‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 216 sur 284 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Ascension du Djebel-Zaghouan, probablement le mons Zeugitanus des anciens. Vue admirable dont on jouit de son sommet.

8 août.

Je ne pouvais pas m'éloig^ner du Zaghouan sans faire l'ascension de cette monta{][ne, l'une des plus hautes de la Régence et la plus célèbre dans les traditions légendaires du pays.

Le 8 août donc , à quatre heures du matin , je me mets en marche avec Malaspina, Aly et un guide. Notre direction est d'abord celle de l'ouest, puis du sud. Nous commençons par laisser à notre droite, au sortir de la ville, une colline couverte de tombeaux ; la koubba d'un santon la couronne. A notre gauche s'étendent les jardins que j'ai décrits. Bientôt nous nous engageons dans un sentier qui devient de plus ei^ plus accidenté.

A cinq heures trente minutes, nous parvenons à un endroit que mon guide me désigne sous le nom de Khelouam'ta-el-Manoubia. « C'est là, me dit-il, que s'est reposée la sainte ainsi appelée , que les Tunisiens ont en grande vénération. » Un petit enclos de pierres brutes y marque la place où lella Manoubia aurait fait halte lorsque , d'après la tradition, elle accomplit un pèlerinage au Zaghouan. On y aperçoit, aux branches d'un vieux caroubier, des chiflbns suspendus en son honneur en guise d'ex voto.

Plus loin , en continuant à gravir le même sentier, que bordent à droite et à gauche d'épaisses broussailles, nous rencontrons un second sanctuaire , analogue au précédent et ombragé également par un beau caroubier. Cet endroit porte le nom de Kheloua-m'ta-Sidi-Sallem-el-Garsi,' parce que ce santon s'y serait reposé dans son ascension du Zaghouan.

A sept heures quarante minutes, nous faisons nous-mêmes halte près de la zaouïa Sidi-bou-Gabrin ; elle est située dans la montagne, sur un plateau qui domine la plaine d'environ huit cents mètres, et qui , à son tour, est commandé par les deux plus hautes cimes du Za(j[houan. Sur ce plateau légèrement incliné et assez vaste, croissent plusieurs bouquets d'oliviers, de figuiers et d'azeroliers. Au centre est un puits renfermé sous une coupole , et dont l'eau passe pour la meilleure de toute la Régence; nous la savourons avec délices. Près de là est un autre puits très-large et très-profond , commencé il y a trente-cinq ans, afin de servir de dépôt de neige pour le bey d'alors, et qui n'a jamais été terminé.

La zaouïa Sidi-bou-Gabrin se compose de quelques bâtiments attenants à un sanctuaire qui est le but d'un pèlerinage. L'oukil qui est chargé de l'entretien de cette chapelle vient nous offrir du lait comme don d'hospitalité.

A huit heures , nous commençons l'ascension de la cime appelée elle-même Sidi-bou-Gabrin. Sans être la plus haute du Zaghouan, elle peut avoir treize cents mètres d'altitude; la plus élevée en a treize cent soixante. Nous grimpons péniblement à travers des broussailles et des rochers, en suivant un étroit sentier à peine praticable pour des chèvres, et à chaque instant obstrué , soit par des blocs détachés du sommet de la montagne, soit par des arbustes épineux au miUeu desquels il faut se frayer un passage. Cependant des nuages de plus en plus épais rampent et s'élèvent sur les flancs que nous gravissons, et lorsque après une heure dix minutes de laborieux efforts nous atteignons la cime Sidi-bou-Gabrin, nous ne distinguons absolument rien autour de nous, enveloppés que nous sommes par un brouillard impénétrable. Nous nous reposons alors sous un vieux caroubier qui a pris racine entre des masses énormes de rochers, en attendant que les nuages qui nous entourent se dissipent. Vers midi enfin, ils s'éclaircissent peu h peu, et l'obscur rideau qu'ils

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