‹ Voyage agricole et horticole en ChineChapitre 31 sur 39 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Jardius et pépinières de Shanghai.

.le quittai de nouveau Hong-Kong pour Shanghaï, oit j’arrivai au mois d’avril 1850. Les arbres et arbustes commençaient à fleurir, et l’aspect de la campagne était charmant.

Profitant de la beauté du temps et de plusieurs jours de loisir, je résolus d’aller revoir les jardins près de cette ville, dont je savais que quelques-uns offraient un véritable intérêt.

Le premier que je visitai est à 2 ou 3 kilomètres sud-ouest de la ville, et il est bien connu de tous les résidents étrangers sous le nom de Jardin du sud (South-Garden). C’est un de ceux dans lesquels j’avais trouvé quelques plantes nouvelles à mon premier voyage en Chine; il s’étend sur enviion 1 hectare de terrain et il est entouré, comme la plupart des autres jardins , d’un fossé qui communique avec des canaux dans lesquels entre la marée. La première chose qu’on trouve en entrant est un assez chétif bâtiment, d’un seul étage, qui forme l’habitation du jardinier et de toute sa famille.

Ce jardin contient plusieurs des belles plantes importées par la Société d’horticulture de Londres de 1843 à 1846. Dans quelques pots, près de l’entrée, se trouvaient de beaux spécimens d’une plante bien connue aujourd’hui, le Weigela , de Y Indigofera décora , du Forsythia viridissima, et une jolie variété blanche du Wistaria sinensis. Près du fossé se trouvaient rangés de magnifiques Edgeworthiachrysanlha, des Gardénia jlorida Fortuniana croissant en pleine terre. Plusieurs de ces derniers avaient environ 4 pieds (anglais) [lm,20] de hauteur et 15 pieds (4m,50}de circonférence.

Ce Gardénia, lorsqu’il est couvert de ses fleurs ressemblant à celles du Camélia, est d’une beauté remarquable, et en tout temps, d’ailleurs, il forme un joli buisson toujours vert. Dans une plate-bande au milieu du jardin, la variété blanche du Platicodon grandi flora et le Dielytra spectabilis s’étalaient en pleine fleur; ces deux plantes étaient d’un admirable effet , surtout la dernière. Ses grandes fleurs en forme de bourse, de couleur rouge clair, marquées de blanc à leur extrémité et tombant avec grâce d’une branche formant la courbe, en font une plante du plus grand intérêt, et qui, sans aucun doute, jouira d’une grande faveur en Angleterre. Je vis aussi près de là plusieurs espèces de Rosiers en pots, et parmi eux la nouvelle variété de Rose jaune, nommée couleur Saumon (Salmon coloured), et qui a été introduite par la Société d’horticulture. Cette variété me parait mériter plus d’estime qu’elle n’en a obtenu lors de son introduction, et je ne doute pas qu’elle ne soit plus appréciée lorsqu’on la connaîtra davantage, et surtout lorsqu’on la cultivera mieux. Il convient de la placer à l’exposition du sud ou de l’ouest, à l’abri d’un mur sur lequel elle puisse grimper. Elle croît rapidement, donne des Roses d’une très-belle couleur et en grande quantité.

Je remarquai dans ce même jardin plusieurs jeunes sujets du Chamœrops excelsa dont j’ai déjà parlé : il est très-rustique aux environs de Shanghai et brave, sans aucun abri, les hivers les plus rudes. Il y avait plusieurs autres espèces

rie Palmier, mais qui ne jouissent, pas de la même rusticité ; quelques beaux Pêchers à fleurs doubles, dont deux surtout ont été décrits, par le docteur Lindley, dans le journal de la Société d’horticulture , et nommés l’un Pécher double blanc, l’autre Pécher cramoisi double; mais, quelque belles que soient ces deux variétés, il y en a une troisième qui l’emporte encore sur elles : elle donne de grandes fleurs blanches doubles, rayées de lignes rouges ou cramoisies. Un de ces arbres en pleine fleur est certainement le plus bel objet qu’on puisse imaginer. — Quelquefois certaines brandies offrent des fleurs d’une seule couleur, sans rayures, mais toujours rouges ou cramoisies.

