‹ Voyage agricole et horticole en ChineChapitre 25 sur 39 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Culture des provinces du uord. — Le Tein-Ching ( Isatis iudigotica). — Productions végétales des nioutagues. — Visite à Soo-Chow-Foo. — Nouvelles plautes.

Nous avons décrit la récolte du Riz dans les plaines et les terres basses (1); mais on y cultive encore d’autres plantes. Dans le sud, par exemple, on trouve en quantité 1 e Nelumbinm speciosum, cultivé pour ses rhizomes, qui sont fort recherchés; le Trapa bicornis, le Brassica sinensis, le Scirpus tuberosus, le Convolvulus reptans, et plusieurs autres plantes potagères qui sont l’objet d’un commerce considérable sur les marchés de la Chine. La Canne à sucre est cultivée aussi sur une grande échelle dans le Quantung, le Fo- Kien, et probablement aussi dans d’autres provinces.

Aux environs de Shanghai, je traversai un territoire presque entièrement consacré à la culture d’une plante crucifère nommée, par les Chinois, Tein-Ching, et dont on retire une espèce d’indigo qui sert pour teindre en bleu. On en apporte de grandes masses à Shanghaï et sur tous les marchés des principales villes du Nord. On l’emploie à la teinture d’un tissu de coton qui forme le vêtement principal de la classe pauvre. Je rapportai, en Angleterre, des spécimens vivants de cette plante. Ils ont été placés dans le jardin de la Société d’horticulture. Nous saurons prochainement quel est son véritable nom scientifique (2).

Dans les provinces du sud, on cultive très en grand Y In-

(1) Tage 102.

(2) Depuis que ceci est écrit uous avons reconnu que c’est une nouvelle espèce , et on lui u donné le nom d 'Isatis indigolica , R. Fortune.

digofera, et on fabrique de grandes quantités d’indigo, sans compter tout celui qu’on importe de Manille et des détroits. Dans le Nord, au contraire, on n’en voit pas trace, ce qui tient, je le suppose, à la rigueur de la température hivernale. Mais on y supplée par le Tein-Ching ( Isatis indigotica), dont les feuilles sont soumises aux mêmes préparations que celles de YIndigofera. La couleur du liquide est d’abord d’un bleu verdâtre ; mais, après avoir été brassé et exposé à l’air, il prend une teinte beaucoup plus foncée. Je suppose qu’on le fait épaissir par l’évaporation ; mais je n’ai pas assisté, à cette partie de l’opération.

Je suis très-porté à croire que c’est cette teinture qui sert à colorer les Thés verts fabriqués dans le nord de la Chine pour les marchés de l’Angleterre et de l’ Amérique; mais ceci, du reste, n’est qu’une conjecture (1).

Les productions estivales des régions montagneuses diffèrent naturellement de celles des plaines. A partir du nord du Fo-Kien jusqu’à la grande vallée du Yan-tze-Iviang, les coteaux sont des plus fertiles de toute la Chine. Une grande partie est cultivée en terrasse, de la manière que j’ai déjà décrite, et leurs principales productions sont le Riz pour les terrasses des étages inférieurs, et pour le reste les Datâtes et les Arachides [Avachis hypogœa , Pistache de terre).

Dans les provinces méridionales, quand les hivers sont doux, les racines des Bâtâtes restent en terre tout l’hiver; mais dans le nord le froid est trop vif; on ne pourrait suivre cette méthode ; on arrache les tubercules et on les conserve bien abrités. Au mois d’avril, tous ceux qui ont été réservés pour semence sont plantés épais dans des couches disposées à cet effet près des habitations, ou dans un coin de quelque champ peu éloigné. Ils ne tardent pas à pousser des drageons qui sont bons à être enlevés et replantés au commencement de mai. Dans l’intervalle , le terrain, sur les terrasses destinées à les recevoir, a été préparé, et des lignes tracées à cet

(1) Voir ce qui est dit de la coloratiou des Thés , pag. 13 et suivantes.

effet, à 2 pieds de distance. Vers le 10 ou 12 de mai, ces drageons sont coupés et plantés; ils croissent au bout de peu de temps avec une extrême rapidité, due aux pluies fréquentes qui surviennent a cette époque, où a lieu le changement de la mousson, et saturent l’air d’une tiède humidité.

