CHAPITRE SIXIÈME
Description de l'henchir Sidi-Diiond-en-Noubi. — Zaouîa consacrée k ce santon; légende qui s*y rattache. — Découverte d*une inscription confirmant la supposition des voyageurs qui avaient placé en ce lieu la ville de Missua.
L'henchir Sidi-Daoud-en-Noubi offre les ruines, d'année en année moins considérables, d'une ville antique assez étendue. L'emplacement qu'elle occupait est aujourd'hui inhabité, à l'exception d'une zaouîa et de quelques bâtiments attenants. Non -seulement les maisons partiailières, mais encore les édifices publics ont disparu du sol , et sont actuellement remplacés, comme à Meraïssa, par une multitude de fosses plus ou moins profondes creusées dans le même but. Toutefois, près du rivage, on remarque encore sur un monticule les débris d'une puissante construction qui semble avoir eu une destination miUtaire, et qui, par les couches épaisses de cendres qu'on y trouve, atteste qu'elle a subi
ractioD d'un violent incendie. Je signalerai aussi les restes d'une belle mosaïque qui ornait un monument entièrement détruit, et une quinzaine de puits bâtis en pierres de taille. Les colons attachés à la zaouïa continuent à s'en servir, et y puisent l'eau dont ils ont besoin pour arroser leurs champs. Une partie, en effet, de l'enceinte de cette cité a été débarrassée des décombres qui la recouvraient et livrée ensuite à la culture. J'y ai admiré de superbes plantations de dourra ou maïs , et de droh , espèce de millet blanc avec lequel les Arabes engraissent leurs troupeaux. Pour Je dire en passant, ce droh, qui prospère très-bien en Tunisie, et notamment dans la presqu'île du cap Bon, est également employé pour une autre fin par les Maures , par les Arabes et par les Juife. On n'ignore pas que les musulmans et les enfants d'Israël font consister la beauté de la femme dans un embonpoint excessif. Lors donc qu'une jeune fille, musulmane ou juive , est à marier, ses parents , croyant par là relever et accroître ses attraits, la condamnent pendant quelque temps à un repos presque absolu et à une nourriture propre à atteindre le but qu'ils se proposent. Or, le droh, à ce qu'il parait, mangé sous forme d'une semoule épaisse, joue le principal rôle dans ce singulier régime d'alimentation.
Pour en revenir à l'henchir Sidi-Daoud-en-Noubi , il tire ce nom moderne de la zaouïa dont j'ai déjà fait mention. L'oukil de cette zaouïa m'apprend qu'elle fat fondée il y a huit cent trente-trois ans , et que le corps de Sidi-Daoud y fat alors déposé. Ce santon était originaire d'un petit village voisin nommé Boukrim. Sur le point de rendre le dernier soupir, il ordonna à ses fils de placer après sa mort son corps sur sa mule, et de l'enterrer là où celle-ci, abandonnée à elle-même, suspendrait sa marche. Ses dernières volontés farent fidèlement exécutées, et la mule du vieux serviteur d'Allah, chargée du cadavre de son ancien maître, s'étant