Cet arbre vient d’être introduit en Angleterre, et dans quelques années il fera un des plus beaux ornements de nos jardins à l’époque du printemps.

Cette variété semble convenir particulièrement pour les cultures forcées, attendu qu’elle forme ses boulons à fleur dès l’automne et est prête à fleurir dès que la température s’adoucit un peu au printemps. En conséquence, il est certain qu’un peu de chaleur artificielle l’amènerait facilement à fleurir pour le nouvel an ou, au moins, du 1er janvier au 1er mars.

Dans le centre de « South-Garden » se trouve le tombeau de la famille, espèce de tumulus couvert d’une quantité de jolies fleurs.

Cette partie du jardin contient une collection assez nombreuse d’arbustes et même d’arbres connus plus anciennement que ceux dont je viens de donner le détail. On y voit des massifs d’un très-bel arbuste , le Reeves’ Spiræa (S. Reevesiana), le Genévrier de la Chine, X Hibiscus syriacus , le Wistaria sinensis, des Loger strœmia, et l’une des plantes favorites des Chinois, le « La-Maé » (Chimonanthus), dont les dames ornent leurs cheveux.

Après South-Garden , j’allai visiter « Moutan-Gardens » (jardin des Pœonia-moutan , Pivoines en arbre), situé à 5 ou 6 kilomètres ouest de Shanghaï, au milieu d’un vaste territoire consacré à la culture du Coton. En m’y rendant, je rencontrai un grand nombre de coolies portant des paniers remplis de Pivoines en arbre , en pleine fleur, qu’ils portaient au marché. Arrivé au jardin, j’y vis une quantité de ces mêmes plantes , les plus belles possible. Celles de couleur pourpre et lilas étaient surtout remarquables. Il y en avait une très-petite qui me parut former une espèce à part, à feuilles gracieusement découpées, portant des fleurs d’un velours pourpre foncé , comme la Rose de Toscane cultivée en Angleterre. C’est celle que les Chinois nomment « Black » (Pæonia noire) , et je crois que c’est la même que le docteur Lindley a décrite dans le journal de la Société sous le nom d b Pæonia atrosanguinea. Une autre espèce, nommée en chinois « Tse» (pourpre), porte des fleurs d’une grande dimension. C’est probablement la variété dite à mille pétales, et qui est réservée pour le jardin de l’Empereur. Enfin une troisième est nommée « Lan » ou Pæonia bleue : elle a des fleurs de la couleur du Wistciria sinensis. Il y a plusieurs autres variétés de Pæonia pourpre, parfaitement distinctes de celles dont je viens de parler, et aussi belles.

Les doubles blanches sont très-nombreuses et très-belles. La plus grande est celle que le docteur Lindley a nommée P. globosa ; mais il y en a cinq ou six autres presque aussi grandes et doubles. Quelques-unes ont une légère teinte lilas qui ajoute encore à l’éclat de la fleur. La plus chère est une variété nommée « Wang » (jaune) ; elle est, en effet, de couleur paille, assez jolie, mais non à comparer, suivant moi, à quelques-unes de celles que je viens de citer.

Les Pæonias rouges (Hong) sont aussi très-nombreuses dans ce jardin, et, chose remarquable, ces espèces, qui sont communes à Canton et même en Angleterre , sont rares à Shanghaï. Moutan-Gardens contient environ une demi-douzaine de nouvelles variétés de cette couleur; une d’elles,

nommée « Van-Yang-Hong, » est la plus belle plante que j’aie jamais vue. l es fleurs sont d’un rouge clair, différemment nuancées, parfaitement doubles , et chacune d’elles mesure 10 pouces (anglais) [25 centimètres] de diamètre. J’en ai compté jusqu’à trente variétés distinctes.

