CHAPITRE QUATRIÈME
Description de la ville de Zaghooan. — Ses magnifiques jardins. — Belles ruines d'un ancien temple au-dessus de l'une des sources de l'aqueduc de Carthage.
La petite ville de Zaghouan, située sur une colline au pied septentrional de la montagne ainsi appelée, est mal construite et mal entretenue; mais sa position est fort agréable, et tandis que les trois quarts des villes de la Tunisie ne sont pendant Tété qu'insuffisamment pourvues d'eau, on entend sans cesse au milieu de celle-ci le doux murmure de frais et limpides ruisseaux qui descendent le long de ses principales rues dans d'étroits canaux.
Bâtie sur l'emplacement et avec les matériaux d'une ville antique renversée, elle ne renferme plus qu'un seul monument de l'époque romaine encore en partie debout. C'est une porte triomphale construite avec de belles pierres de taille. L'ouverture de l'arcade est de quatre mètres neuf centimètres; les piUers qui la supportent ont trois mètres douze centimètres de large. Elle était jadis ornée de deux statues, placées, l'une à droite et l'autre à gauche, dans deux niches latérales. Sur le bloc qui forme la clef de voûte, on remarque d'abord une figure triangulaire ressemblant à
un Al y puis au-dessous, une couronne de feuilles de chêne environnant le mot :
AVXI Ll P^
Ce mot AVXILI surmonte lui-même la représentation d'une tête de bélier ornée d'une superbe paire de cornes, d'où Shaw ' a cru devoir inférer que la ville était sous la protection immédiate et particulière de Jupiter Hammon. On sait en effet que ce dieu était souvent figuré avec une tête de bélier.
Toute la partie supérieure du monument dont je parle est détruite, et l'inscription qui peut-être y avait été gravée a disparu avec le couronnement de l'édifice. Dans les temps modernes, on a fermé l'ouverture de son arcade par une porte plus petite construite en briques, ce qui est complètement inutile actuellement, puisque aucun mur d'enceinte n'environne aujourd'hui la ville.
En parcourant attentivement chaque rue, j'obser\'e ça et là dans des constructions plus ou moins récentes, soit de beaux blocs rectangulaires, soit même des tronçons de colonnes ayant appartenu a des édifices antiques.
Dans la cour d'une maison, appelée Dar-el-Agha, et où il m'est permis de pénétrer, je hs sur un long bloc gisant à terre :
TITVIT PERFECIT ET D
Hauteur des caractères, vingt centimètres.
Dans une autre maison, où le khalife m'offre l'hospitaUté, je trouve une inscription beaucoup plus importante; elle est
1 Shaw, t. I, p. 233.