‹ Voyage agricole et horticole en ChineChapitre 28 sur 39 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Flore de Hong-Kong. — L’Enkianthus. — Le Neem(J Melia azedarach). — Orchidées de la Chine. — Olca fragrans , etc.

Je quittai Shanghaï au printemps, et je me rendis à Hong- Kong, à l’effet d’expédier pour Calcutta plusieurs caisses de plants de Thé destinés aux établissements de l’Inde. Lorsque tout fut prêt, je commençai mes excursions dans les montagnes voisines.

À cette époque de l’année, l’Enkianthus commençait justement 'à fleurir. Il est du petit nombre des végétaux de Chine qui peuvent difficilement se cultiver en Angleterre, ou plutôt c’est, je crois, qu’on ne sait pas lui donner les soins qu’il exige. Il ne sera donc pas inutile de faire connaître ici les habitudes de cette belle plante et ses diverses phases de végétation, telles que j’ai pu les observer en explorant les coteaux de Hong-Kong, d’où elle est originaire.

Sur ces collines, dont la hauteur varie de 1,000 à 2,000 pieds (300 à 600 mètres), l’Enkianthus pousse avec vigueur et offre une végétation luxuriante. Il ne croît pas naturellement dans les vallées ni même au pied des coteaux. Le sol qui recouvre ces pentes est une espèce de loam assez semblable à celui que nous possédons à Shirley ou à Wimbledon, mêlé à des détritus de roches granitiques détachées des montagnes. L’Enkianthus semble se plaire dans les fentes de ces rocs, et il lui suffit souvent, pour prendre racine, d’une minime quantité de terre végétale.

À la lin d’avril ou au commencement de mai, le changement de la mousson amène des pluies qui favorisent singulièrement son développement. A l’automne (à l’exception d’une semaine ou deux, en septembre) , survient un temps sec et très-chaud. Alors les branches et les boutons sont arrivés à leur dernière période; une partie des feuilles tombent, et la plante, ayant préparé ses éléments de reproduction pour l’année suivante, reste dans un état de stagnation pendant l’hiver qui , à Hong-Kong, est froid et sec.

Dans les mois les plus chauds de l’année, en juin, juillet et août , la température maximum à l’ombre dépasse rarement 90°Fahr. (32°, 22 centésimaux). Dans l'hiver, bien que les vents du nord soient très froids et très-âpres, la gelée et la neige sont presque inconnues dans cette partie de la Chine, et, aussitôt qu’à l’arrivée du printemps la végétation commence à marcher, on voit fleurir l’Enkianthus.

Alin de donner une idée générale des jardins de Hong- Kong, je décrirai , comme spécimen , celui de MM. Dent.

Toutes les personnes qui s’occupent, en Angleterre, des plantes de la Chine ont entendu parler de M. Bqple, de Macao, un ami île M. Reeves, et comme lui un ardent collecteur de botanique. Lorsque Hong-Kong fut cédé à l’Angleterre , presque tous les Anglais établis à Macao se transportèrent dans celle nouvelle résidence, et les plantes dont se composait le jardin de M. Beale servirent à former celui de MM. Dent, à Green-BanL

En entrant dans le jardin par la partie basse, on trouve d’abord un large chemin pavé qui conduit, avec quelques sinuosités , jusque sur le coteau , dans la direction de la maison. De chaque côté de ce chemin sont des rangées d’arbres et arbustes indigènes à la Chine , y compris des arbres fruitiers dont la végétation est admirable.

Des Ficus nitida, placés à droite, viennent bien et promettent de devenir très-beaux. C’est, sans aucun doute, un des arbres d’ornement les plus remarquables qu’on puisse trouver dans le sud de la Chine. Il croît rapidement sans

beaucoup de soin ; son feuillage, d’un vert brillant, ne tarde pas à procurer un abri tutélaire contre les rayons du soleil qui sont souvent si redoutables à Hong-Kong. Le Ficus elastica (india rubber tree) se montre aussi dans de bonnes conditions de végétation sur la même rangée; mais il croît beaucoup plus lentement que le Ficus nitida.

