CHAPITRE QUATRIÈME
et en sanglots, tous, en un mot, me rappellent par ces diverses manifestations de leur trouble et de leur effroi ce que l'on raconte dans de pareilles circonstances de plusieurs peuples anciens.
A mesure que la lumière ëclipsée du soleil commence à reprendre plus d*ëclat, le bruit diminue, et il cesse tout à &it quand l'astre illuminateur, un moment obscurci, a reparu dans toute sa gloire en recouvrant sa splendeur première.
Je ne dois pas oublier de signaler ici une particularité curieuse. La veille au soir, un vieillard de l'endroit , attaché à une zaouYa, n'avait pas manqué de dire à deux riches Arabes atteints de rhumatismes, qui arrivaient presque en même temps que moi à Korbès avec l'intention d'y prendre les eaux : « Vous survenez sous de mauvais auspices , et je crains bien que les bains ne vous soient pas aussi salutaires qu'ils auraient dû l'être, car voici un chrétien dont l'arrivée, qui coïncide avec la vôtre, pourra vous être préjudiciable. »
Le même vieillard, lorsque eut lieu l'éclipsé de soleil, ajouta : « Je ne m'étais pas trompé , la présence des chrétiens nous est toujours funeste. »
Ces propos, qui me furent rapportés, me firent sourire de pitié pour l'aveuglement fanatique de ce vieux musulman; je ne me serais jamais cru, en effet, tant de puissance ni sur les eaux ni sur les astres, et il fallait que je vinsse à Korbès pour être transformé tout à coup en un sorcier aussi redoutable.