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CHAPITRE XVI

Engrais. — Composts.

Dans l’ île de Chusan el dans toute la contrée à Riz de Chekiang et de Keangsoo, on cultive, pendant l’hiver, deux plantes spécialement pour engrais, une espèce de Coronilla et le Trèfle [Clover). De larges sillons en ados, à peu près comme ceux que font nos jardiniers pour cultiver le Céleri, sont disposés sur les terres à Riz encore tout humides après la récolte, et on y sème les graines de ces deux plantes par petits paquets à 5 pouces environ (12 à 13 centimètres) de distance les uns des autres. Au bout de peu de jours la germination commence, et avant la fin de l’hiver le sommet des sillons est couvert d’une végétation luxuriante. Les plantes continuent à croître jusque vers le mois d’avril, époque à laquelle on s’occupe de préparer le terrain pour le Riz. Alors on abat les sillons, on nivelle le terrain, et les plantes-engrais (manure plants) , encore fraîches, sont étendues sur le sol. Bientôt les champs sont inondés comme je l’ai indiqué (1), et à l’aide de la charrue et de la herse on retourne el on divise la terre. L’engrais vert, ainsi enterré et mêlé à cette espèce de houe, ne tarde pas à se décomposer, et il n’est pas douteux que l’ammoniaque qui s’en dégage ne favorise puissamment la végétation des jeunes pieds de Riz.

Le bois de chauffage est si rare dans ce pays, que l’on se sert, comme combustible, de la paille de Blé, des tiges de Riz, d’herbes sèches, toutes choses qui devraient être transformées en fumier. Il en résulte que cet usage d’enfouir des plantes en vert est, pour le cultivateur, une véritable nécessité. Il parait, d’ailleurs, qu’on a reconnu de temps immémorial que cette espèce d’engrais était ce qu’il y avait de mieux

(1) Voyez, page 102, Culture du Riz.

pour les jeunes pieds de Riz. L’agriculteur chinois n’est pas chimiste , il n’a que peu ou point de notions de physiologie végétale ; mais ses ancêtres ont reconnu, par le fait du hasard ou de l’expérience, la bonté de certains procédés : les ayant reçus d’eux, il les pratique et les transmet tels quels à ses enfants.

La terre brûlée, avec des matières végétales en décomposition, est encore un compost fort estimé des fermiers chinois et usité dans la plupart des districts agricoles. Pendant l’hiver on recueille et on met en tas le long des routes toutes sortes de débris de plantes; on les mélange avec quelque peu de paille, d’herbe, des pelures d’herbage, etc., etc.; on les soumet à une combustion lente jusqu’à ce que toute la matière végétale soit décomposée et le tout amené à l’état de riche terreau. On retourne ensuite le mélange à plusieurs reprises, et il arrive alors à ressembler parfaitement à la terre de bruyère dont nous nous servons dans nos jardins en Angleterre.

Ce compost n’est pas répandu sur le sol; on le réserve pour le mettre en couverture sur les semences, et voici comment on procède : lorsque le moment de semer est arrivé, un homme marche en avant et fait les trous; un autre le suit qui y place les graines. Enfin un troisième les recouvre d’une poignée de ce terreau, qui, composé principalement de matière végétale, tient les graines dans un état convenable de division et de fraîcheur pendant le temps de la germination, et leur fournit ensuite la nourriture nécessaire.

Dans les sols un peucompactes(comme le sont, en général, les terres basses de la Chine dans lesquelles les graines sont souvent fort compromises au moment de leur germination), il est évident que cet engrais agit à la fois chimiquement et mécaniquement. Il procure à la plante, dans les premiers moments de sa croissance une vigueur qui lui permet de s’assimiler la substance formant l’élément principal de cette nature de terrain et d’y implanter solidement ses racines.

Le tourteau , divisé et broyé , est employé fréquemment

comme le terreau dont je viens de parler; on le sème aussi sur le sol à la volée. Ces tourteaux se composent des résidus ou des rebuts de certaines plantes telles que l’arbre à suif (1), plusieurs espèces de Pois et de plantes crucifères oléagineuses. Cet engrais est fort recherché sur tous les points du territoire chinois, et il est l’objet d’un commerce considérable, tant par terre que par mer. Les os, les écailles, les fragments de chaux, la suie, les cendres, les poils, enfin les débris de toute nature , sont aussi recueillis avec soin et employés comme engrais.

