

J’espère que ces observations pourront contribuer à faire bien saisir au lecteur le véritable caractère de l’agriculture chinoise.

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