Presque toutes ces belles variétés de Pivoines en arbre sont complètement inconnues à Canton. Cela peut paraître étrange chez une nation aussi éprise des fleurs que les Chinois; mais ce peuple est tellement routinier et stationnaire dans ses habitudes, que quiconque l’a vu de près cesse de s’étonner de ces anomalies. Le fait est que les jardins de Canton abondent en fleurs importées d’un autre district bien plus éloigné vers l’ouest que Shanghaï. De temps immémorial ce district fournit à Canton ces mêmes plantes qui suivent toujours la même route et arrivent à la même époque; tandis que, jusqu’à la fin de la dernière guerre, Canton paraît n’avoir jamais eu aucun rapport avec Shanghai en ce qui concerne le commerce des fleurs. Conséquemment, ces belles Pivoines qu’on cultive près de cette dernière ville n’ont jamais pu prendre leur route vers le sud de la Chine pour de là venir en Europe.

Ce qu’on appelle Moutan-Gardensse subdivise en plusieurs petits jardins. Ils ressemblent plus à des dépendances d’un cottage qu’à toute autre chose, et sont soignés de la même manière, c’est-à-dire exclusivement par la famille. La partie féminine de la communauté n’y apporte pas moins de soin que les hommes, et paraît même plus intéressée et plus âpre au gain. J’ai remarqué que je payais toujours plus cher une plante quand la femme se mêlait du marché.

Le sol de ces jardins est un riche loam bien fumé , et par suite plus ameubli que le terrain environnant occupé par les Cotonniers.

La multiplication et la culture de la Pivoine en arbre paraissent mieux entendues à Shanghaï qu’en Angleterre. Nos pépiniéristes se plaignent toujours de ne pouvoir la multiplier que très -difficilement, et en conséquence elle reste in-

variablement à un prix très-élevé. Voici quelle est la méthode suivie par les jardiniers chinois :

Au commencement d’octobre, on voit de grandes quantités de racines de Pivoine herbacée entassées sous des abris ou des hangars. Elles sont destinées à être greiïées pour la reproduction de la Pivoine en arbre. Le groupe de tubercules dont se compose la racine est divisé par fragments qui servent de sujets sur lesquels la Pivoine moutan sera greffée. Ayant posé une certaine quantité de ces racines sur la couche où elles doivent être mises en pot, on apporte alors des greffes de la plante qu’on désire multiplier ; on choisit la pointe cl’un bourgeon produit pendant l’été. Chacun de ces bourgeons n’a pas plus de 1 pouce et demi à 2 pouces (anglais) [3 à 4 centimètres] de longueur; sa base est taillée en forme de coin et introduite dans la partie supérieure de la racine de Pivoine herbacée. Cette greffe est liée ou assujettie avec de l’argile de la manière ordinaire, et l’opération est terminée.

Lorsqu’un assez grand nombre de pieds ont été préparés de cette manière, on les porte à la pépinière, où ils sont plantés en lignes à environ 1 pied et demi (43 centimètres) de distance, et en laissant le même intervalle entre chaque rangée. Dans cette opération, on ne laisse sortir de terre que le bouton ou l’extrémité du scion. Le point de jonction entre le sujet et la greffe où la reprise doit s’opérer est toujours enterré au-dessous de la surface du sol. Kaempfer dit que les Chinois multiplient la Pivoine par la greffe en écusson ; mais c’est une erreur. Cette méthode n’est pratiquée nulle part en Chine, où on ne la comprend même pas. Kaempfer a été sans doute trompé par l’aspect de la petite portion de la greffe que l’on emploie et qui, en effet, a généralement un simple bouton à son extrémité.

Des milliers de plantes sont greffées de cette manière chaque automne, et en voyant le peu de places qui restent vides dans chaque ligne, il est facile de reconnaître que l’opération réussit très-bien. En effet, il est rare qu’une greffe vienne à

manquer. Au bout d’une quinzaine de jours, tout au plus, la reprise est complète, et au printemps la plante bien constituée accomplit les phases de sa végétation dans les meilleures condi lions.

