CHAPITRE TROISIÈME
Du pont de rouecl Melian à la ville de Zaghouan. — Magnifique tronçon de
Taqueduc de Carthage. — Henchir Sidi-bou-Hadjeba. — Camp de M. Mar-
cellin. — Heiieliir Bab-Rhaled. — Camp de M. Gavoly. — Henchir
Simindja, jadis Simingitanum oppidum. — Arrivée à la petite ville de
Zaghonan.
A six heures du matin, j'examine de nouveau le pont aqueduc que Ton bâtit; il aura quatre arches qui reposeront sur les piles antiques remaniées. Tandis que le pont romain n'avait été construit que pour porter à son étagç supérieur le canal de l'aqueduc, le pont moderne, tout en renfermant dans l'intérieur de son tablier les tuyaux du siphon destiné à remplacer ce canal , servira en même temps pour les voitures et pour les piétons , et si sa noble simplicité est loin d'égaler les proportions gigantesques et la magnificence de celui auquel il succède, son utilité sera du moins plus grande, puisqu'il aura deux fins.
A sept heures, nous quittons le camp, et, franchissant l'oued , nous marchons presque en droite ligne vers le sud , dans la direction de l'henchir Sidi-bou-Hadjeba.
A notre droite , à une faible distance de la route que nous suivons , s'allonge , pendant l'espace d'au moins deux kilomètres et demi , l'un des plus beaux tronçons de l'aqueduc de Garthage, celui dont j'ai déjà parlé. Les pieds-droits des arcades sont presque tous debout, et à travers les hautes voûtes qu'ils supportent, l'horizon semble se découper et fuir dans un lointain indécis et vaporeux.
A sept heures trente minutes, par suite d'un exhaussement profjressif du terrain, je remarque que les arcades, de plus en plus basses, disparaissent complètement, et que le canal de l'aqueduc s'enfonce de nouveau sous le sol. De distance en distance, nous retrouvons les regards antiques pratiqués pour éclairer ce canal.
A huit heures quarante-cinq minutes, nous parvenons à l'henchir Sidi-bou-Hadjeba.
Il est peu considérable, et consiste en un amas de gros blocs qui jonchent un monticule; à l'entour, quelques tas de menus matériaux sont épars sur divers points.
A neuf heures trente minutes, nous faisons halte dans un autre camp de travailleurs; il est sous la direction de M. MarcelUn, conducteur des ponts et chaussées et collègue de M. Caillât. M. Marcellin, que j'avais connu également à Tunis, est en tournée en ce moment, et je n'ai pas le plaisir de lui serrer la main. Il est chargé de la restauration de l'aqueduc à partir du pont de l'oued Melian exclusivement, jusqu'au Zaghouan.
A onze heures trente minutes, nous remontons à cheval et nous nous dirigeons vers l'henchir Bab-Khaled , que nous atteignons à midi.
Cet henchir occupe les pentes et le sommet d'une colline peu élevée, au pied orienUil du Djebel-el-Ouesth (la montagne du milieu). Parmi les ruines fort confuses qui y sont disséminées dans un fourré d'épaisses broussailles, on distingue principalement celle d'une petite porte de triomphe qui a fait donner à cet henchir le nom par lequel on le désigne. L'ouverture de l'arcade est de quatre mètres quarante-trois centimètres. Les pieds-droits, de même que le reste de ce monument, d'ailleurs fort simple, sont constiniits en belles pierres de taille. Je n'aperçois aucune trace d'inscription sur la partie encore en place de l'entablement.