Les propriétaires des jardins de Fa-Tee dont j’ai donné la description (2) composent une espèce toute particulière de terreau très-riche qu'ils coupent par petits carrés et qu’ils vendent à des prix fous pour faire venir les plantes en pot. Ce terreau, ou plutôt cette vase, se tire surtout des lacs et des étangs du voisinage où croît en abondance le Nelumbium spe~ ciosuni. On en fait un tel cas, que son prix commercial est, pouç la première qualité, de 1 dollar les 3 piculs (5 fr. 40 les 180 kilog.), et, pour la seconde, de 1 dollar les 4 piculs (5 fr. 40 les 240 kilog.). Des échantillons de cette qualité inférieure ont souvent été envoyés en Angleterre avec les caisses de plantes expédiées de Canton.

On y lient aussi en grande estime l’engrais humain, et il n’est pas un voyageur, en Chine, qui n’ait pu remarquer de petites citernes ou des récipients en terre destinés à le recevoir. Ce qui serait considéré chez nous comme une chose d’un aspect insupportable est vu, par les Chinois de tout rang et de toute classe, d’un œil de complaisance; et rien ne les étonnerait davantage que d’entendre des plaintes sur l’odeur infecte qui s’exhale de ces dépôts.

Presque toutes les villes de ce pays sont bâties sur le bord d’une rivière ou d’un canal qui non-seulement entoure la

(1) Voyez , page 122, ce qui est dit de l’extractiou du suif et de l'huile des graines de cet arbre. (Tullow tree, SUllingia sebifrra.)

2) Voyez page 138.

cité comme d’un fossé de défense, mais encore y pénètre en y formant plusieurs sinuosités. Sur différents points de la ville sont placés de longs bateaux, grossièrement construits, dans lesquels on vide les déjections solides et liquides, qui sont ensuite transportées par tout le pays. Les terres, dans le voisinage, sont ordinairement approvisionnées de ce précieux engrais par les petits cultivateurs eux-mêmes, qui portent, chaque jour, au marché les produits de leur exploitation ; chacun d’eux rapporte habituellement deux baquets de cette matière suspendus aux deux extrémités cl’un long bâton de bambou.

En Angleterre, on croit généralement que les Chinois laissent ces dépôts entrer en fermentation avant de les répandre sur le sol; mais c’est une erreur, au moins quant à l’usage général. Dans les cantons si fertiles du nord, j’ai été à même de remarquer que l’engrais humain est employé à l’état frais, délayé préalablement clans une quantité d’eau . Et il n’y a aucun doute qu’une telle méthode ne soit très-rationnelle, cet engrais devant être beaucoup plus efficace lorsqu’on l’applique aux plantes avant que la plus grande partie de l’ammoniaque qu’il contient ait pu s’en échapper.

Les Chinois ne pratiquent, que je sache, aucun procédé de désinfection; mais ils savent très-bien, du reste, qu’en laissant ces matières exposées à l’air on leur fait perdre une partie notable de leurs principes fertilisants : aussi se hâtentils de l’employer avant toute putréfaction ou fermentation.

On les voit, dans l’après-midi des jours un peu nuageux, apporter de l’eau sur les tas de matières pour les amener à l’état liquide. Lorsque ce résultat est obtenu, ils en remplissent leurs baquets, et en suspendant un à chaque extrémité de leur bambou ils le transportent sur le terrain à fumer. Arrivés là, chaque ouvrier prend une sorte de cuiller attachée à un long manche et répand le mélange sur la récolte.

Dans certaines circonstances données, un engrais aussi énergique serait plus nuisible qu’utile; mais, si on a soin, comme font les Chinois, de ne l’appliquer qu’à des plantes

déjà en pleine croissance el assez vigoureuses, celles-ci s’assimilent les gaz qu’il contient, et on ne tarde pas îi reçopnaître l’influence qu’il exerce sur le développement de la végétation. Cet engrais liquide est généralement employé en Chine pour le Froment, l’Orge , les Brassica , et autres plantes potagères; mais non pour le ltiz, qui est constamment art'Qsé pendant toute sa période de croissance. Quelquefois on n’en fait usage qu’après qu’il a subi la fermentation putride, ef on sait que même, en cet état, il est encore très-efficace. Pans les jardins près de Canton on le fait ordinairenrent sécher, après quoi on le mêle avec la vase qu’on retire du fond des étangs où abonde le Lotus. Ce compost sert, comme celui dont j'ai déjà parlé, soit à élever les plantes en pot, soit à favoriser la croissance des arbres ou arbustes qui sont l’objet de soins particuliers.

Bien que certains cultivateurs laissent de temps en temps reposer leurs terres pendant six mois , on ne saurait dire qu’il y ait aucun système de jachère organisé, ni qu’on y connaisse , ou au moins qu’on y pratique aucune règle quaql à la succession de récoltes. D’ailleurs , pour ce qui concerne les terres basses, le sol, composé, en général, d’une forte argile compacte, peut porter, sans ipconvénient, une série de récoltes de ltiz non interrompues, el le système des jachères n’y serait nullement nécessaire.

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