CHAPITRE QUATRIÈME
employés dans des maisons et des magasins modernes, les seuls restes de l'ancienne ville.
Une autre ruine, située à un kilomètre environ au sudouest du village actuel , est connue sous le nom de Kenisieh (l'église), et semble en efFet avoir été jadis une chapelle chrétienne; elle avoisine la carrière que j'ai mentionnée.
On a depuis longtemps identifié Korbès avec la ville de Garpis, signalée par Ptolémée. Pline ' écrit Carpi.
L'Itinéraire maritime compte cent cinquante stades de Garpi à Carthage, ce qui est précisément la distance qui sépare par mer Hammam-Korbès de l'ancien port de Garthage. Il n'y a donc pas de doute à conserver sur l'identité de Carpi et de Korbès. D'ailleurs, le nom antique de cette localité ne s'est-il pas maintenu dans le nom moderne, qui ne fait que traduire sous une forme arabe la dénomination grecque et latine?
Dans la Table de Peutinger, cette ville est désignée sous le nom de Ad Aquas et marquée comme étant à XXI milles de Maxula; c'est effectivement l'intervalle qui s'étend par terre entre Hammam-Korbès et Hanmiam-el-Lif, où j'ai placé Maxula.
Un passage de Tite-Live*, déjà cité par Shaw, nous apprend que plusieurs des vaisseaux de la flotte d'Octavius firent naufrage en face de Carthage, près des Eaux-Chaudes.
« Ipse (Cn. Octavius) cum rostratis per adversos fluctus ingenti remigum labore enixus, ApoUinis promontorium tenuit; onerariae pars maxima ad Aegimurum, aliae adversus urbem ipsam ad Calidas Aquas delatae sunt. »
Ces Aquae Calidae sont très-certainement les Aquae de la Table de Peutinger et les sources thermales de Hammam- Korbès. La dénomination qui leur est donnée dans ce passage colivient d'autant mieux aux eaux de cette dernière
i Plin., V, 4.
2 Tit.-Liv., 1. XXX, c. XXIV.
localitë, que celles-ci sont de beaucoup les plus chaudes de la Régence, et que, sous ce rapport, elles ne sont, je crois, égalées dans tout le nord de l'Afrique que par celles de Hammam-Meskhoutin , en Algérie, les Aquae Thibilitanae des anciens.
A l'époque chrétienne * , Carpi était le siège d'un évéchë. Lorsque l'empereur Julien monta sur le trône, cette petite ville devint le théâtre d'un affreux massacre de la part des donatistes , qui exercèrent de cruelles vengeances contre les catholiques.
Les habitants actuels de Hammam-Korbès sont tous musulmans; ils ne dépassent guère quatre cent cinquante âmes, et sont d'une ignorance superstitieuse fort singulière, témoin le fait suivant qui s'est passé sous mes yeux.
Vers trois heures quinze minutes de l'après-midi, le soleil, un instant auparavant splendide et radieux, commença tout à coup à pâlir. (On se rappelle la belle éclipse qui eut lieu le 18 juillet 1860.) A la vue de l'affaiblissement progressif et assez rapide de la lumière éclatante de cet astre , l'étonnement, la crainte, et bientôt la consternation la plus profonde régnent à Korbès. Je fais expliquer en vain par Malaspina au scheik la cause toute naturelle de ce phénomène; il reste incrédule à ces explications. Cependant l'obscurité augmente, et avec elle la terreur dans le village. Tous les habitants s'imaginent que cette espèce de nuit soudaine qui se fait autour d'eux présage quelque grande catastrophe ; en même temps, comme pour réveiller l'astre du jour de sa léthargie et de son évanouissement , chacun s'ingénie à produire le vacarme le plus étrange et le plus étourdissant qui se puisse concevoir; les uns agitent des sonnettes, les autres frappent à coups redoublés sur des chaudrons, ceux-ci poussent des cris discordants, ceux-là éclatent en lamentations
^ Morceili, Africa christiana, t. I, p. lîl.