Ces Pivoines greffées fleurissent souvent dans le premier printemps, rarement plus tard que la seconde année, et alors on les relève pour les porter au marché. Lorsque la plante n’a qu’une tige et un seul bouton à fleur, elle a plus de valeur aux yeux du pépiniériste que si elle était plus garnie. Dans cet état, elle se vend mieux, attendu qu’elle produit une trèsgrande fleur, et qu’elle est, d’ailleurs, plus commode à lever et à porter au marché. J’en ai fait l’expérience personnelle, ayant toujours dû payer plus cher les petites plantes que les grandes, et ce par le rnotiî que je viens d’indiquer.

Dans les jardins des mandarins les Pivoines en arbre atteignent souvent un grand développement. Il y avait près de Shanghaï, à l’époque ou j’y étais, un pied qui produisait de trois à quatre cents fleurs chaque année. Son propriétaire lui portait la même affection et les mêmes soins que l’amateur de Tulipes à sa plus belle plate-bande. Lorsqu’elle était en fleur, il ne manquait pas de la garantir des rayons du soleil par une espèce de tente ou d’abri en canevas, et il avait fait placer en face un siège où il venait souvent s’installer pour la contempler. Il y restait, chaque jour, des heures entières, fumant pipe sur pipe, savourant de nombreuses tasses de Thé, et ne cessait, pendant tout le temps, d’admirer les charmes de sa « Moulan-Wha » favorite. Il est certain que c’était une splendide plante, bien digne du culte assidu que lui rendait son heureux possesseur.

La Pivoine en arbre se trouve à l’état sauvage dans les montagnes du centre, et elle est cultivée comme plante de jardin dans tout le reste de l’empire. Les Chinois lui donnent le nom de « Moulan-Wha, » et c’est ce qui a fait que les botanistes européens, conservant à cette espèce le nom chinois, l’ont appelée Pœonia Moutan. On la trouva d’abord dans les jardins des environs de Canton, mais ce n’est pas de là

quelle est originaire ; les jardiniers de cette partie de la Chine en font un grand commerce avec les horticulteurs qui la leur apportent des provinces de Hoo-Nan, et de la partie orientale du Kiang-Nan , c’est-à-dire d’une distance d’au moins 150 myriamètres. Ces transports ont lieu pendant l’hiver, alors que les plantes sont dépourvues de feuilles et à l’état de repos. Les racines sont empaquetées dans des paniers avec un peu de terre, et voyagent ainsi par tout l’empire sans éprouver aucune altération. Aussitôt leur arrivée, elles sont mises en pot par les jardiniers, et à raison de la différence de température elles ne tardent pas à fleurir. Dans les mois d’hiver, on ne voit que rarement de la neige sur les montagnes des environs de Canton et de Hong-Kong, et le temps est quelquefois très-doux. Dès lors on conçoit que ce changement de climat agit sur les plantes presque comme l’atmosphère d’une serre et accélère la floraison. Dès que les boutons à fleur sont bien formés, les gens du pays s’empressent de faire leurs achats pour la décoration de leurs appartements et de leurs fenêtres.

Le prix de chaque pied varie, non pas à raison de sa dimension ou de sa force, mais suivant le nombre de boutons qu’il porte. La première chose que fait un pépiniériste quand on lui demande le prix d’une Pivoine en arbie , c’est de compter les boutons. Si elle n’en a qu’un, c’est un quart de dollar (1); si elle en a deux, un demi-dollar , et ainsi de suite ; et cela se conçoit. Cette plante, transportée des provinces du nord-ouest dans le climat chaud de la Chine méridionale, n’a qu’unecourtedurée. Arrivée dans de bonnes conditions de force et de santé, elle fleurit très-bien la première année ; puis, se trouvant privée de la période de repos dont elle jouit dans son habitat naturel et qui est due à la rigueur de l’hiver, elle languit, et, si elle ne meurt pas, elle perd beaucoup de sa beauté et cesse d’avoir du prix comme plante d’ornement. Il en résulle que les Chinois du sud n’essayent

U) Le dollar vaut environ 5 l'r. 40 cent.

même jamais de la conserver après qu’elle a fleuri une fois. Dès lors il est naturel que sa valeur vénale soit proportionnée à la quantité de fleurs qu’on peut en attendre. Telles sont les circonstances qui entretiennent le commerce annuel entre Canton et le pays d’origine de la Pivoine en arbre.

