CHAPITRE VINGT-TROISIÈME
La seule inscription que j'aie recueillie h Tebourba est la suivante : elle revêt un gros bloc qui sert aujourd'hui de banc près de la porte d'une maison :
CPORCIO
QVIRSATVRNINO IVNIORI TRIB . . . LEGXMICF ....
TRIBLEGXMII . . .
OB ADSIDVA IN REMPVBLICAM MERITA D DP P
Beaucoup plus grande que la ville moderne^ la ville antique s'étendait en dehors de la première , sur une colline que couronne une zaouïa vénérée sous le nom de Sidi-Rhars- Allah; elle comprenait aussi la dachera Rhars- Allah , petit village ainsi appelé à cause du voisinage de la zaouïa précédente, et où Ton remarque quelques débris antiques, et, entre autres, les fragments d'un pavé en mosaïque.
A l'époque chrétienne, il est fait mention d'un episcopus Tuburbùanorum Mînorum* .
Les habitants actuels descendent pour la plupart de Maures andalous. Us cultivent autour de Tebourba de fertiles vergers , dont les fruits contribuent à alimenter les marchés de Tunis.
En rentrant à Dar-el-Bey, je vois bientôt se presser en foule, dans l'après-midi, sous le vestibule de cette maison, de nombreux auditeurs qu'attirent les accents d'un chanteur, simple trabelsi ou paysan originaire de TripoU , qui entonne une espèce de poëme d'une quarantaine de couplets en l'hon-
< Pellissier, p. 412.
, ^ MorcelU, Africa chrisHana, t. I, p. 333.
neur du fameux Rhouma, le chef de la dernière insurrection du Nefzaoua. La voix de ce trabeisi est forte et vibrante; elle a je ne sais quoi de sauvage et d'harmonieux à la fois qui saisit et qui charme en même temps. Dès les premiers couplets, le barde rustique est maître de son auditoire. A mesure qu'il chante, l'enthousiasme général qu'il excite de plus en plus le transporte et l'enivre lui-même , et ses accents ont tout le feu et toute l'animation d'un chant de guerre. Chaque couplet ramène le nom de Rhouma, et le héros de Kebilli est exalté jusqu'aux cieux. Quand la dernière strophe est achevée et que les derniers sons de cette voix mâle et puissante ont cessé de retentir, les applaudissements les plus sympathiques font écho de toutes parts.
Ce petit poëme est très -populaire dans la contrée du Nefzaoua. C'est là sans doute ou parmi les tribus de la Tripo- Utaine qu'il aura été composé.
4 juillet.
A deux heures quinze minutes du matin , nous nous mettons en marche, éclairés par les rayons de la lune. Nous commençons par traverser, l'espace de plusieurs kilomètres, de belles plantations d'oliviers.
A quatre heures, nous arrivons à Djédéïda. C'est un petit village situé près de la Medjerdah, que l'on franchit en cet endroit sur un pont en pierre bien construit. Laissant ce pont à notre droite, nous poursuivons notre route le long de la rive gauche du fleuve. Je remarque de nombreux puits échelonnés de distance en distance. Ils ont été pratiqués sur les berges mêmes de la Medjerdah, dont l'eau est élevée par le mode de puisage usité dans le pays au niveau des terres voisines, afin de pouvoir les arroser.
A quatire heures vingt minutes, nous voyons fuir presque sous les pas de nos chevaux un serpent dont la longueur égale au moins deux mètres. Il traverse la route avec la rapi-