CHAPITRE DIXIÈME
d'anciennes constructions autour d'une petite crique. Les fragments d'une mosaïque y attirent surtout mon attention.
 huit heures trente minutes, nous laissons à notre droite le Ras-el-Asoud, ainsi nomme à cause des rochers noirs qui constituent ce cap.
 neuf heures, nous faisons halte au milieu de l'henchir Tarfa. On disting^ue là, près du rivage, les restes d'une nécropole antique à moitié recouverte par des dunes de sable et qui porte le nom de Djebbanet-Tarfa, à cause des tamariscs (tarfa), mêlés de genévriers, qui croissent en touffes épaisses autour d'un marais voisin. Les tombeaux de cette nécropole sont tous construits en blocage. Les uns sont oblongs, bombés en dos d'âne, et reposent sur un soubassement; d'autres sont plats : six offrent la forme d'un pilier h peu près carré, se terminant en pyramide et s'élevant sur un ou deux gradins. Sur la principale face de ces piliers, hauts de un mètre cinquante centimètres a deux mètres, est une petite niche pratiquée dans l'épaisseur de la construction. Ces tombeaux sont revêtus extérieurement d'un ciment trèspuissant, dans lequel sont engagés de nombreux fragments de poterie concassée.
A midi trente minutes, nous reprenons la route de Kelibia, où nous rentrons à trois heures cinquante minutes.
Vers cinq heiu*es, cette petite ville retentit de coups de fusil multipliés. Une jeune fiancée est promenée triomphalement sur un chameau paré pour la circonstance. Des cris joyeux la suivent partout; à ces cris se mêlent d'incessantes détonations d'armes à feu. Le fiancé, avec ses amis, exécute à cheval plusieurs charges brillantes; il semble se complaire à déployer dans cette fantazia, aux yeux de celle qu'il aime, sa force et son adresse. Mais trop souvent, hélas ! le malheur marche de près sur les pas du bonheur, et les cris d'allégresse se changent vite en cris de désespoir et en gémissements funèbres. Pendant que le fiitur époux, enivré par l'amour,
cherche à surpasser les plus habiles cavaliers en déchargeant en même temps tantôt son long fusil orné de nacre , tantôt ses pistolets, une amorce enflammée met le feu à sa cartouchière entr'ouverte, et bientôt une horrible explosion se fait entendre. U tombe comme foudroyé de cheval, couvert d'affreuses blessures, mais respirant encore. A cette vue, sa fiancée pousse un cri déchirant, et elle est ramenée évanouie dans la maison paternelle. Quant à l'infortuné jeune homme, ses brûlures étaient trop profondes pour qu'il y eût espoir de le sauver, et la cérémonie de ses noces devait pour lui être remplacée pai* celle de ses funérailles.
A sept heures du soir, je me rends chez M. Gonversano père et je fais mes adieux à ce respectable vieillard; je remercie aussi son fils de l'extrême obligeance avec laquelle, depuis deux jours, il m'a servi de guide tant au dedans qu'au dehors de Kehbia.
GHAPITRE ONZIÈME.
Henchir Aïn-el-Harouri. — Bourg de Menzel-Temine. — Oued cl Kasr- Lebna. — Kasr-es-Sâd. — Village de Gourchine. — Oued Belie^ts. — Henchir-el-Rarrouba. — Arrivée à Kourba.
t% juillet.
Partis de Kelibia à cinq heures du matin, et après une marche d'une heure dans la direction du sud-ouest, nous parvenons à la source de l'oued El-Harouri. A côté de cette source est un réservoir antique plein d'eau, dans lequel se jouent de nombreuses tortues. A quelques pas de là, sur les bords de l'oued , git renversé au milieu des broussailles un sarcophage de marbre blanc; il mesure deux mètres vingt centimètres de long sur soixante-treize centimètres de large. Au centre de sa face principale, dans une sorte de cadre
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