Suivant Loudon , la première fut introduite en Europe en 1787. Dans son Arboretum et fruticetum britannicuni, nous trouvons la notice suivante : « D’après les dessins chi- « nois et les louanges excessives données à celte plante dans « les mémoires des missionnaires, sir Joseph Banks et quel- « ques autres botanistes désiraient vivement l’introduire en « Angleterre. Sur l’invitation de sir Joseph Banks, M. Dun- « can, médecin attaché au service de la compagnie des Indes, « parvint à s’en procurer un pied qui fut envoyé à Londres « en 1787 et placé au jardin royal de Kew.

« Une des plus larges Pivoines en arbre qu’on eût encore « vues depuis cette époque existait encore récemment (1825) « à Spring-Grove , où elle avait été plantée par sir Joseph « Banks lui-même. Elle avait de 6 à 8 pieds (de lm,80 à 2m,40) « de hauteur, et 8 à 10 pieds (2m,40 à 3 mètres) de diamètre. « Il y en a également de très-belles au midi de Londres, à « Rook’s-Nest, près de Godstone, Surrey, qui ont été plan- « tées en 1818. Dans la direction du nord, chez sir Ahraham « Hume, a ’Wormbeyhury, Herlfordshire, existela plusgrande « Pivoine de tout le comté. Elle a 7 pieds (2m,10) de haut, et « forme un buisson de 14 pieds (4m,20) de diamètre après « trente ans de plantation. Elle supporte, en général, assez « bien l’hiver; mais, si les boutons à fleur sortent irop tôt en <c février, il devient indispensable de la couvrir légèrement « avec un paillasson.

« En 1833 elle portait trois cent vingt fleurs, toutes très- « bien formées ; mais on assure quelle a donné jusqu’à trois « fois ce nombre.

« Dans plusieurs parties de l’Ecosse, les Pivoines en arbre « pourront venir sans abri, et près de la mer elles réussi- « ront aussi bien qu’en Angleterre. Les plus belles plantes

« connues jusqu’ici dans cette partie du Royaume-Uni sont « à Hopeton-House et à Dalkeith-Park. En Irlande, cette « plante atteint de grandes dimensions sans avoir presque a besoin d’abri, ainsi qu’on le voit par un spécimen existant « chez lord Ferrand, et qui a 12 pieds (3m,60) de hauteur. »

Quelques jours après avoir visité le jardin des Pivoines, j’allai voir celui des Azaléas, qui est également très-digne d’intérêt. A 5 ou 6 kilomètres de la ville se trouvent deux pépinières, dont chacune contient une très-belle et très-considérable collection. On les désigne sous le nom de Pou-Shan Gardons, et elles sont fréquemment visitées par les étrangers. La route traverse un pays très-uni et très-bien cultivé. On apercevait çà et là des massifs d’arbres de deux sortes bien tranchées. Les arbres à feuilles caduques, recouverts d’une fraîche verdure à laquelle les insectes n’avaient encore fait aucun tort, annonçaient l’existence d’un village. Les arbres verts, parmi lesquels dominaient les Cyprès et les Genévriers, étaient surtout placés près des tombes disséminées dans la compagne.

En une heure de marche j’atteignis Pou-Shan Gardens. Le jardinier me reçut très-bien , m’offrit la tasse de Thé de rigueur, après quoi il s’empressa de me faire voir l’établissement.

A la façade de la maison, sur trois ou quatre rangées de tablettes, figuraient des plantes japonaises dont le brave homme avait une assez belle collection. Il me fit ensuite remorquer, au même endroit, une petite espèce de Pin trèsestimée, et qui, lorsqu’on peut la réduire à l’état d’arbre nain, a beaucoup de valeur. Il est généralement greffé sur une espèce de Stone-Pine (1).