De l’autre côté du chemin sont plusieurs spécimens de l’arbre indien Neem (Melia Azedarach), qui pousse avec beaucoup de force, mais qui a l’inconvénient d’être trèscassant, ce qui lui ôte beaucoup de sa valeur, surtout dans cette contrée exposée aux grands vents et aux typhons. Il paraît, du reste, que ce même Melia se retrouve sur tout le globe dans les régions tropicales et tempérées. Je crois qu’il existe dans l’Amérique du Sud , et pour mon compte j’en ai vu à Gibraltar, à Malte, en Egypte, à Aden, à Ceylan , dans les détroits , dans le sud de la Chine aussi bien qu’au nord , au moins jusqu’au 31e degré de latitude.

Parmi les autres végétaux remarquables de cette partie du jardin, je citerai les Cannelliers de Chine, la gracieuse Aglaia odorata, le Murraxja exoticci, deux plantes qui exhalent une odeur très-agréable et que l’on cultive beaucoup en Chine ; deux Palmiers à noix de coco , importés des détroits et qui viennent très-bien ; différents arbres à fruit, le Loquat (Eriobotrya japonica), le Groseillier à maquereau de Chine (Averrhoa carambola) , le AVangpee, le Longan , le Li-Tchi, qui tous sont aussi avancés qu’on pouvait l’espérer d’après l’époque de leur plantation.

Le Pinus sinensis, qu’on trouve sur tous les coteaux de la Chine assez rabougri, attendu que les Chinois en coupent les branches inférieures pour faire du feu , est ici mieux traité et dans une meilleure condition. Il ne s’élève pas trèshaut; mais, tant qu’il est jeune, son joli feuillage vert, qui part de terre, lui donne un aspect assez gracieux.

En approchant de la terrasse sur laquelle est bâtie l’habitation , le chemin pavé tourne à droite entre deux belles rangées de Bambous jaunes. Cette espèce de Bambous est

très-remarquable et mérite de fixer l’attention en Angleterre. La tige en est très-droite, d’un jaune vif rayé de vert avec une élégance et une netteté telles qu’on croirait voir l’œuvre d’un artiste habile.

Au bout de la terrasse , près de la maison , est une longue et étroite avenue de Bambous, qu’on a nommée « Orchid Walk » (la promenade des Orchidées). Cette allée offre, à toute heure de la journée, un abri sûr et frais contre les rayons du soleil qui n’y pénètrent qu’à peine, et fort affaiblis par le feuillage assez épais des Bambous. Là sont entretenues un grand nombre d’Orchidées de Chine et toutes les plantes qui ont besoin d’ombre. J’y ai remarqué notamment le Phaius grandifolius , le Cymbidium sinense et aloifolium, 1 ' Aerides odoratum, le Vanda midliflora et 1er eli folia, le llcnanllicra coccinea , le Fernandezia ensifolia , l’ Arundina sinensis , Yflabenuria Suzannœ, une espèce de Cypripedium , e t le SpathogloUis Forluni. Il y a encore quelques autres plantes, telles que le Chirita sinensis, le « Man-Neen-Chung » (une espèce de Lycopodium nain très-estimée des Chinois); enfin plusieurs curiosités végétales, et tout cet ensemble fait d’Orchid Walk un lieu des plus intéressants pour l’horticulteur.

Au delà de cette avenue est une pelouse en pente dans laquelle croissent plusieurs jolis spécimens de Bambous, le Poinciana pulcherrima, des Myrtes, des Gardénia, des Lauriers-roses, le Croton variegatnm etpictum , le Magnolia fuscala, YOlea fragrans, le Dracœna ferrea et 1 q liudleia Lindleyana. Cette dernière pilante a été rapportée par moi de Chusan en 1844 , et elle est aujourd’hui commune dans les jardins de Hong-Kong, où elle vient très-bien. Elle y est presque toujours en fleur; mais il est vrai de dire que les fleurs n’y sont pas aussi belles que dans les climats plus froids.

Une nombreuse collection de plantes en pots est disposée de chaque côté d’une large terrasse qui est devant la maison. Ce sont des Camélias, des Azaléas , des Roses , et d’autres plantes qui se trouvent dans les jardins de Fa-Tee, près

Canton. La plupart de ces pots sont peints dans le style chinois et placés sur des socles de porcelaine.

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