Les Arachides forment le principal produit des coteaux du midi, particulièrement dons le Fo-Kien ; tandis que, dans le nord, ce sont les Bâtâtes que l’on cultive principalement.

Les productions hivernales, dans le voisinage de Macao et de Canton, se composent à peu près de nos plantes potagères d’Europe, cultivées sur une grande échelle, Pommes de terre, Pois, Oignons, Choux, qui servent surtout à la nourriture des Européens résidant à Canton et Hong-Kong. On y plante généralement les Pommes de terre dans le courant du mois d’octobre, qui est considéré connue l’époque la plus convenable pour assurer une bonne récolte ; cependant, comme on en trouve en tout temps un débit avantageux sur les marchés, les cultivateurs en font des plantations successives de manière à en avoir presque toute l’.année.

On cultive aussi en grande quantité plusieurs variétés de Chou spéciales à la Chine : elles ne produisent pas une pomme solide dans l’intérieur comme notre Chou ordinaire, et n’auraient que fort peu de valeur en Angleterre. Il n’en est pas de même de leur célèbre Pe-tsai (Pak-tsae), ou Chou blanc de Shantoung et de Péking, qui ne vient pas dans le sud de la Chine, mais qui croît, l’été, dans les provinces du nord. On transporte des masses énormes de ce délicieux légume, sur des jonques, dans les districts méridionaux vers le commencement de la mousson du nord-est, dans le courant d’octobre.

Dans les provinces du nord, les principales productions hivernales sont le Froment, l’Orge, les Pois, les Fèves, le Brassica sinensis, et quelques autres végétaux de moindre importance. Ces plantes se cultivent sur les coteaux aussi bien que dans les terres basses, et on y consacre générale-

ment les terrains qui ont porté des Bâtâtes pendant l’été.

Dans le district de Nanking on les plante habituellement en octobre sur les terres qui ont produit le Riz ou le Coton l’été précédent. Quelquefois même, le semis a beu avant que ces dernières récoltes soient faites, et, lorsque celles-ci sont enlevées, les jeunes plantes sont déjà sorties de terre et prêtes à les remplacer. Cette méthode, dont le but est de laisser plus de temps à ces plantes potagères pour arriver à maturité, est assez universellement pratiquée dans les provinces septentrionales.

Le Froment et l’Orge mûrissent dans le Fo-Ivien en avril, et dans le territoire de Shanghai vers la mi-mai.

Dans les cantons de Chinchew et d’Amoy les récoltes de Froment sont si misérables, que les agriculteurs les arrachent à la main, comme nous faisons dans nos terres marécageuses en Angleterre et en Ecosse.

Elles sont naturellement bien meilleures dans le riche territoire de Shanghaï, mais les variétés de Froment et d'Orge qu’on y cultive sont très-inférieures aux nôtres; et, comme les Chinois sont dans l’habitude de semer très-épais, les tiges du Blé sont trop serrées, et les épis et les grains sont petits. Les Pois et les Fèves semblent appartenir complètement à nos variétés d’Europe, et sont certainement originaires des parties septentrionales de la Chine. Un grand nombre de variétés du genre Brassica sont cultivées pour l’huile qu’on retire de leur graine. On les sème en automne, et les plantes arrivent à maturité en avril ou mai, assez tôt pour qu’on puisse les enlever avant de procéder à la culture du Riz. Il ne faudrait pas croire cependant que la terre est toujours cultivée de cette manière, et, comme l’ont écrit plusieurs auteurs, que le terrain ne se repose jamais, car il s’en faut qu’il en soit ainsi.

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