L’AznJea oblusa placé sur les tablettes, et quelques-unes de ses variétés semi-doubles très-prisées des Chinois, étaient en pleine fleur. Je n’ai jamais vu , en Angleterre, cette plante

(1) Pinus pinea ( Stone-Pine ), Pin à tête ronde.

briller d’un éclat aussi vif qu’en Chine. Je vis là une trèsjolie variété , tout à fait nouvelle, qui porte en très-grande quantité de petites fleurs rouges semi-doubles. Je ne doute pas qu’elle n’ait beaucoup de succès parmi mes compatriotes. La nouveauté de sa nuance, ses petites feuilles, la pureté de ses formes la rendront très-précieuse pour les bouquets et pour l’ornement des habitations. Je l’ai nommée Azalea arnœna, et elle est maintenant en Angleterre.

A côté des Azaléas je remarquai un joli arbrisseau, tout nouveau également, que je pris d’abord, par erreur, pour un Houx. Je reconnus bientôt que c’était une espèce de Skimmia, dont le docteur Eindley a parlé comme d’un Skimmia japonica. Elle diffère complètement de la plante connue sous ce nom dans nos jardins, et je propose de la nommer Skimmia Recvesiana (1). Elle produit une prodigieuse quantité de fleurs blanchâtres d’un parfum délicieux, et se couvre ensuite de grappes de petites baies rouges comme notre Houx.

Ses feuilles toujours vertes, son port élégant ajoutent encore à sa beauté, et elle ne peut manquer de devenir une de nos plantes favorites. Ees Chinois la nomment Wang- Shang-Kwei . On dit qu’elle a été découverte dans le Wang- Shang, une célèbre montagne du district de Hwiiy-Cltow.

Après avoir examiné les plantes placées sur les tablettes, j'entrai dans la division principale du jardin, située derrière la maison, et je pus jouir alors d’un magnifique coup d’œil. Deux énormes masses d’Azaléas couverts de fleurs brillantes étaient rangées de chaque côté d’un petit mur très-bas, et ce n’étaient pas des variétés médiocres. Le plus grand nombre appartenait à la même section que VA. indica (les variétés de Y A. variegala ne fleurissant pas sitôt); les autres espèces, si communes à Canton et dans tout le midi de la Chine,

1,1) Pour rendre hommage à John Recves, esq., qui a introduit dans notre pays beaucoup de plantes de Chine, et qui m’a été d’un grand secours pendant la durée de ma mission en Chine. R. F.

étaient ici comparativement rares. Une autre variété trèsbelle , tenant assez de VA. indien et à feuilles demi-persistantes, avait des fleurs panachées bleu pâle et lilas , ou bien des taches de cette dernière couleur sur un fond blanc. Quelquefois elle joue; ainsi, à côté de ses fleurs couleur de chair, elle en porte, sur le même pied, d’autres de couleur pourpre. On a nommé cette variété Azalea vittala. Il y a encore une espèce voisine de celle-ci, et que j’ai nommée A. beatei, portant des fleurs rayées de rouge.

Celles-ci sont tout à fait nouvelles et fleurissent de bonne heure au printemps, environ trois semaines ou un mois avant la section à laquelle appartient Y Azalea variegata. Une variété rouge qui fleurit tard mérite aussi d’être mentionnée. Sa structure diffère de toute autre espèce connue ; ses feuilles sont d'un vert foncé brillant et toujours vertes. Ses fleurs sont d’un rouge clair et très-grandes. Chaque fleur porte bien 3 à k pouces (anglais) [8 à 10 centimètres] de diamètre. On m’a dit que c’était une espèce japonaise. On voit maintenant des spécimens de cette belle plante dans quelques jar d i n s d’ An gle te rre .

Passant ensuite un petit pont de bois, j’entrai dans le troisième compartiment du jardin, ne contenant qu’une collection d’arbustes communs du pays. Le long des bords d’un fossé dans lequel monte la marée se trouve une rangée d ’Olea fragrans. C'est le fameux Kvei-AYha des Chinois et une de leurs plantes préférées. Elle forme un buisson assez développé, à peu près de la forme d’un Lilas, et fleurit en automne. Il y en a trois ou quatre, dont la différence essentielle consiste dans la couleur des pétales.

