‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 215 sur 284 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

autour de la divinité principale, qui occupait le fond de la cella.

Entre ces deux galeries et le sanctuaire auquel elles aboutissaient s'étend dans l'espace intermédiaire laissé libre une grande area longue de vingt-huit mètres et large de vingt-six mètres soixante centimètres. Cette area ou terrasse découverte domine de deux mètres au moins un beau bassin construit en pierres de taille et affectant la forme de deux fers à cheval réunis. A droite et h gauche de ce bassin, un escalier de douze marches, aujourd'hui très-dégradé, permettait de monter sur la plate-forme de l'area et de pénétrer sous les galeries latérales, qui avaient, en outre, deux autres communications avec le dehors, au moyen de deux petites portes rectangulaires ménagées, à leur extrémité, dans le mur d'enceinte.

On descend par plusieurs degrés dans le bassin précédent. Un canal souterrain, qui traverse l'area et qui part peut-être du sanctuaire, amène encore à ce réservoir par quatre ouvertures les eaux d'une source intarissable. De là, par un conduit, elles s'écoulent dans les jardins environnants, en attendant qu'elles recommencent à alimenter, comme autrefois, l'aqueduc de Carthage.

Des diverses constructions que je viens de décrire résulte un monument complexe et harmonieux, de forme théâtrale, et dont l'élégance et l'originalité sont, en outre, singulièrement relevées par le site qu'il occupe , site à la fois sauvage et gracieux, sublime et ravissant. D'un côté, en effet, se dresse derrière le temple la masse gigantesque du Zaghouan avec ses flancs escarpés, ses ravins profonds et le majestueux chaos de ses blocs énormes de rochers entassés confusément les uns sur les autres. Du côté opposé, au contraire, et au bas de la plate-forme de l'area, le regard se repose avec délices sur la riante végétation et sur l'éternelle verdure des jardins voisins. Qu'on ajoute à cela le silence de la solitude.

ce je ne sais quoi de sacré que le temps imprime aux ruines, le mystère même qui plane sur l'origine et sur l'histoire de ce temple dédié à des divinités restées inconnues, et l'on aura quelque idée de l'efFet qu'il produit sur celui qui le contemple pour la première fois.

Tout ce que l'on peut dire au sujet de la date approximative de cet édifice, c'est qu'elle est la même probablement que celle de l'aqueduc, dont il contenait et consacrait la source. Or, d'après l'opinion généralement admise, cet aqueduc, l'un des travaux les plus grandioses que les Romains aient exécutés en Afrique, aurait été entrepris sous Adrien et terminé sous Septime Sévère.

Malheureusement, les renseignements manquent pour déterminer avec certitude ce fait important sur lequel l'histoire a gardé le silence. Nous savons seulement qu'à l'époque d'Adrien, l'Afrique eut à souffrir cruellement, pendant cinq ans consécutifs, d'une sécheresse affreuse, et que cet empereur, pour consoler cette province, vint lui-même à Carthage. Son arrivée, par une heureuse coïncidence, ramena la pluie et l'abondance et, avec elle, les bénédictions du peuple. Gomme le biographe d'Adrien, Spartianus, nous apprend que ce prince fit construire sur toute la surface de l'empire un grand nombre d'aqueducs, on suppose que, pour prévenir le retour de la disette effroyable que Garthage avait subie par suite de cette sécheresse, Adrien résolut de doter à toujours cette ville des eaux lointaines du Zaghouan et des eaux plus lointaines encore du Djougar. On suppose aussi, d'après des médailles frappées à Garthage en l'honneur et à l'effigie de Septime Sévère, et dont le revers présente Astarté, le génie des Garthaginois, assise sur un lion et courant le long d'une source qui découle d'un rocher, que la gloire d'avoir achevé cette œuvre gigantesque est due à ce dernier empereur.

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