‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 226 sur 284 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

des blocs antiques et qui est d'oriçine musulmane; elle est consacrée au santon Sidi-Mahfoud.

Au bas de ces deux collines, vers le nord, une construction très-considérable semble postérieure aux Romains, mais néanmoins antérieure aux Arabes. Les matériaux avec lesquels elle a été bâtie sont de moyenne {][randeur; ils sont encadrés à des intervalles réguliers par des blocs gigantesques , placés soit horizontalement , soit verticalement , ^qui leur servent comme de pièces de soutènement. Intérieurement, cet édifice renferme un assez grand nombre de compartiments.

Du même côté de la ville , c'est-à-dire du côté oriental , les substructions de trois autres monuments plus ou moins vastes sont très-4*econnaissables, et en particulier celles d'une église chrétienne. Un magnifique bloc sur lequel est sculptée une croix grecque a probablement appartenu h cette église.

Dans la vallée qui sépare la partie orientale de là ville de sa partie occidentale, vallée où s'élève l'arc de triomphe dont j'ai parlé, je signalerai les restes de deux autres constructions principales qui remontent a l'époque romaine.

Sur le revers occidental de cette même vallée s'étendait la seconde moitié de la ville. On y heurte à chaque pas des amas énormes de gros blocs, les uns 'alignés encore et en place, les autres renversés péle-méle et provenant soit de maisons, soit d'édifices publics presque entièrement démolis. Les fondations très-visibles de l'un de ces édifices indiquent qu'il mesurait quarante-neuf pas sur chaque face.

Quel était le nom antique de cette cité? Aucune inscription ne l'a jusqu'à présent révélé ; mais tout porte à croire que nous sommes sur les ruines de l'ancienne Aphrodisium, mentionnée par Ptolémée et que ce géographe place entre Siagul, au nord, et Hadrumète, au sud; ce qui est effectivement la position de l'henchir Sidi-Khalifa , dont la dénomination récente a succédé, comme je l'ai dit, à celle d'Henchir-

Phradise. Or, ce dernier nom rappelle de très-près celui d'Aphrodisium et en parait dérivé.

La ville d'Aphrodisium devait sans doute renfermer un temple en l'honneur de Vénus Aphrodite, à laquelle, en vertu de son nom même, elle semblait comme dédiée. Si cette conjecture est fondée, je ne serais pas éloigné de penser que la cella que j'ai décrite était celle du temple de cette déesse. Ce temple, érigé sur une colline, était le monument à la fois le plus beau et le mieux situé de la ville. Il la dominait tout entière, et les navigateurs en rasant le rivage, qui n'est qu'à huit ou neuf kilomètres de distance , pouvaient l'apercevoir de la mer. A une époque postérieure ù la domination romaine, ce temple a dû subir plusieurs transformations; car, par-dessus les décombres qui remplissent la cella, on distingue les traces de constructions plus récentes.

L'emplacement de l'henchir Sidi-Khalifa , ou, autrement dit, de l'henchir Phradise, répond également à la position assignée par Procope à l'endroit qu'il appelle Grassi et où Bélisaire fit halte un instant dans sa marche d'Hadrumète à Garthage.

Voici le passage de l'historien byzantin * :

« OvTtù yoOv àare A£îrrrîç TrôXêO); xac A3jpflÇfMÎtov eç Tpdacnif to

dié^ov* evda din ^acikuoc tov tûv BoLvixkoiv xyov/xéyou xat itapdiuaoq

La distance de trois cent cinquante stades de Grassi à Garthage est celle-là même qui sépare l'henchir dont il est question en ce moment des ruines de cette ancienne capitale. Le palais du roi des Vandales était probablement l'une des puissantes constructions que j'ai signalées. Quant aux magnifiques jardins où l'armée de Bélisaire aurait volontiers oubUé ses fatigues, si ce général ne se fut hâté de l'arracher aux

* Procop., Beli. VandaL, I, 17.

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