‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 207 sur 284 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

qnante de large. Quatre portes principales donnaient entrée dans ce vaste monument. On avait profité, pour le construire, d'un bassin naturel formé par un vallon elliptique , comme je l'ai déjà remarqué à propos de 1 amphithéâtre d'Utique.

5*^ Ailleurs, je foule les vestiges d'un temple. La cella en est complètement démolie. Un certain nombre de tronçons de colonnes sont dispersés sur le sol. Ce temple, à l'époque chrétienne, a dû être transformé en église.

6* Sur un oued subsiste encore un pont de trois arches; il a été bâti avec des blocs de grandes dimensions.

7* Je dois citer aussi les restes d'un aqueduc qui amenait à la ville les eaux d'une montagne peu éloignée. Le canal était porté sur des arcades qui reposaient elles-mêmes sur des pieds-droits construits en pierres de taille et séparés les uns des autres par un intervalle de trois mètres. Quelquesuns de ces piliers sont encore debout; ils mesurent en largeur deux mètres trente centimètres dans un sens et deux mètres seulement dans un autre.

8' Près la ligne de cet aqueduc est un beau puits antique, revêtu intérieurement de superbes blocs rectangulaires. Les Arabes des douars environnants continuent à y venir puiser l'eau dont ils ont besoin.

9* Mais ce qui atteste surtout l'importance ancienne de la cité dont j'analyse en ce moment les ruines les plus apparentes, c'est le nombre, la grandeur et le caractère monumental des citernes qu'elle renfermait; j'en ai observé trois, entre autres, dont je vais dire quelques mots.

La première mesure trente-deux pas de long sur dix-huit de large; elle était divisée en trois compartiments, aujourd'hui en partie détruits : les voûtes qui la recouvraient se sont affaissées sur elles-mêmes.

La seconde est longue d'au moins soixante pas et large de vingt. Construite comme la précédente en belles pierres de taille, elle se composait de quatre compartiments, dont trois

dans le sens de la longueur et le quatrième, en équerre, dans celui de la largeur. Les trois compartiments long^itudinaux ne sont plus maintenant distincts, car les gros piliers qui les séparaient sont renversés et leur chute a amené celle des voûtes qu'ils soutenaient.

La troisième citerne enfin se compose de huit réservoirs, dont sept parallèles les uns aux autres et le huitième placé en équerre par rapport aux précédents. Cette citerne est à la fois la plus vaste et la mieux conservée de toutes. Dans son ensemble, elle forme une construction carrée mesurant quarante-huit pas sur chaque face; les voûtes sont en partie intactes : l'enduit dont les parois de chacun des réservoirs avaient été revêtues tient encore en beaucoup d'endroits.

Chose singulière, je n'ai pas découvert le moindre fragment d'inscription sur l'emplacement de cette antique cité. C'était néanmoins une ville considérable, comme le prouvent les divers monuments dont j'ai signalé les débris. Déserte et abandonnée depuis longtemps, elle n'est plus maintenant habitée que par un (jrand nombre de chacals qui ont creusé leurs terriers au milieu des ruines de ses citernes, de son théâtre, de son amphithéâtre et de ses autres édifices renversés. Son nom actuel de Oudena a fait supposer avec raison qu'il fallait l'identifier avec l'ancienne Uthina , qui nous est connue par Ptolémée et par Pline; ce dernier écrivain la mentionne parmi les colonies. Dans la Table de Peutinger, elle est marquée, par erreur, sous la dénomination d'Uthica.

Au nombre des évéques de la province Proconsulaire figure plusieurs fois dans les conciles un epùcopus Vthinensis vel Utinensis '.

Du reste, cette ville n'a laissé aucun souvenir dans l'histoire, et, malgré son étendue, elle n'est jamais sortie de l'obscurité qui a enveloppé sa naissance et son dévfeloppe-

* Morcelli, Africa christiana, t. I, p. 364.

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