CHAPITRE NEUVIÈME
Cette petite ville contient douze cents habitants. Elle est située à deux kilomètres de la mer ; la ville antique qu'elle a remplacée bordait, au contraire, le rivage.
Pendant que nous commençons à nous installer dans une chambre que le khalife nous ofFre, je reçois la visite d'un jeune Européen fort obligeant. M. Conversano, c'est le nom de mon aimable visiteur, m'apprend que son père, Napolitain d'origine, est agent sanitaire de Kehbia et en même temps agent consulaire de toutes les principales puissances chrétiennes. Il se met lui-même complètement a ma disposition pour me montrer, le lendemain, les restes qui subsistent encore de l'ancienne cité. Je passe la soirée chez son père, vieillard de soixante-dix-sept ans et atteint d'une infirmitc; incurable qui, jointe au poids des ans, a affaibli singulièrement son corps, mais sans rien enlever à la vivacité de son imagination.
22 juillet.
A huit heures du matin, M. Conversano fils vient me prendre, et nous tournons d'abord nos pas vers l'acropole de la ville antique. Cette acropole occupait un plateau rocheux, peu éloigné de la mer et ayant un kilomètre de pourtour. L'élévation de ce plateau est d'environ cent cinquante à cent soixante mètres. Il est actuellement couronné par une citadelle, que les uns attribuent aux Espagnols et les autres aux musulmans. Celle-ci est à peu près carrée; trois tours défendent chaque face. Ayant obtenu de l'ious-bachi la permission d'y pénétrer, nous la visitons en tous sens. Une faible garnison d'une vingtaine de soldats y est logée. Parmi les pièces de canon qui arment les plates-foimes des tours, je remarque sur l'une d'entre elles, de fabrique espagnole, la légende qui suit :