Celles qui donnent des fleurs d’un jaune brunâtre sont les plus belles et les plus estimées des Chinois. On en voit des touffes près de tous les villages des provinces du nord-est, et elles abondent dans les jardins et pépinières. A l’automne, lorsqu’elles sont en fleur, l’air, aux environs, est littéralement saturé du parfum le plus délicieux. Un seul pied suffit pour embaumer tout un jardin.

En Angleterre, nous ne nous doutons pas de la beauté de ces charmantes plantes; aussi suis-je assuré qu’il suffira que nos jardiniers s’en emparent pour être amplement payés de leur peine. Tout ce qu’il lui faut, c’est, une serre froide à châssis mobile, de manière à ce que les plantes puissent être à l’air libre pendant une partie de l’année.

L’été, pendant le temps de sa croissance, elle exige une chaleur humide pour que la partie ligneuse encore jeune puisse s’aoûter. En automne, il faut la tenir dans une température assez sèche, et l’hiver ne pas chauffer la serre ou très-peu. Delà sorte, elle se trouvera soumise à un régime analogue à celui de sa contrée natale. Dans le centre et dans le nord de la Chine, où YOlea fragrans réussit beaucoup mieux que sous le climat chaud du midi, les hivers sont souvent très-froids. Le thermomètre (Fahr.) y est quelquefois à plusieurs degrés au-dessous de glace. Les étés sont trèschauds. Dans les mois de juin, juillet et août, le thermomètre marque, pendant le jour, entre 80° et 100“ Fahr. (20° et 38 centigrades). Les mois de mai et de juin sont, en général, humides.

Les fleurs du Ivwei-AVha procurent de grands bénéfices aux petits horticulteurs ou aux pépiniéristes qui en approvisionnent le marché. Les grandes villes en font d’immenses achats. Les dames aiment beaucoup à en mettre des couronnes dans leurs cheveux. On les fait aussi sécher pour les mettre dans les vases qui ornent les habitations. Enfin , comme je l’ai déjà indiqué, on les mêle avec les Thés de qualité supérieure pour les parfumer.

Avant de quitter Azalea-Gardens , je dois signaler une plante qui était en fleur justement à l’époque où je l’ai visité. C’était un spécimen de la Wistaria chinensis (Glycine de Chine) à l’état d’arbre nain et croissant dans un pot. Ou reconnaissait évidemment, à la grosseur de sa tige, qu’il était déjà âgé. Il avait environ G pieds (anglais) [lm,80] de haut; les branches sortaient de la tige de la manière la plus régulière et la plus symétrique, et il donnait bien l’idée d’un

arbre en miniature. Chacune de ces branches était chargée d’une longue grappe de fleurs lilas pendantes, qui tombaient des branches horizontales et le taisaient ressembler à une fontaine florale.

La Wistaria chinensis est depuis longtemps connue en Europe, et il y en a qui atteignent de très-grandes dimensions sur les murs de nos habitations et de nos jardins. Elle y fut apportée d’un jardin voisin de Canton, appartenant à un Chinois du nom de Consequa; mais elle n’est pas originaire du midi de la Chine ; elle y atteint même rarement toute sa perfection. D’ailleurs cette seule circonstance, quelle est parfaitement rustique en Angleterre, suffirait pour indiquer qu’elle tire son origine des provinces du nord.

Je visitai encore, à 12 ou 15 kilomètres de Shanghaï, plusieurs pépinières de moindre importance. Dans l’une d’elles je trouvai enfin le Camélia jaune, que j’avais longtemps cherché sans pouvoir le découvrir. Celui-ci était alors en fleur. C’est certainement une plante curieuse, quoique , à vrai dire, elle ne soit pas très-jolie. La fleur se rapporte au Camélia de la classe Warratah. Les pétales extérieurs sont blancs; ceux du centre sont jaunes. Elle semble appartenir, par son feuillage, à une espèce distincte, et sera probablement plus rustique qu’aucune de la même famille.

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