CHAPITRE HUITIÈME
Description des ruines de rhenchir Sidi-Rhalifa, appelé auparavant Henchir- Phradise : c'est probablement TAphrodisium de Ptolémée et la Grassi de Procope, — Aïn-el-Halouf. — Henchir Gastlaïa. — Henchir Phrara. — ÂrrÎTee à Takrouna.
il août.
Dès le lever de l'aurore, je parcours les ruines de Sidi- Khalifa. Ces ruines, il y a un siècle environ, s'appelaient encore Henchir-Phradise ; mais depuis cette époque on a bâti en ce lieu un marabout en l'honneur de Sidi-Khalifa , et , à partir de ce moment, leur dénomination première a été peu à peu efiacée par celle de ce santon.
• La cité antique dont elles sont les débris occupait un espace dont le pourtour peut être estimé à quatre kilomètres. Elle s'élevait sur plusieurs collines et était divisée en deux parties presque égales par une vallée dans laquelle serpente un ruisseau.
Au centre de la vallée, et par conséquent de l'ancienne ville, on admire les restes d'une porte triomphale. La longueur totale de ce monument est de neuf mètres cinquantequatre centimètres. L'arcade et les pieds-droits sur lesquels elle s'appuie étaient ornés d'une corniche qui a disparu; aucune trace d'inscription n'est visible. A la façade nord, deux niches, décorées dans leur partie supérieure de moulures à la fois simples et élégantes, ont été ménagées dans l'épaisseur des piliers pour renfermer des statues. Aurdessous de chacune de ces niches, deux blocs en saillie et parallèles ressemblent à des consoles. La façade sud n'a pas de niches
analogues, mais on y remarque deux demi-colonnes corinthiennes engagées, l'une au milieu du pied-droit occidental, l'autre à l'un des angles du pied-droit oriental. Celle-ci, comme le prouve le haut du chapiteau, s'adaptait à quelque autre construction qui n'existe plus.
Cet édifice a été bâti avec de gros blocs parfaitement équarris et sur lesquels les siècles et le soleil d'Afirique ont répandu cette teinte rougeâtre et dorée qui relève tant la beauté des vieux monuments. De superbes caroubiers et des touffes de lentisques l'environnent aujourd'hui , et un ruisseau qui dérive d'une source voisine murmure sous son arcade, qu'il traverse.
A l'est de l'arc de triomphe que je viens de décrire, les débris de plusieurs autres édifices attirent successivement mes regards. Le plus digne d'attention couronne une colline assez élevée. C'est une enceinte rectangulaire construite avec de magnifiques blocs parfaitement appareillés; elle mesure trente mètres de long sur dix mètres cinquante-trois centimètres de large. Les assises inférieures reposent en retraite sur un soubassement. Une corniche, actuellement détruite en grande partie , décorait jadis la partie supérieure de cette enceinte, qui me parait être la cella d'un temple. A l'entour du monument gisent, renversées et entassées pèle -mêle, d'énormes pierres de taille qui en proviennent; sur l'une d'entre elles je remarque un bas-relief représentant un lion entre deux vases, dont l'un est mutilé. Quant à l'intérieur de la cella, il est rempli de terre et de matériaux de toutes sortes qui l'ont comblé; un olivier et des broussailles ont pris racine au milieu des décombres.
La colline que couvre ce bel édifice, bien qu'elle domine l'emplacement de la ville entière, est elle-même commandée, a l'est-sud-est, par une autre colline plus haute encore, dont les flancs ont été exploités comme carrière. On y trouve sur le sommet une petite enceinte très-grossièrement élevée avec